Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire 2018


2 septembre 2018 L’Église, pauvre mais sainte

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

La Loi de Dieu est une loi de Sagesse : c’est la conviction des pharisiens qui dialoguent avec Jésus. Tous les commandements de Dieu sont bons, et il faut les observer scrupuleusement. Moïse disait bien au peuple d’Israël : « Vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu, ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quelle est la nation dont les lois soient aussi justes que cette Loi ? ». Oui, cette Loi du Seigneur est un chemin de vie, de sagesse, de charité. Et Jésus n’a jamais dit qu’il fallait la laisser tomber ! Au contraire, à un autre endroit de l’Évangile, Il affirme qu’Il n’est pas venu « abolir cette Loi, mais l’accomplir » (Mt 5,17).
La Loi est donc bonne. Et pourtant, ce qui est très étonnant, c’est que Jésus semble souvent reprocher aux Juifs (aux pharisiens, aux scribes) leur obéissance à cette Loi de Moïse. Ils se lavent bien les mains comme la Loi le prescrit, ils font les purifications rituelles avec soin, ils observent le sabbat, ils sont honnêtes et loyaux… et Jésus les critique pour cela ! Pourquoi ces reproches ? Finalement, la Loi est-elle bonne ou mauvaise ? Faut-il lui obéir ou pas ?

Les pharisiens et les scribes obéissent bien à la Loi, et ils ont raison. Mais en même temps, ils s’y attachent de manière extérieure, comme si c’était un code de bonne conduite ; et ils sont tellement liés aux gestes rituels, qu’ils en oublient le reste. Car la Loi invite d’abord à la conversion : renoncer au mal pour choisir le Seigneur. Et si l’on oublie de se convertir, tout le reste n’a pas beaucoup d’importance ! Comme le dit Jésus, ce qui compte n’est pas la souillure ni la saleté « extérieure » (avoir les mains sales ou faire sa vaisselle à moitié), mais le danger de saleté intérieure, de souillure du cœur. Et de manière très claire, Il ajoute même une liste descriptive – au cas où nous n’ayons pas compris… : « vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, débauche, orgueil, etc. ».
Ces paroles de Jésus sont à méditer sans cesse, pour éviter que nous aussi, nous ne fassions de notre foi un code de bonne conduite extérieure. Et les événements actuels (autour des crimes commis par tant de prêtres et même d’évêques) nous montrent que ces paroles sont toujours bien actuelles, hélas ! Nous sommes rassemblés en ce dimanche, en Église, autour du Christ ressuscité ; nous essayons de vivre avec Lui, en implorant sa Miséricorde et en écoutant ses appels à la conversion. Nous sommes bien conscients de l’extraordinaire Sagesse de l’Évangile que nous entendons, de la sainteté que Jésus veut pour nous ; et c’est la source d’une très grande joie. Mais aussi, et avec une immense douleur, nous apprenons par la presse les atroces péchés qui défigurent l’Église, le Corps du Christ. Nous nous rendons compte qu’il y a de nombreux hommes qui auraient dû être témoins de l’Évangile, qui auraient dû se convertir, se laisser guider par le Christ et montrer l’exemple… et qu’à la place de cela, ils ont fait le mal, brisé la vie d’autres personnes, ils se sont souillés par tout ce qu’énumère Jésus : adultères, cupidités, perversités, débauche, orgueil…

Face à ces événements, certains choisissent de “tout laisser tomber”, comme on le voit dans les réseaux sociaux (avec la complicité de certains, qui en profitent pour régler leurs comptes avec l’Église). On constate qu’il y a des crimes dans l’Église, qu’il y a même eu de la complicité dans la hiérarchie pastorale : cela voudrait dire que l’Église n’est pas digne de confiance. Il faudrait donc tout abandonner, renier notre foi, notre baptême, renier le Christ…. et chercher ailleurs le sens de notre vie.
Oui, c’est une tentation grave qui touche notre époque. Au temps de Jésus, les Juifs auraient aussi pu dire : ces pharisiens sont hypocrites, cupides, et ils se disent disciples de Moïse : abandonnons donc la Loi de Moïse, toute la Bible, et allons vers les idoles des Romains et des Grecs. Mais même si les hommes sont pécheurs (et nous le sommes aussi !), la Parole de Dieu demeure source de sagesse et de sainteté. Les dons parfaits, disait tout à l’heure saint Jacques, proviennent du « Père des lumières » ; il nous revient non seulement d’écouter la Parole, mais surtout de la « mettre en pratique ». Et si nous ne mettons pas cette Parole en pratique, ce n’est pas la faute du Seigneur ni de l’Église… mais la nôtre.

L’Église est pleine de pécheurs et d’hypocrites… et pourtant l’Église est sainte ; car sa sainteté ne vient pas des hommes, elle vient du Christ. L’Église est le Corps vivant du Christ, et transmet la Lumière du Christ aux hommes. Même si parfois des hommes nous scandalisent, la promesse de Dieu est toujours vivante : c’est Lui qui nous convertit, nous délivre du mal et nous sanctifie. Ne perdons pas notre confiance dans le Seigneur, dans son Église : c’est là que la Parole de Dieu, la Vie de Dieu nous sont données.

Père Bertrand Cardinne

Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire 2018


26 août 2018 Faire le choix d’aimer comme Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ainsi s’achève le discours de Jésus sur le « Pain de vie », que nous écoutons depuis cinq dimanches. À la fin, on peut dire que ce discours ne remporte pas une adhésion enthousiaste… On n’entend guère les applaudissements, comme s’il s’agissait d’un meeting où tout le monde est toujours d’accord ! Au contraire, la réaction de « beaucoup de ses disciples », dit l’Évangile, est plutôt négative. Et pour nous, qui considérons ce chapitre comme un sommet des paroles de Jésus, c’est une leçon importante. Témoigner de la foi, transmettre la Parole de Dieu, ne conduit pas toujours à un accueil émerveillé – c’est vrai pour nous aussi, les prêtres… Il faut savoir accepter que cette Parole de Dieu se heurte parfois à l’indifférence, voire à l’hostilité. Mais cela signifie aussi que cette Parole est toujours nouvelle, qu’elle surprend, qu’elle choque et réveille nos esprits endormis. Encore une fois, nous devons être étonnés par l’Évangile (et transmettre cet étonnement) ! Sinon, c’est que nous n’en mesurons pas l’enjeu réel, et que nous nous reposons sur une foi endormie.

Alors oui, beaucoup des disciples sont étonnés, scandalisés. Et même, dit l’Évangile, « beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner ». On peut regretter ces défections ; Jésus a certainement été peiné de voir partir ses disciples. Bien sûr, Il aurait pu les retenir, avoir un discours plus consensuel ; mais Il n’a pas voulu édulcorer l’Évangile, Il n’a pas voulu mettre la Parole de Dieu “au goût du jour”… ni “s’adapter à son public”.
Au moins, ce qu’on peut reconnaître à ces disciples qui quittent Jésus, c’est le mérite de la franchise. Ils ont fait un choix : ils ont estimé que l’exigence de Jésus, cette invitation à « manger sa chair et boire son sang », était absurde et impie. Sans doute, ils n’ont pas compris que cette exigence était la seule qui conduise l’homme au vrai bonheur – comme beaucoup de nos contemporains trouvent que l’Évangile est trop exigeant, sans voir que c’est un chemin de vie. Mais aujourd’hui comme hier, c’est le même choix qui nous est proposé : voulez-vous suivre Jésus, et accueillir ses paroles ? Ou bien préférez-vous construire vous-mêmes votre vie sans référence au Seigneur ? Tout à l’heure, cette même question était posée par Josué, le successeur de Moïse, aux Israélites qui s’étaient installés en Terre promise : « Voulez-vous servir le Seigneur, ou bien voulez-vous adorer les dieux des païens ? » En d’autres termes, voulez-vous accueillir dans votre vie la Loi de Dieu, qui est exigeante mais conduit au bonheur ; ou bien voulez-vous vivre n’importe comment, sans autre guide que vous-mêmes ?

Quand il s’agit de faire un tel choix, le Seigneur nous dit qu’il n’y a pas de neutralité possible. Il nous faut choisir, décider : soit nous suivons le Seigneur, soit nous Le rejetons résolument. Nous avons besoin d’une référence, d’un point fixe dans notre vie, et nous avons besoin d’un but. On ne peut pas choisir “à moitié” le Seigneur, car il s’agit de conduire sa propre vie dans une direction, en référence à une fin. Comment saurons-nous discerner le Bien et le Mal, si nous n’avons pas de repère pour nous les indiquer ?
En ce dimanche, l’Église nous donne un passage bien connu de la Lettre aux Éphésiens, et je crois que ces paroles de saint Paul nous fournissent un bon exemple pour réfléchir sur les choix de notre vie. Il s’agit – nous l’avons entendu – du mariage, de l’amour (avec cette parole qui fait souvent réagir : « Que les femmes soient soumises à leur mari » !). Ce sont les questions où la parole de l’Église est souvent contestée, contredite.
Que nous dit saint Paul ? Il nous rappelle que le Christ a aimé l’Église son Épouse, qu’Il est allé jusqu’au bout du don de soi, qu’Il s’est livré à la mort ; et ainsi qu’Il a purifié l’Église par le Baptême. L’enseignement fondamental, c’est donc que notre relation avec le Seigneur est une relation d’Amour et de don. Et que nos relations humaines (notamment dans le mariage) sont marquées par cette même logique de don mutuel (ce que saint Paul appelle « être soumis les uns aux autres »). Ainsi, là encore il n’y a pas de neutralité, et nous sommes forcés de faire un choix devant Dieu. Soit l’amour est don (à l’image du Christ), soit au contraire il est convoitise, possession, recherche de plaisir personnel. Il n’y a pas de juste milieu, et nous voyons bien autour de nous – dans nos familles parfois – les conséquences des mauvais choix.

Demandons donc au Seigneur la force de la décision : que nous choisissions résolument de Le prendre, Lui, comme source et modèle de notre vie ; et que nous fassions les bons choix, à la lumière de sa Sagesse. Saint Pierre répond à Jésus : « Tu as les paroles de la vie éternelle ». Pierre reste pécheur, mais il a choisi de suivre le Seigneur, et rien ne pourra l’en détourner. Oui, Seigneur, Tu as les paroles de vie éternelle, nous voulons T’écouter et Te suivre !

Père Bertrand Cardinne

Vingtième dimanche du Temps Ordinaire 2018


19 août 2018 Nous partageons le vrai Corps de Jésus

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Le pain que je donnerai, dit Jésus, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde ». Tout cela est assez choquant, et les Juifs le voient bien : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? ». La chair, c’est le même mot en grec que la viande ; comment ne pas être révolté par cette idée de manger la « viande », la chair de quelqu’un ? D’autant que Jésus insiste assez lourdement ; car non seulement il s’agit de manger sa chair, mais aussi de boire son sang ! « Ma chair est la vraie nourriture, mon sang est la vraie boisson ». Apparemment, ce que veut Jésus, c’est surprendre et réveiller un peu son auditoire par ses paroles. Du reste, est-ce que nous-mêmes, nous sommes choqués par ces paroles ? Deux mille ans après, si cela ne nous étonne plus, si nous écoutons pieusement et tranquillement l’Évangile (en pensant à autre chose…), c’est peut-être que nous ne prenons plus assez au sérieux le réalisme de ces paroles ! On nous a dit, parfois, que les paroles de Jésus étaient à comprendre de manière symbolique ; ce n’est pas vraiment son corps et son sang, mais cela « représente » son corps et son sang, et donc il n’y a pas de quoi en faire une montagne…

Il s’agit donc de prendre au sérieux ce que nous dit Jésus dans ce chapitre de l’Évangile selon saint Jean. Le Seigneur peut nous donner son corps et son sang, parce qu’Il a Lui-même reçu un vrai corps de la Vierge Marie. Il ne s’est pas fait homme à moitié, ou en apparence : Il est vraiment homme, Il partage notre nature, notre corps et notre sang. Si nous oublions la réalité du Corps et du Sang dans l’Eucharistie, tôt ou tard nous laisserons de côté aussi la réalité de l’Incarnation du Fils de Dieu ; et notre foi aura disparu !
Le corps de Jésus, c’est un corps humain – notre corps –, celui que nous avons tous. Et le fait que le Christ ait voulu partager avec nous cette nature, nous invite à méditer sur notre condition humaine. Car nous ne sommes pas des « purs esprits » ! Nous sommes un corps, avec nos faiblesses et nos limites. Notre corps ne nous obéit pas toujours ; il est parfois malade, souffrant, et s’affaiblit avec l’âge. Notre corps est limité : nous ne pouvons pas être partout à la fois, nous avons besoin de manger et de dormir. Avec Internet, nous cultivons parfois l’illusion d’agir sans limites dans le monde entier… mais heureusement, la réalité nous rattrape vite. Et en même temps, c’est aussi notre joie d’être présents à un endroit – pas ailleurs –, et de pouvoir nous concentrer sur nos frères qui sont là, eux aussi, pour un face à face, un dialogue en vérité. Or c’est ce corps, justement, qu’a voulu assumer le Fils de Dieu. Il n’a pas pris un corps différent du nôtre : Il a choisi de nous ressembler, de partager notre humanité. Avec son corps Il a marché, Il a guéri les malades, Il a posé son regard sur les pécheurs, Il a parlé, Il a transmis la Bonne Nouvelle. Il a été fatigué dans ce corps, Il a subi les coups et les insultes, Il a souffert ; et par amour Il a donné son corps sur la Croix, Il est mort, toujours avec ce même corps semblable au nôtre. Et c’est enfin avec ce corps humain, dans la Nuit de Pâques, qu’Il est ressuscité et entré dans la Vie éternelle.

A notre tour, nous devenons donc semblables à Jésus qui a partagé notre nature. Notre corps est appelé à vivre comme Jésus, à se nourrir de la présence de Jésus, à Le suivre jusqu’à la mort et la Résurrection. Notre vie est infiniment précieuse dès maintenant, puisque nous partageons l’existence humaine de Jésus. Saint Paul nous disait tout à l’heure : « Vivez comme des sages, tirez parti du temps présent » : quelles que soient les circonstances de nos vies, le Christ est présent à tout moment. Aujourd’hui et en tout temps, nous pouvons cheminer vers le Royaume !
Voilà donc pourquoi il est si important d’entendre avec réalisme les paroles de Jésus. Oui, nous pouvons recevoir son vrai Corps et son vrai Sang dans l’Eucharistie, car c’est ce Corps et ce Sang qui nous sauvent du péché et nous font vivre de la Vie de Dieu. Même si notre corps nous fait parfois souffrir, il est le moyen par lequel Jésus nous transforme. On aimerait bien parfois (comme les progrès techniques nous le promettent) s’abstraire de nos limites humaines : on commence déjà à transformer le patrimoine génétique, à “sous-traiter” la fabrication des enfants… mais c’est encore une illusion !
Si nous saisissons le don de l’Eucharistie, nous comprenons qui nous sommes dans notre nature humaine. Jésus nous montre que notre corps tel qu’il est, comme son Corps, est le corps du don, de l’échange, du dialogue. En accueillant Jésus, nous nous recevons nous-mêmes, avec nos faiblesses mais surtout avec cette incroyable richesse : être faits à l’image de l’Eucharistie, à l’image de l’Amour, à l’image du Christ !

Père Bertrand Cardinne

Assomption de Notre-Dame 2018


15 août 2018 Être rassemblés par Marie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

En ce jour de l’Assomption de Marie, nous entrons dans la louange du Ciel et de la Terre. Le Livre de l’Apocalypse nous décrit une scène grandiose, celle d’une Femme qui donne naissance au Sauveur. Cette Femme, c’est l’Église, et c’est aussi la Vierge Marie qui donne le Christ au monde. Après les épreuves, Marie entre dans la louange, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile ; car « le Seigneur a fait pour elle des merveilles ». Marie nous montre la Victoire du Christ ; elle jubile car Il est victorieux du mal et du péché. Et Jésus nous associe à cette Victoire, en élevant à sa droite notre Mère, la Reine des cieux avec « le soleil pour manteau ».

Nous aussi, nous pouvons être dans la louange : car en ce jour nous regardons dans une direction, celle de notre Éternité. Marie nous précède dans l’éternité, dans la Gloire de Dieu. Elle n’a pas connu le péché, nous le savons ; mais au pied de la Croix, elle a souffert du péché. Voilà pourquoi elle se fait infiniment proche de nous, car nous aussi nous souffrons du péché. Et en se faisant proche de nous, elle nous montre une direction, celle de la Lumière de Dieu à laquelle nous sommes tous appelés. Comme l’écrit magnifiquement saint Paul aux Corinthiens (deuxième lecture) : « La mort sera anéantie, tous recevront la vie dans le Christ ».
Avec Marie devant les yeux, nous cheminons donc dans notre vocation en sachant où nous allons, à quoi nous sommes appelés. En conséquence, on peut dire que cette fête de l’Assomption nous aide à comprendre qui nous sommes réellement : car on ne se comprend soi-même que face à sa vocation ultime. Si nous suivons Marie, nous sommes appelés à rencontrer Dieu comme elle, à vivre éternellement dans la Gloire de Dieu ; ce qui nous rappelle que nous sommes nous-mêmes déjà enfants de Dieu.

Mais il y a plus encore : nous nous souvenons aujourd’hui que la fête de l’Assomption est une fête patronale : et pour notre diocèse de Grenoble-Vienne, et pour notre pays, la France. C’est donc traditionnellement aujourd’hui la « fête nationale » ! Nous nous souvenons donc que nous ne sommes en aucun cas solitaires, mais que nous appartenons à des communautés. Communauté de notre famille, de notre commune, de notre paroisse, de notre nation (de notre culture commune), de notre Église ; et bien sûr, au plus large, la communauté des hommes créés à l’image de Dieu. C’est au sein de ces communautés, non pas de manière solitaire, que s’accomplit notre vocation.
Fêter donc aujourd’hui l’Assomption, la vivre comme une fête nationale, c’est ainsi reconnaître que si nous suivons Marie, nous ne sommes pas non plus solitaires dans cet appel ; nous la suivons ensemble dans la Gloire de Dieu ! Ce qui nous unit, c’est donc cela : avoir un but unique, une vocation commune, un désir commun de rencontrer le Seigneur et de nous confier à Marie. Et cela change tout ! Aujourd’hui, on se pose beaucoup de questions sur la manière de construire une société, car il semble que le “ciment” qui nous faisait tenir, qui nous unissait autrefois, disparaît de plus en plus rapidement. Il ne reste que le « vivre-ensemble », expression à la mode qui est finalement assez vide. Faut-il seulement vivre à côté les uns des autres, se « tolérer » sans trop se gêner les uns les autres ?

La fête de l’Assomption nous permet de lever les yeux vers Marie, pour que ce soit elle qui nous rassemble dans ses bras. Nous appartenons à la même famille en recevant en héritage une culture, une histoire, et surtout notre foi : la France a été confiée à Marie par Louis XIII en 1638. C’est en contemplant la Gloire de Dieu qui enveloppe Marie, que nous sommes à notre tour fidèles à toutes ces promesses faites par le Seigneur à notre pays.
Voilà pourquoi la prière à Marie ne nous éloigne pas de notre vie quotidienne : au contraire, elle nous rassemble, elle raffermit la fidélité à notre vocation commune. Souvenons-nous de l’appel du saint Pape Jean-Paul II au Bourget en 1980, qui appelait la France à être « fidèle aux promesses de son baptême » : si elle est infidèle à ses promesses, à son appel, elle n’aura que des malheurs et sera incapable de réunir ses enfants. Seule Marie, parce qu’elle est notre Mère, peut nous rassembler et nous donner la paix. Prions aujourd’hui pour nos familles et notre pays !

Père Bertrand Cardinne

Dix-neuvième dimanche du Temps Ordinaire 2018


12 août 2018 L’Espérance naît de la présence de Dieu en ce monde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Moi, je suis le pain de la vie, le pain qui est descendu du ciel », dit Jésus. Et ses auditeurs, les gens de Nazareth, répondent : « Mais cet homme n’est pas descendu du ciel ! Il est le fils de Joseph et de Marie, nous connaissons sa famille et son village. » Effectivement, Jésus est bien connu à l’endroit où Il a passé son enfance. Mais peut-on Le réduire à son village et à sa parenté ? Si l’on fait cela, on se prive de toute la nouveauté que le Christ apporte en ce monde. Si nous croyons connaître Jésus de A à Z, si c’est un homme parmi les autres, alors il n’y a « rien de nouveau sous le soleil », tout continue comme avant : le monde continue de tourner sur lui-même, et nous n’avons aucune espérance.

Oui, Jésus est bien issu d’une famille normale (ou presque…), et pourtant tout est nouveau avec Lui : car cet homme est en même temps la Parole de Dieu, le Fils du Père, Celui qui vient pour sauver les hommes. Beaucoup de nos frères disent qu’ils sont comme saint Thomas, qu’ils ne croient que ce qu’ils voient… Mais si nous nous contentons de voir à l’horizontale, de nous limiter à ce qui se passe devant nous, à nos habitudes et notre « Nazareth » familier, alors nous ne pourrons jamais dépasser notre propre perspective. C’est Jésus qui vient nous visiter là où nous sommes, et qui nous emmène infiniment plus haut en nous donnant son Amour. C’est cela le fondement de notre Espérance.
Nous avons entendu dans la première lecture une histoire très humaine – une histoire justement de perte d’Espérance –, qui peut nous toucher (même à presque trois mille ans de distance) : c’est l’histoire du prophète Élie. C’est un saint homme, il a obéi à Dieu et transmis sa Parole ; il a condamné la conduite du roi Achab et de la reine Jézabel ; pour cela, il est persécuté, obligé de fuir. Et apparemment, le voilà qui commence à douter ; il perd son espérance. Finalement, se dit-il, à quoi bon tout cela ? « Seigneur, c’en est trop : reprends ma vie ». Il se sent abandonné de Dieu, pourchassé par les hommes : on peut dire en termes actuels qu’Élie nous fait une petite dépression ! Le désespoir qu’il ressent, c’est sans doute le désespoir qui tente beaucoup de nos contemporains (et nous-mêmes, croyants) : à quoi bon tout cela ? N’avons-nous pas l’impression, comme Élie, que Dieu s’est retiré de son peuple, qu’Il nous a abandonnés ? Ne pensons-nous pas que Jésus reste un homme du passé, un homme de Nazareth, mais qu’à notre époque, Il n’agit plus comme le Fils de Dieu ?

Face à la dépression du prophète Élie, Dieu n’essaie pas de le consoler avec de belles paroles : Il lui donne tout simplement une nouvelle mission, et la nourriture pour accomplir cette mission : « Lève-toi et mange, car le chemin est encore long ». Dieu nourrit, Dieu met en chemin les hommes, car Il a besoin de nous. Souvenons-nous de cet exemple si proche, de l’abbé Pierre qui croise quelqu’un qui prépare son suicide : il lui dit : « Tu te tueras après, mais pour l’instant j’ai besoin de toi pour loger une famille ». Si nous sommes tentés par le désespoir, c’est peut-être que nous n’avons pas encore compris que le Seigneur agit dans le monde, et qu’avec nous Il peut accomplir des merveilles. Le désespoir consiste à perdre la certitude de la nouveauté de l’Évangile ; si Dieu n’apporte rien de nouveau au monde, si toutes les choses tournent en rond et que nous n’y pouvons rien, alors notre vie n’a plus aucun sens.
Dans le dialogue, dans la prière, le Seigneur nous fait comprendre la signification de notre vie et nous remet en route. Tout comme Il nourrit Élie pour la route, Dieu nous nourrit aujourd’hui de sa grâce : Il ne nous laisse jamais seuls. Et la nourriture, le vrai « pain de vie », nous dit Jésus, c’est son Corps qu’Il nous donne dans l’Eucharistie. Nourris par ce pain de vie, nous recevons une nouvelle Espérance : nous sommes en mesure de porter la nouveauté de l’Évangile à nos frères. Saint Paul écrivait aux Éphésiens (deuxième lecture) qu’ils avaient été marqués par le Saint Esprit, et qu’ils pouvaient désormais « imiter Dieu » dans sa patience, sa générosité, son pardon. En se laissant ainsi habiter par le Seigneur, en agissant comme Lui, les chrétiens sont comme les ambassadeurs de Dieu pour apporter aux hommes l’Évangile du pardon et de l’Amour.

Ce dont a besoin le monde pour ne pas sombrer dans le désespoir, c’est la présence de Dieu, qui nous délivre de la tristesse. L’Espérance naît lorsque nous laissons le Seigneur habiter en nous, agir en nous ; Il vient par le pain de vie, comme le dit Jésus : « Celui qui en mange ne mourra pas ». Que par les baptisés, Dieu habite ce monde pour nous sauver du désespoir ! C’est Lui qui renouvelle chaque jour notre vie et nous envoie en mission.

Père Bertrand Cardinne

Dix-huitième dimanche du Temps Ordinaire 2018


5 août 2018 Être nourris de Jésus Lui-même

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Vous me cherchez, dit Jésus, parce que vous avez mangé, que vous avez été rassasiés ». Le signe de la multiplication des pains, que nous avons vécu dimanche dernier, ne doit pas nous faire illusion : Jésus veut nous emmener plus loin qu’un simple “bon repas”, même s’il est miraculeux. Peu à peu dans cet Évangile, Il développe son enseignement. Avec nous Il est pédagogue, c’est-à-dire qu’il nous fait comprendre progressivement ce qu’Il veut dire. L’Évangile, la Bonne Nouvelle du Fils de Dieu, est tellement inattendue, inouïe, tellement au-delà de ce que les hommes pouvaient imaginer, qu’il faut prendre le temps de nous expliquer… pour que nous arrivions à “croire en l’incroyable”.

Jésus a donc nourri les foules ; mais ce n’est que le signe d’un aliment différent, le signe de cette « nourriture qui demeure jusque dans la vie éternelle ». Dans son enseignement, Jésus oriente ses auditeurs vers quelque chose qu’ils mettront du temps à comprendre : la vraie nourriture, le vrai pain de vie, c’est Lui, Jésus. Depuis le début de son ministère, les gens s’aperçoivent que Jésus n’est pas un prophète comme les autres : Il ne fait pas qu’annoncer la Parole de Dieu, Il est Lui-même cette Parole. Ce qui frappe ses contemporains, c’est cette étonnante présomption : Il affirme ce que nul autre n’avait affirmé avant Lui, Il se dit le Fils de Dieu. Et cela surprend, cela choque ! C’est même cette affirmation qui Lui vaudra sa condamnation : « Toi qui n’es qu’un homme, tu te fais Dieu ! » (Jn 10,33). Jésus dit que c’est Lui le Messie, le Sauveur attendu, Celui qu’annonçaient les prophètes.
Dans cette annonce, Jésus reprend aussi les signes de l’Ancien Testament, et notamment la manne, dont nous avons entendu l’annonce dans la première lecture (Livre de l’Exode). La manne, c’est le pain de la vie, donné par Dieu dans le désert ; un don sans lequel le peuple d’Israël serait mort de faim. Moïse appelle le peuple à se convertir en recevant ce pain. Recevoir le pain de Dieu, c’est déjà entrer dans une relation de dépendance envers Dieu ; accepter que Dieu me nourrisse, accepter qu’Il me guide au désert. « Je vais le mettre à l’épreuve, je verrai s’il marche ou non selon ma Loi », dit Dieu. Le pain est un signe de la sollicitude du Seigneur, et il appelle la réponse de foi du peuple d’Israël. Fortifiés par ce pain, les Hébreux vont pouvoir « travailler aux œuvres de Dieu ».

Mais dans l’Évangile, le pain n’est plus seulement une nourriture qui fortifie l’homme et lui donne de travailler. Le Seigneur Jésus renverse la perspective : « travailler aux œuvres de Dieu », nous dit-Il, c’est d’abord croire en Lui. Ce n’est plus le pain qui permet de s’approcher de Dieu : c’est Dieu Lui-même qui devient le pain de vie. Dans la foi en Jésus, tout devient possible car c’est Dieu qui agit en nous. Autrefois, les Hébreux pouvaient être fiers de leur fidélité à l’Alliance, comme les pharisiens le montrent (avec un peu d’orgueil…) dans les évangiles : mais désormais, la fidélité c’est Jésus Lui-même, puisqu’Il est la nourriture des hommes. Nous devons sans cesse revenir au centre de notre foi, qui est la Personne de Jésus. Il est l’unique référence de notre vie, notre modèle et notre Sauveur. Comme le disait tout à l’heure saint Paul aux Éphésiens : « Laissez-vous renouveler… revêtez-vous de l’homme nouveau » ; et cet homme nouveau, c’est le Christ.

Dans notre foi chrétienne, le pain qui fait vivre n’est donc pas seulement une nourriture particulièrement bonne ou efficace : ce pain, c’est Dieu Lui-même. Nous croyons en Quelqu’un, pas en quelque chose ! Nous ne mettons pas notre confiance en des valeurs, des coutumes, un héritage, une morale… : nous mettons notre foi en Dieu, Père, Fils, Saint-Esprit. Et c’est tellement libérateur de faire confiance à une Personne ! Car nous ne sommes plus jugés par une Loi, ni par des commandements, notre obéissance ou notre désobéissance : nous sommes jugés par un Dieu de Miséricorde, par l’Amour qui nous est donné gratuitement et auquel nous pouvons librement répondre.
C’est en Jésus, Dieu fait homme, que toute notre vie se concentre et trouve son sens. Tout ce que nous pouvons espérer, Jésus nous le donne. Il est la Tête de son Église, le Corps que nous formons ; en Lui nous recevons la Vie éternelle. Il est notre unique nourriture, car c’est par Lui que nous sommes réconciliés avec Dieu. Notre seul pain, l’aliment dont nous vivons aujourd’hui et pour l’éternité, c’est d’être nous-mêmes enfants de Dieu ; c’est de croire en Jésus, Lui qui dit : « Je suis le pain de la vie ».

Père Bertrand Cardinne

Dix-septième dimanche du Temps Ordinaire 2018


29 juillet 2018 Nourrir son âme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Dans la chaleur de l’été, l’Église nous propose une petite parenthèse pour méditer autour de l’Eucharistie. Normalement, cette année nous lisons de manière suivie l’Évangile de saint Marc ; mais à partir de ce dimanche, et pour cinq semaines consécutives, c’est saint Jean qui nous transmet les paroles de Jésus. C’est le fameux discours sur le « pain de vie » (chapitre 6), que nous entendrons développer les semaines prochaines, et qui commence aujourd’hui par l’épisode très évocateur de la multiplication des pains.

Si Jésus nourrit les foules en multipliant les pains et les poissons, ce n’est évidemment pas pour le plaisir de faire un tour de magie : ce geste a une signification profonde, et le reste du chapitre va nous le montrer. Le pain multiplié nous parle de l’Eucharistie, le Sacrement de la nourriture des chrétiens, qui est un Mystère tellement riche qu’il nous faudra bien cinq dimanches pour nous en approcher ! Le Concile Vatican II déclare que l’Eucharistie est « la source et le sommet de la vie chrétienne » (LG 11) : nous devons comprendre à quel point nous avons besoin de vivre de ce Sacrement.
L’homme a besoin de nourriture pour vivre : c’est une évidence pour tout le monde. Si je veux que mon corps fonctionne bien, qu’il accomplisse ce pour quoi il est fait, qu’il m’emmène là où je veux aller… alors évidemment, je dois l’entretenir. Je dois avoir des égards pour ce corps qui n’est pas une machine, mais qui fait partie de ma personne. Je dois lui donner des choses saines, et éviter les substances ou les comportements toxiques. Cela, tout le monde le sait, et on nous rappelle sans cesse qu’il faut avoir un style de vie qui soit équilibré et hygiénique. En revanche, ce qu’on oublie le plus souvent, c’est que nous ne sommes pas qu’un corps : nous avons aussi une âme, un principe de Vie divine mis en nous par notre Créateur. Et cette âme, elle aussi, doit être nourrie. Car elle aussi, elle a un rôle profondément nécessaire dans notre vie. Elle sert à « nous emmener là où nous voulons aller », c’est-à-dire auprès de Dieu. C’est au plus profond de nous-mêmes, dans le silence, que nous saisissons l’image de Dieu qui est en nous, et qui nous attire vers le Seigneur.
Tout comme pour le corps, nous devons donc nous demander comment faire pour que notre âme « fonctionne » : c’est-à-dire qu’elle accomplisse ce pour quoi elle nous a été donnée. Jésus prend soin de la foule en la nourrissant, pour nous montrer qu’Il veut nous nourrir nous aussi : notre âme a besoin d’être nourrie de choses saintes, de l’Amour de Dieu, et elle doit aussi éviter les comportements toxiques : tout ce qui nous éloigne de la Présence du Seigneur.

Se nourrir, c’est une question de vie ou de mort : dans l’Eucharistie, cette nourriture que le Seigneur nous donne est une question de vie éternelle… ou de mort éternelle ! Nous devons donc avoir le désir profond que le Seigneur Lui-même soit notre nourriture, comme Il nous le propose. Sans Lui, comment pourrions-nous espérer vivre en plénitude ?
Au début du chapitre que nous lisons, l’accent est mis sur la participation de l’homme à cette nourriture. En effet, le Seigneur ne veut pas nous nourrir passivement, comme les oiseaux nourrissent leurs oisillons en faisant tomber les aliments dans leur bec ! Avons-nous remarqué à quel point Jésus met en valeur la collaboration des hommes ? Il y a ce jeune garçon, qui a « cinq pains d’orge et deux poissons » ; ce n’est pas grand-chose, mais Jésus ne le méprise pas. Au contraire, Il va s’en servir pour nourrir la foule tout entière. C’est notre action, notre travail, qui est nécessaire au Seigneur pour qu’Il accomplisse son projet d’Amour. Dans la prière d’entrée de cette messe, nous avons demandé de « faire bon usage des biens qui passent, pour nous attacher à ceux qui demeurent ». Il s’agit donc de faire usage, c’est-à-dire d’utiliser, de consacrer les biens de ce monde, pour que le Seigneur transforme le monde et nourrisse les hommes dans toutes leurs dimensions. Il n’y a pas d’un côté le « sacré » et de l’autre le « profane » : tout doit nous conduire à vivre l’Amour du Seigneur. Même nos petits pains et nos quelques poissons, si nous les mettons au service du Seigneur, nous enrichissent et nourrissent notre âme de l’Amour de Dieu.

Gardons donc au cœur ce désir de la nourriture de Dieu. Les vacances sont parfois un moment où l’on met entre parenthèses sa vie de foi (pas le temps, trop de famille…) : au contraire, il s’agit de faire bon usage de tout ce que nous vivons cet été, pour cheminer vers le Seigneur ! Il ne veut qu’une chose : nous nourrir, nourrir notre âme et notre corps, de sa présence et de son Amour.

Père Bertrand Cardinne

Fête de saint Thomas (textes du treizième dimanche du Temps Ordinaire)


1er juillet Victorieux avec le Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Nous sommes dans une partie de l’Évangile selon saint Marc, où Jésus guérit. Il guérit beaucoup, et tous les types de maladies ; dans le passage que nous avons entendu, Il va même jusqu’à guérir deux personnes à la fois (ou plutôt, guérir l’une et ressusciter l’autre). Une femme malade depuis longtemps, qui est passée par beaucoup de souffrances ; et une petite fille morte subitement. Ce sont deux cas presque “opposés” l’un à l’autre, les deux extrémités de la vie : et à travers ces deux guérisons, Jésus nous montre qu’Il veut nous accompagner d’un bout à l’autre de notre existence. À aucun moment nous ne pouvons nous dire : « Jésus n’est pas (encore) là » ou : « C’est trop tard ! » : quels que soient notre situation, notre âge, notre chemin personnel, le Seigneur veut nous sauver du mal. Du début à la fin, Jésus est présent.

En guérissant, Jésus affirme sa victoire sur le mal. Il n’est venu, Il n’a vécu parmi nous, que pour cela : nous délivrer du mal, nous faire participer à sa victoire. Aujourd’hui, le sens de notre foi chrétienne, c’est de savoir qu’avec la grâce de Jésus, le mal et la mort n’ont plus le dernier mot. Nous avons tous des exemples autour de nous où l’on peut dire que la victoire du Christ a été présente : exemples de pardon, de réconciliations, de guérison intérieure (ou même de guérison physique)… Nous avons vécu cela, et nous pouvons témoigner de cette Victoire. Notre mission première de baptisés est – chacun selon notre vocation – d’évangéliser, c’est-à-dire permettre à nos frères d’accueillir en eux cette victoire du Christ.
Cette mission n’est pas une mission solitaire : nous formons une Communauté, la paroisse [placée sous la protection de saint Thomas], qui nous aide à accomplir ensemble cette mission. Car finalement, comme paroisse, à quoi servons-nous ? Quel est le rôle de cette communauté dans notre monde, dans nos villes et villages ? Est-ce que simplement, nous “gérons” nos églises en y organisant des célébrations, et parfois des concerts… ou bien y a-t-il quelque chose de plus ? C’est la vraie question qu’il s’agit de se poser (au tournant d’une année). La paroisse, comme toute communauté chrétienne, n’existe que pour continuer la mission de Jésus Lui-même. Toute l’activité d’une paroisse doit être orientée vers la participation à la lutte, à la Victoire de Jésus sur le mal : sans cela, la paroisse ne serait qu’une association locale (avec un patrimoine à entretenir). Même la charité, la solidarité, qui est une mission essentielle de la paroisse comme nous le rappelle souvent notre évêque : même cette action solidaire, n’est pas seulement une expression de gentillesse. Par exemple, les équipes d’accompagnement des familles en deuil [auxquelles je vais remettre une lettre de mission] ont une mission de compassion, d’écoute, d’annonce de l’Espérance, qui fait déjà entrevoir la Résurrection victorieuse de Jésus.
Saint Paul (deuxième lecture) organisait à Corinthe la collecte pour les Églises les plus pauvres ; et il rappelle à cette occasion qu’il s’agit d’imiter le don du Christ qui « s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté ». Le partage, la compassion, la solidarité sont aussi une participation à la Victoire du Christ sur le mal, l’égoïsme, le “chacun pour soi”.

Être chrétien dans le monde d’aujourd’hui, c’est déjà faire une expérience fondamentale, celle de la lutte contre le mal et de la victoire du Christ. Nous ne pouvons pas nous cacher que le mal existe, que la souffrance existe ; qu’aujourd’hui comme au temps de l’Évangile les hommes souffrent comme cette femme affligée de pertes de sang ; que les hommes meurent comme cette petite fille ; que l’injustice continue de crucifier les hommes comme Jésus l’a été ; et que nous ne pouvons pas être indifférents à ce mal, car nous en sommes complices, nous aussi. Pour accueillir pleinement la Victoire de Jésus ressuscité, il faut d’abord avoir ressenti profondément la souffrance venue de la présence du mal ; il faut être conscient de l’influence de cette mystérieuse créature que la Bible appelle le démon, et qui est à l’origine du mal et de la mort.
Mais comme disciples de Jésus, nous participons à sa Victoire. Et pour notre paroisse, communauté qui célèbre Jésus ressuscité, l’annonce de la Résurrection est essentielle ! Parfois, certains nous disent : La foi me fait du bien, je me sens mieux quand je prie… C’est très bien, mais ce n’est peut-être pas encore la foi. Être disciple du Christ, ce n’est pas une question de bien-être : c’est prendre sur soi le mal et la mort, comme Jésus, et expérimenter la Victoire de la Résurrection.

Notre paroisse a comme mission principale d’apporter cette Résurrection au monde ; avec Jésus, nous pouvons être nous aussi, guérisseurs, consolateurs pour nos frères.

Père Bertrand Cardinne

Dixième dimanche du Temps Ordinaire 2018


10 juin 2018 Disciples habités par le Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus est entouré de ses disciples ; il est suivi par une foule considérable ; sa mère, ses cousins, sa famille, viennent le voir, et tout le monde veut l’entendre. Dans l’Évangile, il est toujours frappant de voir à quel point Jésus attire vers Lui ceux qu’Il rencontre. La figure de Jésus, la personne de Jésus attire les hommes depuis le temps des Évangiles, jusqu’à aujourd’hui. Cela fait deux mille ans que le monde est fasciné par cet homme ; même ceux qui ne croient pas en Lui, même ceux qui professent d’autres religions, avouent qu’ils sont touchés par ses actions, par ses paroles.

Nous pourtant, aujourd’hui, nous ne sommes pas seulement “attirés” par Jésus. C’est bien d’être attirés, mais nous savons que Jésus n’est pas un objet de curiosité : Il est le Sauveur, le Fils de Dieu. Nous voulons donc aller plus loin : être ses disciples, nous mettre à son école. Alors la vraie question que nous devons nous poser (aujourd’hui et sans cesse), c’est : « Comment devenir vraiment disciples du Christ Jésus ? » (Et bien sûr, comment le rester !) Que faut-il faire pour être, comme le dit Jésus, ses « frères, sœurs, mères » ? Cette question, il n’est jamais trop tard pour se la poser : des enfants demandent le baptême, mais aussi des adultes !

Pour être disciples de Jésus, la première nécessité, c’est évidemment de Le connaître ; et Le connaître personnellement. Avant de me mettre à sa suite, je dois me demander : « Qui est-Il vraiment ? Qu’est-ce qu’Il me dit de Lui-même ? » Le disciple est appelé à prendre exemple sur son Maître : nous devons donc, comme disciples, apprendre à connaître le Maître. L’Église, pour nous y aider, nous donne l’Évangile qu’il s’agit de lire et de méditer : nous y voyons Jésus agir, dialoguer, vivre. Le témoignage de ceux qui L’ont rencontré est irremplaçable, sinon nous nous faisons un petit Jésus à notre mesure ! Et puis aussi, connaître la Bible tout entière : l’Ancien Testament, qui nous montre comment Jésus accomplit les promesses de Dieu et les espérances du peuple. Et encore, les Actes des Apôtres, les Lettres de saint Paul, etc. : nous y comprenons comment la présence de Jésus continue d’agir dans l’Esprit saint. En un mot, être disciples, être baptisés, c’est rencontrer, connaître, écouter, suivre Jésus comme l’ont fait ses contemporains.
Si l’on apprend à connaître le Christ, on reçoit une nouvelle Sagesse pour discerner l’action de Dieu dans le monde. On évite de se tromper, comme on l’a entendu dans l’Évangile : attribuer au démon ce qui vient de Dieu. Ou encore, et c’est peut-être plus fréquent aujourd’hui, attribuer à Dieu ce qui est du Mauvais, c’est-à-dire confondre le Bien et le Mal. La Sagesse de l’Esprit saint est donnée au baptême (avec les autres dons de l’Esprit), pour opérer le discernement et sortir de la confusion.

Mais pour devenir disciples de Jésus, il faut encore aller plus loin. Il ne suffit pas de connaître avec l’intelligence. Même si je connais par cœur l’Évangile [ce qui est souhaitable !], ce n’est pas pour cela que je suis chrétien ! Il faut connaître personnellement le Christ, comme on connaît une personne qu’on aime. Aimer quelqu’un, c’est le porter en soi-même : Jésus veut habiter en nous, et nous en Lui. Et Jésus, en nous, doit prendre de plus en plus de place pour que notre vie soit habitée par sa présence ; être baptisé, c’est être rendu conforme, ressemblant à Jésus. Car il ne faut pas se tromper : si le Christ ne demeure pas en nous, c’est le Mal qui nous dictera notre conduite. Il n’y a pas de juste milieu, pas de neutralité ! Ce n’est que par la grâce du Christ que nous pouvons accomplir pleinement notre vocation et notre appel au bonheur. Si nous voulons qu’un domaine de notre vie échappe au Seigneur, alors ce sera “quelqu’un d’autre” qui s’en occupera ! Comme Il le dit dans l’Évangile : celui qui habite une maison la protège… mais s’il n’y a personne, n’importe qui pourra s’emparer de la maison.

Nous voulons donc être disciples du Christ, habités par le Christ. La vraie joie se trouve dans le dialogue incessant avec le Christ, qui habite tous les événements de notre vie. Mais nous savons aussi que la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille ! Depuis que l’homme est homme (première lecture), être chrétien, c’est un combat. Pas contre des adversaires (Ep 6,12), mais contre une influence mauvaise qui s’exerce autour de nous et en nous : il s’agit de combattre contre notre égoïsme et tant d’autres choses…
Cependant, la Victoire nous est déjà donnée, parce que nous sommes baptisés. Nous avons été « exorcisés » lors de notre baptême [cf. scrutins], pour que la force de Jésus agisse en nous. Oui, nous pouvons être vainqueurs du mal, pleinement disciples de Jésus, habités par Jésus !

Père Bertrand Cardinne

Fête du Saint-Sacrement 2018


3 juin 2018 Appelés à la foi

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » : ce sont des paroles bien simples, mais c’est un Mystère extraordinaire que nous célébrons aujourd’hui. Ces paroles, Jésus les a prononcées une fois pour toutes il y a deux mille ans ; et depuis, elles sont redites dans le monde entier, chaque jour, chaque dimanche, et ces paroles rendent présent parmi nous le Christ Sauveur. La semaine dernière, nous entendions Jésus qui nous disait : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » : et voilà que cette promesse s’accomplit dans l’Eucharistie ! Par son Corps et son Sang, Jésus est bien présent, avec nous, tous les jours, pour continuer de nous sauver et de nous faire vivre. Nous sommes comme les contemporains de Jésus, qui Le voyaient face à face : dans un instant, nous aussi nous allons être face à Lui.

Très souvent, dans la Bible, on entend dire que « Dieu tient toujours ses promesses ». Il est le Dieu fidèle, le Dieu qui s’engage auprès de son peuple. Dans l’Histoire biblique, on appelle cela une Alliance : Dieu fait alliance avec les hommes au long des siècles, depuis Adam, Noé, Abraham, Moïse, jusqu’aux prophètes plus récents. Et dans la Nouvelle Alliance (qu’on appelle aussi « Nouveau Testament »), Jésus vient vivre parmi nous et nous promet de ne jamais nous laisser seuls ; même lorsqu’Il sera remonté auprès de son Père. Il est fidèle à sa promesse : voilà pourquoi Il laisse à ses Apôtres, comme nous l’avons entendu, la réalité de sa présence sous la forme du pain et du vin, qui deviennent son Corps et son Sang. Et cette présence promise, cette Alliance, est accomplie dans toutes nos églises, de la Basilique Saint-Pierre où le Pape célèbre, jusque dans nos églises de campagne.
Nous comprenons assez facilement la réalité du Corps du Christ, parce que c’est une expérience commune. Le corps, c’est la présence de quelqu’un : quand je vois entrer un ami, je ne dis pas : « Tiens, voici le corps d’Untel ! ». Je saisis que c’est toute la personne qui est là. Le Corps du Christ, c’est un don que l’on peut accueillir. Mais il y a aussi le Sang, et c’est peut-être plus difficile à saisir pour nous. Dans le Livre de l’Exode, nous avons entendu que Moïse aspergeait le peuple avec le sang des animaux offerts en sacrifice ; et cette aspersion purifiait les hommes pour entrer dans l’Alliance de Dieu. De la même manière, la Lettre aux Hébreux enseigne que « le sang du Christ purifie notre conscience des actes qui mènent à la mort ». C’est un peu obscur, car nous ne sommes plus familiers avec ces images ! Le sang, c’est la vie. Jésus a versé son sang en signe de l’Alliance, Il a donné sa vie, et l’Alliance devient irrévocable par le sang de Jésus. Le sang devient le signe du don total du Seigneur pour nous, un don qui est éternel et qui nous donne la vraie vie. Ainsi, Jésus nous a tout donné en nous laissant son Corps et son Sang : Il ne peut pas aller plus loin dans l’Amour.

C’est donc à nous de voir quelle réponse nous voulons apporter à ce don extraordinaire de la part du Fils de Dieu. Comme je le disais, nous ne sommes pas plus mal lotis que ceux qui vivaient du temps de Jésus : ils avaient sa présence, nous l’avons aussi. Ils Le voyaient, nous aussi nous pouvons Le voir. Tous le voyaient, mais certains Lui faisaient confiance, d’autres non ; certains croyaient qu’Il est le Fils de Dieu, d’autres refusaient de le croire. Aujourd’hui, nous croyons de tout notre cœur que Jésus est présent dans le sacrement de l’Eucharistie ; d’autres personnes n’y voient que du pain et du vin, et cela n’a aucune importance pour eux.
Face à ce Sacrement, le Seigneur nous appelle donc à faire un choix. Le choix de la foi, ou le choix de l’indifférence ? Dans l’Évangile Jésus appelle à Le suivre : Il nous demande aujourd’hui si nous voulons, en vérité, laisser sa présence transformer notre vie. Dans l’Évangile, Il rencontre une multitude de personnes : certaines sont indifférentes (voire hostiles), d’autres acceptent de se laisser guérir par Lui. À toute époque, Il continue d’appeler les hommes à la foi. Si nous sommes dans cette église, c’est que nous avons déjà répondu à Dieu ; mais nous avons toujours davantage à entretenir cette réponse.

Par son Corps et son Sang, Jésus nous met face à un choix essentiel, fondamental : celui de Le prendre comme guide de notre vie. C’est un choix que l’on fait personnellement, et c’est aussi un choix que les parents font pour leurs enfants. Alors, quelle direction allons-nous prendre ? Quel aliment sera nécessaire à ma vie ? Est-ce que je me nourrirai des petits plaisirs de la vie, sans chercher plus loin ? Ou bien est-ce que l’Eucharistie nourrira mon âme régulièrement, pour accueillir le don de l’Amour de Dieu ? A nous de choisir la vraie nourriture, celle qui conduit à la Vie !

Père Bertrand Cardinne

Fête de la Très Sainte Trinité 2018


27 mai 2018 Dieu Trinité, dialogue d’Amour [Premières communions]

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

C’est une fête bien particulière que celle-ci, la fête de la Sainte Trinité. Aujourd’hui, nous ne faisons pas mémoire d’un événement particulier, par exemple l’annonce à Marie, la naissance de Jésus, la Résurrection… Nous nous arrêtons simplement, nous prenons un temps de pause pour nous tourner vers Dieu, simplement, gratuitement : pour contempler qui est Dieu : Père, Fils, Saint-Esprit. C’est Lui qui nous parle, c’est Lui qui nous invite à Le connaître et à nous laisser aimer par Lui : alors qui est-Il, et que fait-Il dans notre vie ? Pourquoi Le prier, pourquoi L’aimer ?

Dans les prières du Baptême, nous demandons au Seigneur que les nouveaux baptisés, « illuminés par le Christ, avancent dans la vie en enfants de lumière ». Nous souhaitons avancer dans la vie ; mais vers quel but ? Le but, c’est la Vie éternelle, la vie avec Dieu. Qui que nous soyons, quel que soit notre âge, nous nous dirigeons vers Dieu. La seule chose qui puisse nous rendre pleinement heureux, dès maintenant et pour l’éternité, c’est de faire la rencontre de ce Dieu qui nous attire à Lui. « Vivre en enfants de lumière », c’est faire cette rencontre, c’est connaître Dieu, et laisser cette présence illuminer notre manière de vivre. Un jour, nous tous, nous avons fait – ou nous ferons – cette rencontre du Seigneur. Nous avons besoin de connaître Dieu, car Lui seul nous aime sans condition, gratuitement : comme le dit saint Jean (1Jn 4,10), « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés le premier ». Et si nous ne savons pas, profondément, que nous sommes aimés par le Seigneur, notre cœur ne sera jamais apaisé.

Alors [en ce jour où vous allez recevoir en vous une présence nouvelle, unique, du Seigneur Jésus], et en ce jour où nous fêtons la Sainte Trinité, il est nécessaire de nous poser la vraie question : Qui est ce Dieu qui nous appelle ? Que nous dit-Il sur Lui-même : Père, Fils, Saint-Esprit ? On peut imaginer beaucoup de choses sur Dieu ; on peut se faire un petit Dieu à notre image, on peut même faire des sondages : que pensez-vous de Jésus, croyez-vous à la Résurrection, etc. Et souvent, on est surpris par les résultats de ces sondages ! Parce qu’on écoute trop l’opinion publique et notre imagination… et on n’écoute pas assez la Parole de Dieu.
C’est Dieu qui nous dit qui Il est : Il nous parle de Lui. Et c’est un extraordinaire signe de confiance ! Quand on aime quelqu’un, on se confie, on se dévoile, on dit qui on est réellement. Dieu nous aime tellement, qu’Il a décidé de nous ouvrir son cœur et de nous laisser entrer dans son intimité. Quelle confiance Dieu a envers nous ! Moïse déjà, il y a plus de trois mille ans, s’en émerveillait (et encore, il ne connaissait pas le Christ) : « A-t-on jamais connu rien de pareil, est-il un peuple qui ait entendu comme toi la voix de Dieu ? » (première lecture).

Oui, le Seigneur se fait connaître à nous ; et en même temps Il nous révèle à nous-mêmes, car nous sommes faits à son image. Il nous dit qu’Il est Amour, et il ne faudrait jamais nous habituer à cette révélation ! Dieu est Amour, Dieu est don, Dieu est dialogue d’Amour. Il est Père, Fils, Saint-Esprit : Il n’est pas un Dieu solitaire et immobile, comme on se l’imagine trop souvent, mais Il est mouvement d’Amour. Pour rencontrer Dieu et pour que notre vie ait un sens, il ne s’agit donc pas d’essayer d’aller vers Dieu : il suffit de laisser l’Amour de Dieu venir à nous [et c’est ce que vous allez vivre en recevant en vous le Corps de Jésus, le Fils de Dieu : laisser entrer en vous l’Amour du Père et du Fils]. Le Père et le Fils se donnent mutuellement un Amour tellement infini, qu’il déborde sur la Création comme un fleuve. Et cet Amour, c’est l’Esprit saint qui est donné aux hommes.
En recevant l’Esprit de Dieu, nous entrons dans l’intimité de l’Amour du Père et du Fils ; c’est cet Esprit qui fait de nous des enfants de Dieu. Comme le disait saint Paul tout à l’heure, dans l’Esprit saint nous pouvons prier « Notre Père » : prière extraordinaire que nous devrions dire chaque fois avec respect et émerveillement !

La semaine dernière, c’était la Pentecôte : le don de l’Esprit saint. Aujourd’hui, avec la force de l’Esprit qui fait de nous des fils, nous entrons avec Jésus dans la Trinité. Et dimanche prochain [mais vous prenez un peu d’avance aujourd’hui !], ce sera la fête du Saint-Sacrement : Jésus se donne à nous pour habiter dans nos cœurs et nous donner son Amour. Ainsi, dimanche après dimanche, l’Amour de Dieu entre de plus en plus dans nos vies. Nous pouvons avancer vers Dieu, transmettre cet amour à nos frères, et recevoir le vrai bonheur : celui d’être aimés et d’aimer.

Père Bertrand Cardinne

Fête de la Pentecôte 2018


20 mai 2018 Se laisser guider par l’Esprit !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

L’homme moderne aime avoir le gouvernail de sa vie, être autonome ; et parfois il voit en Dieu un concurrent ou un obstacle à son autonomie.
alors quand on lit dans les textes de ce matin les phrases  suivantes :
– Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière (Jn16)
– marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
-si vous vous laissez conduire par l’Esprit
– marchons sous la conduite de l’Esprit (Ga 5)
ça nous prend comme à rebrousse poil
Cependant, si saint Paul disait déjà aux Galates de ‘se laisser faire’, c’est que déjà un peu comme nos contemporains, et peut-être un peu comme vous ?, ils n’avaient pas très envie de se laisser faire, même par Dieu.

Car après tout, pourquoi se laisser faire ?

Commençons tout simplement par le commencement, qu’en dit Jésus ?
Jésus le dit ; alors essayons de le croire et de lui faire confiance : après sa résurrection, il annonce l’existence de cet Esprit, et qu’il sera donné, et qu’il faut l’attendre
pourquoi faire confiance ?
la 1ère lecture nous raconte que les tout-premiers disciples ont justement vécu cette arrivée, cette irruption de quelque chose de Dieu, comme une force, qui vient et qui change de l’intérieur la vie d’un disciple ; pour la décrire, ils utilisent l’image paradoxale, comme un « combo » de vent et de feu. Et on sent bien en lisant, que ce feu les brûle à l’intérieur, que ce vent les pousse ; et qu’ils osent proclamer le cœur de la foi, et puis –ce n’est pas un détail- que ça « marche », ça touche les cœurs qui sont en attente.

Alors oui, il y a lieu de laisser faire cet Esprit de Dieu, le laisser travailler en nous, le laisser nous guider,
Il nous étire, il nous permet d’aller au maximum de nos capacités humaines et spirituelles, qui sont plus grandes que ce que nous imaginons.
D’ailleurs, j’ai insisté lors de ma rencontre avec vous, mais je le redis à vous et à l’assemblée :

Il n’y a pas de révélation d’un bloc, l’Esprit de Dieu nous guide par un cheminement spirituel, qui va de découvertes en découvertes, (et puis quelques échecs au milieu parfois, mais on peut toujours se relever !) ; c’est un chemin de croissance.
Alors évidemment, il ne faut pas attendre d’avoir tout compris pour avancer ; car c’est bien le contraire qui se passe : c’est en avançant qu’on va grandir.
Je sais qu’il peut être insupportable de ne pas tout comprendre. , car on veut tout savoir, tout comprendre, tout maîtriser.
Mais Jésus lui-même nous dit dans l’Evangile :
«  J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. »
nous n’avons pas les capacités humaines et spirituelles pour tout accueillir d’un coup, par contre par le baptême et la confirmation, nous sommes rendus aptes – par Dieu- à avancer.
Jésus continue juste après et ajoute :
‘J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.’

Donc, se laisser guider par l’Esprit Saint, et en Église, avec les autres disciples, de Jésus, c’est aller sur un chemin qui mène à une plénitude.
c’est comme faire confiance à un guide en haute montagne ; non seulement connaît le bon chemin, mais qui vous permet d’y arriver par vous même ; car il ne vous porte pas mais vous guide.
ou comme un guide touristique dans les villes qu’on connaît pas pour découvrir et comprendre les trésors connus, et ceux cachés.
Alors là oui, on aime le laisser guider.
C’est pareil

qui dit se laisser guider, dit étapes ;
j’en ai repéré quelques uns pour vous, à partir de l’évangile :

  • attendre : attendez, vous recevrez une force
  • être attentif, souvent Dieu est discret ; si nos sommes trop occupés, si on ne s’arrête pas, on peut ne pas se rende compte qu’il est passé, qu’il est là.
  • accueillir : quand ça vient , n’ayez pas peur
  • discerner : tout ce qui vient n’est pas de dieu, apprendre à repérer ce qui vient de Dieu ; pour cela on a besoin d’aînés dans la foi, qui nos guide, on peut aussi parler avec un prêtre
  • obéir ; une fois qu’on a discerné et interpréter, ben, faut y aller ; et parfois, on a encore peur ; mais il faut justement, une fois encore , avoir confiance, que ce sera bien et bon, et en nos capacités, transformées par l’Esprit Saint
  • faire le point, un petit bila, relecture : alors, il s’est passé quoi, j’ai fait quel chemin, Dieu a fait quoi en moi, par moi ?

et alors, on repart pour une autre étape, et ainsi de suite
et ça , c’est beau ! ça donne de la joie, on découvre qu’en vivant ainsi, notre vie humaine a un goût différent, et qu’elle est bonne.

Témoigner
à un moment donné, vous ne croirez plus que pour vous-même, pour le bien que Dieu vous fait, mais vous croirez aussi, plus gratuitement, pour Dieu, pour qui il est , et même aussi pour les autres, pour leur vie, pour leur foi ; et alors, vous deviendrez de vrais disciples, des missionnaires, des serviteurs de l’Evangile, des messagers de la bonne nouvelle.
le fils de l’homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Luc 18)
pour que la réponse soit oui, aujourd’hui, me voici Seigneur, je m’engage . Et toi, Rends ferme ma foi.
Confirme-moi.

Amen.

Père Loïc Lagadec

Fête de l’Ascension 2018


10 mai 2018 Ascension, fête de l’Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu ». On pourrait penser que ce départ remplit les Apôtres de tristesse, qu’ils reviennent chez eux complètement désespérés et que l’histoire s’arrête là… En fait, l’Évangéliste saint Marc a fait un petit raccourci : il a “oublié” de nous raconter l’épisode de la Pentecôte ! Si comme il le dit, les Apôtres partent « proclamer partout l’Évangile », si cet Évangile nous a été transmis et si nous le connaissons aujourd’hui, c’est d’abord parce que l’Église est remplie de l’Esprit de Dieu ; c’est la force de l’Esprit qui a continué ce magnifique mouvement de sainteté depuis deux millénaires, et qui nous donne, aujourd’hui encore, de recevoir l’Amour de Dieu et d’en vivre. C’est l’Esprit saint qui nous relie à Dieu, qui nous fortifie dans notre vocation d’enfants de Dieu, qui nous préserve du péché et du désespoir.

Au jour de l’Ascension, il s’est passé en fait deux choses. D’une part, Jésus est « enlevé au ciel », comme nous venons de l’entendre ; et d’autre part, une nouvelle attente commence pour les disciples. Nous n’attendons plus un Messie ou un nouveau prophète, comme autrefois : nous attendons l’accomplissement de la présence du Seigneur dans ce monde. Et c’est la même attente qui se prolonge depuis deux mille ans.
Les Apôtres, voyant Jésus remonter vers son Père, comprennent qu’il y a quelque chose de nouveau. Il est absent corporellement, et en un sens, c’est un motif de souffrance ! Car ils auraient mieux aimé continuer de Le voir face à face, ce qui serait rassurant pour eux. Mais Jésus est aussi présent d’une nouvelle manière : étant « à la droite de Dieu », Il est désormais partout dans ce monde créé par Dieu. Les Apôtres saisissent donc qu’ils devront vivre leur foi dans une nouvelle situation : Jésus n’est plus sur terre, mais Il n’est pas absent pour autant. Et cette situation elle-même est transitoire : Il reviendra accomplir pleinement sa promesse.

Cette attente, liée au départ de Jésus, porte un beau nom : c’est l’Espérance. L’Ascension est la fête de l’Espérance, et l’Espérance est un don de l’Esprit saint. L’Espérance, il est vrai, nous place dans une position d’attente. Mais il ne s’agit surtout pas d’une attente stérile, d’une vie triste et sans but en attendant le paradis. Notre Espérance chrétienne n’a rien de l’attente d’un voyageur sur un quai de gare (surtout en période de grève)… ni de l’attente d’un écolier qui s’ennuie ! C’est une attente joyeuse, et une certitude pleine d’amour : le Seigneur est déjà là, parmi nous. Si Louise reçoit aujourd’hui son Corps et son Sang (et cela devrait être pour nous une source inépuisable d’émerveillement), c’est parce qu’Il est là, qu’Il est présent ; et que depuis la Pentecôte, comme saint Marc nous l’a rapporté, « le Seigneur travaille avec les hommes et accomplit des signes ».
Alors oui, nous attendons, mais l’Espérance est bien plus qu’une simple attente. Nous espérons la venue de l’Esprit saint, ce don inépuisable que nous recevons progressivement. Et de manière plus radicale, nous espérons notre vocation ultime, le but de toute notre vie : la contemplation de la Gloire de Dieu, la Vie éternelle. Depuis que Jésus est remonté au Ciel, nous sommes des êtres en chemin, car nous savons que nous sommes appelés à Le rejoindre auprès de son Père. Nous ne pouvons pas nous installer dans un petit confort, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une situation fixée, car nous sommes appelés à aller toujours plus haut vers le Seigneur. Ce qui conduit notre vie, c’est ce désir de connaître éternellement la Vie de Dieu : tant que nous ne verrons pas Dieu face à face, il manquera toujours quelque chose à notre joie !

Pourtant, nous avons aussi entendu que les anges reprochaient aux Apôtres de rester là, à regarder vers le ciel. Notre Espérance n’est pas inerte : elle est active, parce que le Seigneur Lui-même est actif. C’est ce qui fait le propre de notre foi chrétienne : Dieu n’est pas simplement un juge qui récompensera les justes, mais Il agit aujourd’hui par sa Grâce. Nous vivons dès maintenant une anticipation du Royaume des cieux. Saint Paul nous parlait tout à l’heure des dons que Dieu faisait aux hommes « pour que se construise le Corps du Christ » : chacun reçoit des dons selon sa propre vocation, chacun est nourri, raffermi par la Grâce de Dieu et par les Sacrements.
Notre Espérance vient donc de l’Ascension du Seigneur Jésus, et elle est alimentée par les dons que Dieu ne cesse de nous faire. Si nous croyons, si nous espérons, alors comme le promet Jésus (Évangile du jour), nous sommes vainqueurs des démons, nous guérissons les malades : rien n’est impossible aux chrétiens qui vivent pleinement l’Espérance !

Père Bertrand Cardinne

Sixième dimanche de Pâques 2018


6 mai 2018 La civilisation de l’amour

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimez-vous les uns les autres », dit Jésus. Et saint Jean, qui rapporte ces paroles dans son Évangile, ajoute aussi dans sa Lettre : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres ». L’amour, tout le monde en parle tellement ! On ne sait plus très bien ce que cela signifie. Aimer, c’est un désir qui est profondément inscrit dans nos cœurs : tout le monde veut de l’amour.
Et pourtant, qui sait vraiment ce que veut dire aimer ? Qui sait aimer en vérité ? Nous devons reconnaître que ce n’est pas si facile. Même si l’amour semble répandu et désiré partout, c’est tout de même à cela qu’on doit reconnaître les disciples de Jésus : à ce qu’ils savent aimer en vérité. L’Église n’existe que pour transmettre l’amour au monde, et les chrétiens trouvent leur vocation principale dans la construction d’un monde où la valeur suprême soit celle de l’amour. Bâtir la « civilisation de l’amour », comme le disait le Pape Paul VI ! Car le monde a besoin de cela pour fonctionner vraiment. Ce qui fait avancer le monde et la civilisation, ce ne sont pas les conflits ni les guerres (analyse marxiste) ; ce n’est même pas le progrès scientifique et technique : c’est le don et l’amour. Si une société se construit sur l’amour, elle deviendra plus humaine. Et plus spécifiquement, comme le disait le Professeur Lejeune : c’est à l’attention donnée au plus petit, au plus pauvre, au plus fragile, qu’on reconnaît le degré de civilisation des hommes. Souvenons-nous de l’exemple récent de ce petit garçon, en Angleterre, qu’on a laissé mourir volontairement : cela devrait nous inquiéter sur notre humanité, sur la société que nous sommes en train de construire !

Mais alors, comment peut-on faire pour aimer vraiment ? Il est facile de dire : « Aimez-vous les uns les autres », d’affirmer que l’amour est une “valeur” importante… Tout le monde dit cela ; mais en pratique, il s’agit simplement d’aimer ses proches, aimer ceux qui sont semblables à soi-même. Or Jésus nous met en garde dans un autre Évangile : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment » (Lc 6,32). Si nous ne cherchons qu’à aimer ainsi, avec nos propres forces, nous n’irons pas très loin ; nous aimerons peut-être nos proches avec dévouement, mais nous n’arriverons pas à aimer gratuitement, entièrement – et plus encore, nous ne parviendrons jamais à pardonner !
Un exemple récent : lors d’une soirée de préparation au baptême, nous lisions un passage de l’Évangile sur le pardon ; en comprenant qu’il est parfois difficile de pardonner, mais qu’il s’agissait au moins de ne jamais fermer définitivement la porte à une réconciliation. Or l’un des parents s’opposait à cela : il revendiquait le droit de couper toutes les relations, de ne jamais pardonner [et il voulait faire baptiser son enfant…]. Si l’Évangile n’est pas écouté, comment peut-on prétendre aimer ?

En vérité, on ne peut pas aimer vraiment, ni pardonner, sans la grâce du Christ ressuscité. Lorsque Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres, Il ne nous fait pas un cours de morale : Il nous dit que l’amour vient de Lui. C’est pour cela qu’il faut lire la phrase entièrement : « Aimez-vous les uns les autres… comme je vous ai aimés ». Moi, Je vous ai aimés le premier : J’ai donné ma vie pour vous. Et pas seulement pour les bons et les gentils : pour le monde entier ! J’ai donné ma vie pour les ingrats, pour les méchants, pour les égoïstes et les pécheurs. Et J’ai aussi donné ma vie pour les plus petits, les faibles, les malades, les pauvres, ceux qui n’ont pas de valeur aux yeux des hommes.
Si nous voulons aimer, si nous voulons bâtir la « civilisation de l’amour », c’est là que nous sommes attendus ; c’est là que nous devons trouver la vraie source. Aimer, c’est faire comme Jésus : ne jamais fermer la porte, même aux méchants et aux ingrats. Aimer, c’est considérer – comme Jésus – que tous les hommes méritent d’être aimés, même les plus petits et ceux que la société rejette : malades, handicapés, misérables, exclus.

Alors finalement, qu’est-ce qui fait de nous des chrétiens ? La conscience d’être aimés gratuitement, d’être délivrés du mal par amour. Nous avons reçu un don gratuit ; et ce don, le monde en a besoin. Si nous pouvons nous aimer les uns les autres, c’est que Dieu d’abord nous a aimés. Et si nous aimons, c’est de l’amour même dont Dieu aime les bons et les méchants, les riches et les pauvres.
Oui, il y a une manière particulière d’aimer, propre aux chrétiens. Nous n’avons pas reçu la mission d’être “mieux que les autres”, mais tout simplement et en vérité, de laisser l’Esprit saint faire de nous des signes de l’Amour de Dieu. Aimez-vous les uns les autres… comme Jésus vous a aimés !

Père Bertrand Cardinne

Cinquième dimanche de Pâques 2018


29 avril 2018 Aimer en vérité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimons par des actes et en vérité », nous a dit aujourd’hui l’Apôtre saint Jean (deuxième lecture). Quel plus beau programme de vie ? Pouvoir aimer de cette manière, c’est un désir commun à tous. Bien sûr, on ne pourrait pas aimer seulement « en paroles », c’est-à-dire faire semblant d’aimer, par des belles paroles et des mensonges : ce serait terriblement hypocrite, et notre conscience nous le reprocherait à juste titre. Non, il faut bien que l’amour se traduise par des actes, par un changement de manière de vivre.
Et puis, Jean parle aussi d’« aimer en vérité ». Il écrit que si nous aimons en actes et en vérité, nous « appartenons à la vérité ». L’amour en actes a donc quelque chose à voir avec la Vérité. Cela nous dit finalement que l’amour nous dépasse ; que si nous voulons vraiment aimer « en actes et en vérité », nous ne trouverons pas cet amour dans nos propres cœurs, même si nous sommes très gentils et très dévoués… L’amour a une source différente, plus haute, une source qui est la Vérité : une source qui est en Dieu. Et la Vérité, ce n’est pas seulement “croire des choses” comme le Credo que nous allons proclamer dans un instant (même si c’est nécessaire) ; il s’agit d’appartenir à la vérité, comme le dit encore saint Jean. Cela veut dire que nous appartenons à Jésus ; que par Lui, nous sommes pleinement dans la vérité de ce que nous devons être : renouvelés, recréés par sa Résurrection, vainqueurs du mal… et capables d’aimer vraiment.

Oui, l’amour nous dépasse ; tout seuls, nous savons bien que nous avons du mal à aimer vraiment. Si nous voulons aimer en actes et en vérité, nous devons laisser entrer en nous un don spécial, un don de Dieu qui nous rendra capables de suivre ce chemin de l’amour. Et ce don, bien sûr, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit saint que Jésus nous promet selon le témoignage de saint Jean. Ici, dans le passage que nous avons entendu, il s’agissait de la vigne qui ne pouvait vivre que si elle était rattachée au cep ; c’est la sève qui fait vivre le sarment, tout comme l’Esprit nous fait vivre. Dans trois semaines déjà, ce sera la fête de la Pentecôte, et nous accueillerons avec une immense joie ce don qui est source de vie ! Il est bon de nous y préparer, en méditant dès aujourd’hui sur l’action de l’Esprit en nous. Nous ne pouvons pas aimer réellement (en actes et en vérité) sans avoir reçu l’Esprit de Dieu : c’est la conviction fondamentale des chrétiens.

Tout d’abord, seul l’Esprit nous fait vivre. Et quand on dit « vivre », il s’agit d’une vie véritable, d’une vie à notre dimension, à la hauteur de notre vocation de créatures spirituelles. On peut survivre, on peut ne penser qu’aux choses matérielles, à son petit confort et au temps qu’il fera demain… On a l’air vivant, mais en fait on est comme des sarments de vigne coupés du cep : on est mort intérieurement. Seul l’Esprit nous élève à la dignité d’enfants de Dieu, à un bonheur qui correspond à notre désir infini.
Ensuite, l’Esprit saint nous permet, comme nous l’avons entendu, d’« appartenir à la vérité ». Il nous remet dans la vérité de notre être, de ce que nous sommes vraiment. Il nous recrée, nous désaltère, et comme le disait saint Jean, « devant Dieu nous apaisons notre cœur ». Oui, notre cœur est apaisé, en paix, parce que nous nous approchons de la Vérité : nous savons qui nous sommes, quel est le sens de notre vie, vers Qui nous allons… nous avançons paisiblement vers le Seigneur, certains que l’amour est déjà vainqueur.
Et enfin, pour nous préparer à la Pentecôte, nous devons nous rappeler que l’Esprit saint fait de nous des présences de Dieu dans le monde. Nous sommes appelés à témoigner de ce que l’Esprit fait en nous. Les chrétiens, s’ils sont fidèles à leur baptême, peuvent « aimer en actes et en vérité », et montrer que cet amour ne vient pas d’eux-mêmes, mais de la force de l’Esprit. Notre mission n’est pas de convaincre les gens avec de beaux discours, mais bien davantage de laisser passer à travers nous la Lumière de Dieu.

Aimer avec la force de l’Esprit, c’est donc la seule manière sûre d’« aimer en vérité ». Car on peut se laisser égarer, s’aimer soi-même, chercher à se faire plaisir en croyant que l’on aime les autres… L’Esprit saint nous donne d’aimer vraiment, c’est-à-dire de chercher le Bien de ceux que nous aimons. « Hors de Lui, nous dit Jésus, vous ne pouvez rien faire » : demandons à l’Esprit de nous apprendre à accueillir le vrai amour de Dieu, et ainsi de savoir aimer réellement, « en actes et en vérité ».

Père Bertrand Cardinne

Quatrième dimanche de Pâques 2018


22 avril 2018 Suivre Celui qui donne sa vie pour nous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce dimanche est le dimanche du « Bon Pasteur ». Trois semaines après Pâques, nous sommes invités à méditer sur une belle figure que nous décrit le Seigneur Jésus : la figure du berger, du pasteur qui conduit ses brebis. Derrière la poésie de l’image, il y a la joie de Pâques : nous sommes le troupeau du Christ ressuscité, Il nous précède dans la Vie éternelle. Si nous suivons notre berger, nous parviendrons nous aussi aux pâturages du Royaume de Dieu !
L’image du Pasteur nous renvoie non seulement au Christ, mais aussi à toute la tradition biblique des « bergers de Dieu », chargés de conduire le Peuple au nom de Dieu. Pensons à Moïse, le berger qui accompagne les quarante années d’Exode au désert ; à David, le petit berger qui a vaincu le soldat géant ; à tant de prophètes qui ont porté la parole de Dieu pour que le peuple d’Israël ne s’égare pas. Au travers des siècles et jusqu’à aujourd’hui, la figure des pasteurs évoque encore nos évêques avec le Pape, nos prêtres, et tous ceux qui annoncent l’Évangile mais qui ne sont pas assez nombreux ! Cette journée du « Bon Pasteur » est donc aussi une journée de prière pour ces vocations particulières si nécessaires.

Le bon pasteur, dit Jésus, c’est celui qui « donne sa vie pour ses brebis » ; c’est celui qui se met en situation de danger pour sauver ceux dont il a la charge. S’il n’accepte pas le danger, ce n’est pas un berger : c’est un mercenaire qui se désintéresse du troupeau. Nous savons bien qu’il n’y a pas d’amour sans danger : aimer, c’est accepter de devenir vulnérable. Combien d’exemples avons-nous de pères (ou mères) de familles, qui ont été capables de risquer leur vie pour sauver leur famille ! Le Christ est par excellence Celui qui accomplit cette mission : pour sauver son peuple, Il se met en danger, Il accepte de tout donner, de faire l’offrande complète de sa vie. « Dieu a tellement aimé le monde, dit saint Jean (Jn 3,16), qu’Il a envoyé son Fils » : non pas pour prêcher confortablement, mais pour aller jusqu’au bout du danger, jusqu’à mourir pour nous.
La question qui nous est posée aujourd’hui, à nous chrétiens, c’est surtout de savoir si nous acceptons le don de Jésus. Qu’est-ce que cela nous fait, que Jésus ait donné sa vie pour nous ? À quoi cela a-t-il servi ? Est-ce que nous n’avons pas la tentation de faire comme si cela ne nous concernait pas ? Car pour qu’un pasteur accepte de donner sa vie pour ses brebis, il faut qu’il ait des brebis, et que son troupeau le suive ! Aucun berger ne voudra risquer sa vie si les brebis sont indifférentes, et si personne n’écoute ses appels.

Le grand défi de notre époque, c’est donc de trouver des personnes qui ont conscience d’avoir besoin d’un Berger. Accepter de se laisser conduire, c’est une attitude de confiance qui est finalement très peu répandue aujourd’hui. Bien sûr, le XXe siècle a vu passer des tyrans, des dictateurs qui prenaient précisément ce titre de « guide » (en allemand, en italien…) et qui ont conduit leur peuple vers l’enfer : nos contemporains se méfient donc à juste titre de ce type de prétention. Mais le résultat aujourd’hui, c’est l’immense individualisme dont nous souffrons tous. Chacun estime qu’il est son propre guide, qu’il n’a pas besoin de quiconque pour l’aider, qu’il fait ses propres choix en toute connaissance de cause… Si chacun se guide soi-même, si chacun choisit sa direction, alors nous n’avons plus rien de commun les uns avec les autres ! Qu’est-ce qui nous rassemble, nous, troupeau immense des hommes ? On nous parle de « vivre-ensemble » ou de « coexister », mais ce n’est pas cela qui donne la vraie paix : il faudrait que nous cheminions ensemble, que nous ayons un même berger et un même but pour nous unir.
Dans la deuxième lecture, saint Jean fait un constat qui semble pessimiste : « Le monde n’a pas connu Dieu ». Le monde ne veut pas se laisser conduire par Dieu, il ne veut pas « reconnaître les enfants de Dieu », dit encore saint Jean. Pourtant, nous, nous croyons que notre dignité ultime nous vient de Dieu dont nous sommes les enfants ; le monde lui-même, et notre vie, n’ont de sens que par la Parole de Dieu. Comme l’a dit saint Pierre sous l’action de l’Esprit saint, « il n’y a pas d’autre nom que celui de Jésus, qui puisse nous sauver » (première lecture). Si l’on ne veut pas se laisser guider par le Bon Berger, rien ne sera jamais possible : le péché dominera toujours l’homme.

Seule une vraie conversion peut nous transformer, pour nous rendre capables de recevoir le Sauveur. Accepter de nous mettre à la suite du Berger qui donne sa vie pour nous, c’est trouver en Lui la vraie signification de notre vie : sans cela, la foi n’est qu’une vague croyance, un “vernis” qui ne change pas grand-chose ! Jésus est le « Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis » : en L’accueillant pleinement, nous pouvons nous aussi aimer, et donner notre vie pour nos frères.

Père Bertrand Cardinne

Troisième dimanche de Pâques 2018


15 avril 2018 Annoncé par les Écritures

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Pour nous aujourd’hui, le rappel de la Résurrection du Seigneur Jésus est une immense joie ; nous la vivons tout au long de ce temps de Pâques en relisant les Évangiles. Oui, le Seigneur est ressuscité, vainqueur de la mort : c’est l’événement central de notre foi. Mais il ne faut pas oublier que cet événement n’était pas du tout une évidence pour les disciples – même si Jésus en avait parlé plusieurs fois avant sa mort. Lorsque les Apôtres rencontrent le Christ ressuscité, ils ne se jettent pas dans ses bras ! Au contraire, ils doutent, ils sont « saisis de frayeur et de crainte », nous dit l’Évangéliste saint Luc. Grâce à leur doute, nous sommes sûrs que la Résurrection n’est pas le fruit d’une illusion, d’une autosuggestion des Apôtres : ils ne s’y attendaient pas du tout… et voilà qu’ils rencontrent Jésus ressuscité.

Pourtant, même si l’événement de la Résurrection est totalement inattendu, Jésus prend soin de leur montrer une dimension essentielle de cet événement : elle était annoncée par les Écritures. C’est ce que nous dirons tout à l’heure dans le Credo : « Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures ».
Il y a toujours ces deux aspects : l’action de Dieu est inattendue, mais Dieu nous prépare à accueillir ce qu’Il fait dans notre vie. Il dépassera toujours tout ce qu’on peut prévoir ou imaginer : le salut qu’Il nous offre excède nos espérances les plus folles… et pourtant, Il annonce peu à peu son projet d’Amour, pour que nous le méditions. Ce qu’Il nous donne ne sort pas d’un chapeau : au fil des siècles, Il parle à l’homme, Il nous met à contribution afin que le monde soit sauvé. C’est pourquoi nous voyons Jésus ressuscité, entouré de ses Apôtres, commencer par montrer que tous les événements étaient annoncés : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet depuis Moïse, les prophètes et les psaumes ». Et, dit l’Évangile, Il « ouvre leur intelligence à la compréhension des Écritures ». Exactement comme Il l’avait fait avec les disciples d’Emmaüs, qui sentaient leur cœur « brûler » (Lc 24,32) tandis qu’ils comprenaient le sens des Écritures.
Le Seigneur nous laisse donc l’Écriture, c’est-à-dire sa Parole, la Bible, pour que nous comprenions toujours mieux la richesse de son projet. Si nous n’avions pas cette Parole, nous serions réduits à revenir sans cesse sur les mêmes événements, et finalement à tourner en rond sur notre propre imagination. C’est l’Écriture qui nous ouvre à la connaissance de Dieu, et qui nous fait comprendre où Il veut nous conduire. C’est l’Écriture qui nous montre la persévérance du Seigneur, car ses paroles finissent toujours par s’accomplir ; les prophéties écrites il y a si longtemps trouvent leur aboutissement en Jésus.

Avec la Résurrection du Christ, il y a donc quelque chose de nouveau et de définitif dans les Écritures : l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu. Avant la Résurrection, la Parole de Dieu était donnée pour conduire les hommes ; mais elle était encore comprise comme un simple enseignement, un rappel du passé. C’est pourquoi, devant le peuple (première lecture), saint Pierre reconnaît que ceux qui ont condamné Jésus ont « agi dans l’ignorance » : ils n’étaient pas ouverts à l’accomplissement des prophéties.
Mais avec la Résurrection, l’Écriture devient nouvelle, vivante : elle n’est plus seulement une parole écrite, mais elle est Jésus Lui-même. Dieu révèle non seulement sa volonté, mais Il se révèle Lui-même. L’Écriture est « accomplie » lorsqu’elle s’imprime dans le cœur des hommes, et qu’elle leur permet de connaître Dieu, de Lui parler face à face. Jésus ressuscité, vivant, actuel (avec son corps, comme le voient les Apôtres), est Lui-même la Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. En vivant de cette Parole, nous sommes certains de ne pas nous enfermer sur nous-mêmes. Notre prière, en se nourrissant de cette Parole, nous décentre de nous-mêmes et nous dirige vers le Christ.

Jésus nous a donc montré que toute l’Écriture nous conduisait à sa Résurrection ; si nous voulons, nous aussi, vivre en ressuscités, alors nous devons nous demander quelle proximité nous avons avec sa Parole, son Écriture dans la Bible. Est-ce qu’elle nourrit notre prière, notre pensée, notre réflexion ? Est-ce que nous « faisons notre prière », comme certains le disent, ou bien est-ce que nous laissons la Parole de Dieu prier en nous ?
Demandons au Seigneur d’imprimer sa Parole dans nos cœurs : cette Parole s’est accomplie par la Résurrection, elle continue de s’accomplir aujourd’hui en nous donnant la Vie du Christ ressuscité.

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de Pâques 2018


8 avril 2018 Ce que change la Résurrection

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour

La Résurrection de Jésus est le centre de notre foi ; et en même temps elle est l’événement le plus important de toute l’histoire du monde. Nous avons eu quarante jours pour nous y préparer… et une seule nuit, un seul jour, dimanche dernier, pour la célébrer ! Heureusement, cette joie de Pâques s’est prolongée pendant toute la semaine, et aujourd’hui nous écoutons à nouveau le récit de cette Résurrection du Seigneur. À vrai dire, saint Jean l’Évangéliste en fait deux épisodes – à une semaine d’intervalle – que nous venons d’entendre. Le premier se situe le jour même, en l’absence de saint Thomas, et le second « huit jours plus tard » avec Thomas. Dans l’un comme dans l’autre des récits, la rencontre de Jésus ressuscité est complètement inattendue, imprévisible : les disciples n’y croient pas spontanément, parce qu’elle est effectivement incroyable ! L’Évangile nous dit en passant que les disciples de Jésus (et Thomas en particulier) ne sont pas des “gogos” prêts à avaler n’importe quoi : si nous croyons à la Résurrection, c’est parce qu’ils nous ont transmis leur foi, et que cette foi a été mise à l’épreuve.

Le premier récit, le jour de Pâques, nous donne le témoignage des Apôtres : ils ont vu « les mains et le côté » du Seigneur. La Résurrection est donc un fait réel, authentique, dont les Apôtres témoigneront jusqu’à leur mort. En même temps, Jésus leur transmet les dons de Dieu, et surtout celui de la Miséricorde (« À qui vous pardonnerez ses péchés, ils seront pardonnés »). [En ce dimanche de la Miséricorde divine, nous accueillons ce don extraordinaire.] Huit jours plus tard, le Seigneur appelle encore à la foi, en invitant Thomas à toucher les signes de la Passion (ses mains et son côté) : à nouveau, nous voyons la réalité de la Résurrection !
Nous sentons bien que le Seigneur veut raffermir notre foi ; et qu’en insistant comme Il le fait sur la réalité de son Corps ressuscité, Il nous dit que cette foi, comme pour les Apôtres, doit transformer notre vie (sinon, cela ne sert à rien de croire au Ressuscité !). C’est peut-être une occasion de nous interroger en vérité sur notre foi : nous croyons à la Résurrection, mais qu’est-ce que cela change pour nous ? Pour certains, il se peut que la Résurrection soit plutôt de l’ordre du souvenir ; on dit que Jésus est ressuscité, mais cela veut surtout dire qu’on se “souvient de Lui” comme d’un personnage historique marquant. Un peu comme dans ces célébrations d’obsèques, où les petits-enfants viennent parler au micro : « Mamie, tu resteras toujours vivante dans nos mémoires »…

Mais avec la manière dont saint Jean et les autres Évangélistes appuient sur la réalité de la Résurrection, nous comprenons bien qu’il faut aller plus loin. Jésus n’est pas un simple souvenir : Il est vivant aujourd’hui. Quelqu’un (un homme, l’un de nous) qui était mort (vraiment mort, et enseveli !), est entré avec son corps humain dans une réalité différente : une nouvelle Vie, une Vie divine, la réconciliation parfaite, l’Unité avec Dieu. Alors qu’est-ce que cela change dans ma manière de vivre, dans ma « philosophie de la vie » ?
Dans les Actes des Apôtres (première lecture), dans un petit passage qui peut sembler presque trop idéaliste, nous avons une réponse importante. En effet, les premiers chrétiens partagent tout. Si le Christ est ressuscité, si nous sommes appelés à la Résurrection avec Lui, alors notre vie quotidienne est tout entière orientée vers la Vie éternelle ; et donc, nous ne mettons plus notre espérance dans les choses de ce monde. Les biens matériels, la sécurité financière… tout cela devient relatif, superficiel. Seul compte le Christ ressuscité, vainqueur de la mort.
Saint Jean, dans la deuxième lecture, nous donne aussi quelques éléments. Les commandements de Dieu, dit-il, sont des signes de libération. La Résurrection nous a délivrés des égoïsmes, des mesquineries. Avec Jésus ressuscité, nous sommes « vainqueurs du monde » : comment pourrions-nous désormais entretenir des rancunes, des convoitises, lorsque nous contemplons le Corps du Christ ressuscité ?

La Résurrection du Christ nous entraîne ainsi dans la réconciliation complète avec Dieu, et en même temps avec nos frères. Jésus apparaît à ses Apôtres en les saluant : « La paix soit avec vous ! ». Ce n’est pas une simple formule de politesse : c’est bien la paix que Jésus ressuscité est venu nous apporter en nous disant que notre vie a un sens, qu’elle ne se finit pas dans le néant ; la paix qui naît de l’Espérance, de la Miséricorde, de la réconciliation, du pardon des péchés.
La Résurrection n’est pas une hypothèse : elle est une conviction qui doit nous habiter, renouveler notre vie, nous donner la paix et la confiance. Demandons au Seigneur de croire fermement à sa Résurrection : elle est l’événement qui transforme et illumine toute notre vie !

Père Bertrand Cardinne

Vigile de Pâques 2018


31 mars 2018 La pédagogie du Seigneur

Avant de lire l’homélie, je peux prendre le temps de lire les lectures de la Nuit.

Nous avons écouté, nous nous sommes laissé enseigner par le Seigneur en cette Nuit très sainte de la Résurrection. Et qu’avons-nous appris ? Que retenons-nous de tous ces récits, de toutes ces paroles ? Et vous Clément, quelles paroles vous ont touché, en cette Nuit où vous allez renaître par la Grâce du Christ ressuscité ? C’est une longue histoire qui nous est racontée à travers ces lectures, une histoire de joies et de peines, une histoire d’espérance et de déceptions… mais surtout, une histoire d’amour, l’histoire de l’Amour de Dieu qui ne se lasse jamais de se révéler aux hommes.

Ce que cette histoire nous montre, c’est surtout la pédagogie de Dieu. Il nous parle, Il nous conduit, Il se révèle, en guidant et en agissant dans la vie des hommes. Nous ne sommes pas un troupeau uniforme sous ses yeux : à chacun Il parle selon son propre langage. Il répond à la prière de chaque personne, en fonction de ses besoins, de ses attentes, de ses capacités. Ne croyons pas que la Parole de Dieu soit un ensemble de lois universelles ! Le Seigneur sait ce qui est bon pour chacun de nous, et c’est ainsi qu’Il nous conduit : selon les richesses et les difficultés de chacun.
Nous avons tous un itinéraire de foi très différent. Connaître le Seigneur, faire sa rencontre, cela peut se passer de beaucoup de manières différentes. Certains ont eu une rencontre fulgurante, un « coup de foudre » pour l’amour du Seigneur ; d’autres ont médité longtemps avant de donner au Christ leur confiance. Pour les uns, c’est la recherche de la Vérité qui a conduit à l’Évangile ; pour les autres, c’est la Beauté, ou encore la Miséricorde qui les a touchés… Dans notre itinéraire, Dieu nous parle, nous attire ; et nous donnons, jour après jour, notre réponse.

C’est justement cet itinéraire qui nous est retracé ce soir, tout au long de l’histoire des hommes telle qu’elle est racontée dans la Bible. Où cette histoire nous conduit-elle ? Au baptême, comme Clément ? A des décisions, des choix de vie, un appel du Seigneur qui nous surprendra ? Dans ces lectures, Dieu s’adresse à l’homme croyant, toujours appelé à se convertir. Nous nous sommes peut-être reconnus dans tel ou tel personnage de l’Écriture ; car Dieu appelle chaque homme de manière différente, mais Il appelle tous les hommes à la même vocation ultime : être réconciliés, sanctifiés, renouvelés ; mourir et ressusciter ; recevoir notre dignité la plus grande et la plus incroyable, celle d’enfants de Dieu vivant éternellement face à Lui.

Cette Nuit de Pâques récapitule toutes les nuits où Dieu agit : voilà pourquoi il est si important de relire ce soir l’histoire biblique. Elle n’est pas l’histoire ancienne d’un peuple particulier : elle est notre histoire, le parcours que l’homme fait avec son Dieu, où il est conduit avec délicatesse, avec pédagogie, jusqu’à la grande merveille de la Résurrection. Méditons donc ensemble sur ces quelques étapes que nous avons entendues tout à l’heure.
– Il y a tout d’abord le récit de la Création : « Dieu dit… et Dieu vit que cela était bon ». Le Seigneur “plante le décor” où l’homme, sa créature, va se déployer. A tout moment, le monde dans lequel nous vivons nous rappelle que Dieu est Créateur. Notre première rencontre avec Dieu passe par ce qu’Il met autour de nous : nos frères, et toutes les créatures, nous redisent la sollicitude de Dieu pour nous.
– Avec le récit d’Abraham (et du sacrifice d’Isaac), nous assistons au début d’une relation personnelle entre l’homme et son Dieu. La conscience d’Abraham s’éveille au contact du Seigneur, et lui apprend à faire confiance. En même temps, Abraham est invité à renoncer aux pratiques religieuses primitives (sacrifices humains), pour obéir au Seigneur. Ce dont il a besoin (et nous aussi), c’est de comprendre que Dieu ne veut pas d’abord être craint, mais adoré.
– Nous avons ensuite entendu le passage de la mer Rouge, le modèle par excellence de la libération que Dieu veut donner aux hommes. Le peuple esclave en Égypte attend de Dieu ce que personne d’autre ne peut lui donner : un parcours de liberté et de responsabilité. Cela ne se fera pas sans faux pas, bien sûr ! Ce dont le peuple a besoin à ce moment, c’est de comprendre le sens de la vraie liberté. Le Seigneur aime mieux un peuple libre, qui se trompe, qui revient vers son Dieu, qui choisit l’obéissance, plutôt qu’un peuple sans intelligence, soumis aveuglément. Et c’est encore une leçon pour nous aujourd’hui.
– Dans la quatrième lecture, nous avons saisi avec émerveillement que la relation entre Dieu et l’homme passait un nouveau cap : celui de l’amour conjugal. « Ton époux, dit Isaïe, c’est ton Créateur : Dieu peut-Il rejeter la femme de sa jeunesse ? » La fidélité de Dieu L’engage Lui-même : là encore, ce n’est pas la soumission qu’Il désire, mais l’engagement mutuel. A chaque étape, le Seigneur s’implique un peu plus (jusqu’à se faire l’un de nous) ; Il ne reviendra jamais en arrière.
– Plus tard, le Seigneur dans sa pédagogie nous montre encore quelque chose de nouveau : c’est la Sagesse. Toutes les civilisations recherchent la sagesse, la connaissance, l’intelligence : or la Sagesse est donnée au peuple de Dieu comme une qualité qui le distingue des autres peuples. Ainsi parle le prophète Baruch : « Dieu a confié les chemins du savoir à son serviteur Israël ; la sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes ».
– Et enfin, à travers le prophète Ézéchiel, c’est la grande promesse qu’attendait l’homme souffrant du mal : la promesse d’un cœur pur. Le Seigneur ne veut pas donner des commandements, mais convertir l’homme par son Amour personnel. C’est tout l’enjeu de la liberté dans laquelle nous avons été créés : nous ne pourrons nous prendre en main que si notre cœur est fermement appuyé sur la Vérité.

Voilà l’extraordinaire itinéraire où le Seigneur nous a conduits depuis des siècles et des siècles ; chacune des étapes de cette révélation est une étape de notre propre cheminement vers Lui – de votre chemin, à vous Clément, qui trouve son aboutissement et sa récapitulation par le Baptême.
Cependant, même après toutes ces promesses, il restait encore un dernier obstacle à la réconciliation complète : c’est la mort. Car l’homme, même s’il est touché par Dieu, vit toujours dans la peur de la mort ; et le fait qu’on essaie d’évacuer le problème en cachant la mort, n’y change rien : nos contemporains sont terrifiés par la perspective de mourir !
Dieu, Lui, ne veut pas que ses enfants vivent dans la peur. Il a choisi de venir vers nous, de mettre toutes ses forces dans ce dernier combat et cette dernière victoire – définitive, irrévocable : la victoire sur la mort, la Victoire de la Résurrection. Le dernier acte de pédagogie de Dieu dont nous avions besoin, c’était bien celui-là : Quelqu’un qui se penche sur nous et nous dit : « Je sais ce que tu vis, Je connais tes peurs : Je les prends sur moi et Je te sauve de la mort. Et en te délivrant ainsi, Je te donne la victoire sur tout le reste ».

Ce chemin que nous avons parcouru, c’est le chemin de toute l’humanité. Quelle est l’étape qui nous marque le plus dans ce chemin – et vous, Clément, par quoi êtes-vous davantage touché ? – : est-ce la Création, la libération, le don de l’Amour, de la Sagesse… ? Dieu nous accompagne depuis toujours, et pour toujours. Avant que nous ne soyons créés, Il avait déjà toute notre vie sous son regard, et Il savait par quel chemin Il nous guiderait ; comme Il savait comment conduire Abraham, Jacob, Moïse, le peuple d’Israël, puis les Apôtres et nos pères dans la foi.
Ce soir, c’est une étape essentielle que nous vivons, qui récapitule toutes les autres étapes. Les nouveaux baptisés vont recevoir d’un seul coup l’intégralité des dons de Dieu : ils vont devenir les héritiers d’une longue histoire, qui continuera avec eux. Clément, dans un instant vous allez renaître à la Vie divine : soyez certain que les dons du Seigneur fructifieront en vous, et qu’Il vous conduira toujours avec pédagogie. Une nouvelle vie s’ouvre devant vous ; la Résurrection continue dans les baptisés !

Père Bertrand Cardinne

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