Troisième dimanche de l’Avent 2017


17 décembre 2017 Être d’autres Jean Baptiste (rite pénitentiel en vue du baptême)

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jean, celui qui baptise dans le Jourdain, a été envoyé par Dieu « pour rendre témoignage à la Lumière ». Ces paroles de l’Évangile sont magnifiques : elles nous rappellent que dans à peine plus d’une semaine, ce sera Noël ! La Lumière du Christ va venir jusqu’à nous, cette Lumière que tous les hommes désirent voir ; et le Seigneur envoie des personnes, des prophètes, pour rendre témoignage et annoncer la venue du Christ parmi les hommes.

Oui, le Christ va venir ; mais qui est Jean Baptiste aujourd’hui ? Qui va annoncer la Lumière du Christ parmi les hommes ? Qui va porter cette Lumière, surtout à ces jeunes (ces enfants) qui cheminent vers le Baptême ? C’est nous qui sommes chargés de porter la Lumière : nous qui sommes là en ce dimanche, et qui entourons ces enfants pour des étapes importantes : notamment la troisième étape que vont célébrer dans un instant Fanny, Aloïs et Benjamin.
Quelle est-elle, cette troisième étape ? On parle de « rite pénitentiel » ou encore d’« exorcisme ». Cela correspond à une progression dans l’amour de Dieu, où vous, chers enfants, vous commencez à vous rendre compte que l’amour de Dieu pour vous, est plus grand que l’amour dont vous êtes capables. Si bien que vous ne répondez pas toujours aux appels venus du Seigneur : et donc, que vous avez besoin d’une force de Dieu pour continuer votre chemin ! Le rite que vous allez vivre vous permet de reconnaître cela, et de recevoir cette force pour cheminer vers la Lumière du Christ.

A mon avis, c’est une très bonne époque que le temps de l’Avent, pour vivre cette étape. Car justement l’Avent nous rappelle que nous sommes en chemin, et que nous attendons la venue du Seigneur Jésus. C’est Lui qui nous fait avancer, et nous pouvons avoir confiance dans sa Grâce pour « redresser notre chemin », comme dit le prophète Isaïe. Vous qui avancez vers le Baptême, vous progressez de jour en jour, mais c’est le Seigneur qui « redresse votre chemin », et qui vient à votre rencontre comme Il le fait à Noël.
Les paroles que nous avons entendues nous touchent, car nous pouvons nous y reconnaître. Le prophète Isaïe annonce que l’Esprit du Seigneur est sur lui, et qu’il a été envoyé pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux malheureux. Quelle Bonne Nouvelle ? La libération. Le Seigneur vient à Noël pour nous sauver, nous libérer du mal. Oui, comme je le disais, vous les enfants avez parfois du mal à répondre aux appels du Seigneur : la Bonne Nouvelle, c’est que vous serez de plus en plus libres pour répondre, pour choisir de faire le bien, pour vivre dans l’Amour de Dieu. Nous avons tous besoin de la lumière de Dieu, surtout à notre époque où il y a tant d’idées contradictoires, et où on ne sait pas vraiment comment vivre ! En grandissant, vous serez guidés par le Seigneur, et avec Lui vous saurez où aller, comment choisir. Vous ne vous laisserez pas vaincre par le désespoir, par la résignation face au mal ; dans la lumière de votre Baptême, vous pourrez avancer sur le chemin de la vraie Vie qui vient du Seigneur, né à Noël et ressuscité à Pâques.

En ce temps de l’Avent, nous pouvons donc à nouveau nous poser la question : qui sont les Jean Baptiste d’aujourd’hui ; qui sont les témoins de la Lumière pour conduire ces jeunes sur leur chemin ? Nous, adultes chrétiens, nous avons reçu la mission d’être témoins de la Lumière comme Jean Baptiste. Comme lui, nous ne sommes pas la Lumière ! Mais nous pouvons aider les jeunes à se diriger vers la Lumière, vers le Christ. Alors est-ce que nous voulons vraiment conduire les jeunes vers le Christ ? Est-ce que nous acceptons de nous effacer devant le Christ, qui est la vraie Lumière ?
Aujourd’hui, le monde a besoin de « voix qui crient dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur ». Les jeunes, surtout, ont besoin de comprendre que Jésus marche avec eux sur leur chemin, et que si on Lui fait confiance, tout est possible : Il est victorieux sur le mal et le péché. Mais pour être des témoins crédibles du Seigneur auprès des jeunes, il nous faut être convaincus de cette victoire, et vivre nous-mêmes sous le regard de Jésus. Jean Baptiste, pour être témoin de la Lumière, a renoncé à une “vie normale” : il s’agit nous aussi de prendre le risque de renoncer à notre petit confort, à notre matérialisme, à nos fausses certitudes (« La prière est inutile ; la messe est ennuyeuse… »), pour annoncer la venue de Jésus.
Nous avons encore quelques jours d’ici Noël : essayons de vivre cette semaine en retrouvant le vrai sens de Noël, en nous recentrant sur la venue du Christ. Si nous sommes témoins de la Lumière comme Jean Baptiste, les jeunes (et tous les autres) auront aussi envie de rencontrer Jésus à Noël !

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de l’Avent 2017


10 décembre 2017 Vivre l’Espérance avec Jean le Baptiste

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Voici qu’en ce deuxième dimanche de l’Avent, nous repartons du début de l’Évangile selon saint Marc ; et dès ce début, tout est déjà annoncé. « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu » : celui qui commence cette Bonne Nouvelle, avec la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue, c’est Jean le Baptiste. Un personnage essentiel dans l’Évangile ! C’est le précurseur, celui qui annonce Jésus, celui qui ira même jusqu’au bout du témoignage en se laissant tuer pour la Vérité. Le prophète Isaïe l’annonce comme « la voix de celui qui crie dans le désert ». Saint Augustin écrit que Jean Baptiste est la voix, mais que la Parole, c’est Jésus : et d’ailleurs, beaucoup ont cru que Jean était le Messie, ils ont confondu la voix et la Parole.

Jean Baptiste est un personnage tout à fait particulier, sans doute même un peu effrayant pour ses contemporains. Il vit au désert, s’habille comme un sauvage, mange n’importe quoi… on peut dire qu’il ne se soucie guère de l’opinion publique ! Son désir n’est pas de plaire aux hommes, mais d’annoncer Celui qui vient après lui, Celui qui est tellement plus grand que lui, le Messie attendu. Jean est entièrement relatif à Jésus : sa vie n’a de sens que par rapport à Lui. Tout ce que Jean fait, la prédication, le baptême de conversion, ce ne sont que des signes de l’attente du Sauveur : Jean est un prophète, et comme tous les prophètes avant lui, il porte la Parole de Dieu.
Jean Baptiste donne un baptême de conversion ; et l’Évangile dit que ceux qui reçoivent ce baptême « reconnaissent publiquement leurs péchés ». Ce baptême est un signe, mais ce n’est pas Jean qui pardonne les péchés : d’ailleurs, il n’en a pas le pouvoir ! En donnant ce baptême, il annonce le Christ, car c’est le Christ qui apporte la Miséricorde et le pardon des péchés. Si le Christ ne venait pas porter au monde le pardon, le geste de Jean Baptiste n’aurait aucun sens.

En ce temps de l’Avent, à la suite de Jean, il me semble que nous pouvons nous inspirer de cette attitude. Comme Jean Baptiste, nous sommes entrés dans l’attente du Messie, parce que Lui seul donne un sens à ce que nous faisons. Sans le Christ, Jean ne pouvait pas pardonner les péchés ; et nous, nous pouvons toujours faire des choses, demander pardon, essayer de construire un monde plus juste… mais ce sera toujours insuffisant, insatisfaisant. Sans le Christ, nous pouvons aussi essayer d’avoir une vie intérieure, de prier dans le silence ; mais notre prière serait complètement vide sans la présence de l’Esprit de Jésus. En fait, si le Christ n’est pas présent dans notre vie, nous serons comme sainte Marthe, que Jésus blâme gentiment : « Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses… mais une seule est nécessaire » (Lc 10,41). Nous nous agitons, mais sans résultat !
Comme Jean Baptiste, nous pouvons donc montrer au monde que notre désir est de connaître le Christ, car Lui seul accomplit pleinement tous nos désirs humains. Sa présence transforme notre cœur, et nous savons qu’avec Lui, rien n’est impossible : notre dimension humaine prend toute sa mesure en Jésus, puisqu’Il est l’Homme parfait, recréé à l’image de Dieu.

Qu’est-ce que cela peut donc changer pour nous, d’entrer dans cette attente du Christ ? Cela ne change rien… et cela change tout. Extérieurement, peut-être ne serons-nous pas plus efficaces, ni plus intelligents ou sympathiques ; mais intérieurement, l’attente du Christ donne la vraie paix. Nous sommes dans la paix et la joie, car nous savons que notre vie a une direction, que nous ne sommes pas seuls dans un monde hostile. Avec le Christ, dans l’attente du Christ, toutes les espérances nous sont permises : notre vie ne se terminera pas dans le néant, puisque le Christ vient nous arracher à la mort ! Nous savons bien, dans le monde actuel, à quel point nos frères sont saturés de plaisirs, de satisfactions instantanées mais sans lendemain, qui laissent un goût amer… En Jésus, l’Espérance nous ouvre toujours à l’avenir.

Si le Sauveur vient à Noël, Il vient tous nous sauver, et Il vient aussi sauver du néant notre vie, notre prière, notre activité, notre travail [et même notre travail scolaire !] : car rien ne Lui est indifférent. C’est cela l’importance de l’Avent : il s’agit de comprendre (si on l’avait oublié) que la venue du Seigneur Jésus donne un sens à tout. L’Avent creuse notre soif, notre faim, notre attente, en nous faisant désirer de plus en plus la présence de Dieu dans notre vie. L’homme qui cesse d’attendre Dieu perd sa raison de vivre ; mais si nous désirons le Seigneur de tout notre cœur, Il viendra à Noël, pour renouveler notre cœur !

Père Bertrand Cardinne

Premier dimanche de l’Avent 2017


3 décembre 2017 Connaître le Seigneur que nous attendons

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Allons avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ! » C’était la prière du début de cette messe, qui nous encourageait ainsi à partir à la rencontre du Sauveur qui vient. Nous entrons dans ce temps de l’Avent pleins de joie, pleins d’Espérance car le Seigneur va venir nous sauver. L’Avent, c’est la rencontre de deux libertés : la liberté de Dieu qui vient vers nous par Amour, et la liberté des hommes qui cheminent vers Lui. Si nous avançons librement, la rencontre se fera ; et nous recevrons alors l’événement de Noël comme le plus magnifique qui se soit jamais produit sur terre.

Le cri qui traverse tout ce temps de l’Avent, nous l’avons entendu dès la première lecture, avec le prophète Isaïe qui va nous accompagner sur ce chemin. « Viens, Seigneur ! Viens nous sauver ! Reviens vers nous, déchire les cieux et descends ! » Et pourquoi crions-nous ainsi vers le Seigneur ? Parce que nous sentons profondément que nous avons besoin de Lui. Viens Seigneur, car le monde va mal ! Nous sommes pécheurs, dit Isaïe, nous sommes souillés, nos cœurs sont desséchés… Viens donc nous sauver !
Pour éprouver vraiment la joie de Noël, c’est cet état d’esprit qui doit nous guider : il s’agit d’éprouver d’une certaine manière la tristesse du péché, pour accueillir la joie du Sauveur. Si nous ne ressentons pas le besoin d’être sauvés, alors comment pourrons-nous accueillir Celui qui vient nous sauver ? Noël ne sera qu’une jolie histoire, le conte d’un enfant pauvre né sur la paille ; et nous pourrons nous étouffer sous les cadeaux et les grands repas, sans penser un seul instant à ce que cela veut vraiment dire.

Jésus va donc venir nous sauver. Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Tout dépend de l’image que l’on se fait de Dieu ; et pendant ce temps de l’Avent, nous sommes invités à ouvrir notre cœur pour connaître qui est vraiment Dieu. Depuis toujours, l’homme peut comprendre naturellement qu’il existe un Dieu Créateur – en contemplant ce qui nous entoure. Nous nous souvenons qu’il y a quinze jours, c’était le récit de la parabole des talents ; et celui qui n’avait reçu qu’un seul talent disait à son maître : « Je sais que tu es un homme dur ». Alors pour nous, qui est le Créateur, le Dieu qui vient vivre parmi nous à Noël ?
A vrai dire, Il pourrait être effectivement un Dieu « dur », strict, orgueilleux, égoïste… et même capricieux comme les dieux des Grecs et des Romains ! Mais le Dieu auquel nous croyons n’est rien de tout cela. Il se révèle à nous comme un Dieu qui crée, mais surtout comme un Dieu qui sauve, qui aime, qui pardonne. Tout au long de l’histoire du peuple saint, Il nous parle de plus en plus par les prophètes, et Il nous dit qui Il est. Par la bouche du prophète Isaïe, Il nous donne même une Espérance nouvelle : le monde sera sauvé par la venue du Messie.
C’est pour cela que nous pouvons avoir toute confiance en Lui : Il ne vient pas pour nous rendre malheureux ou pour nous punir, mais pour nous donner le vrai bonheur d’être sauvés. Le monde va mal, il y a des haines, des guerres, et nous-mêmes ne savons pas vraiment aimer : devons-nous désespérer ? Non, car le Seigneur vient nous délivrer : nous l’attendons avec hâte !

Ainsi, le Seigneur Jésus nous invite dans l’Évangile à « rester éveillés » : pour pouvoir L’accueillir quand Il viendra. Il s’agit de garder le désir de sa présence, d’entretenir une relation avec Celui qui vient (cette relation passe bien sûr par la prière). Si vous ne veillez pas, nous dit Jésus, si vous vous installez dans le confort et l’oubli, si vous ne voyez pas plus loin que la vie quotidienne et les “petits plaisirs” de chaque jour, alors vous vous éloignerez peu à peu du Seigneur, vous ne Le connaîtrez plus (ou alors vous aurez une fausse image de Dieu, d’un Dieu injuste)… et finalement, vous n’aurez même plus envie qu’Il vienne !
On se trouve donc aujourd’hui face à ce phénomène étonnant, et pourtant si répandu : beaucoup de gens préparent Noël, l’attendent avec hâte, mais ne savent pas du tout qui est Celui que nous attendons. Tant de nos frères ne prient jamais, ne croient pas vraiment en Jésus, mais fêtent quand même Noël ! A nous de leur faire voir le visage de Jésus ; à nous de leur montrer que nous avons besoin d’être sauvés ; à nous de vivre ce temps de l’Avent dans le désir du Sauveur, en « allant avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur ! »

Père Bertrand Cardinne

Fête du Christ-Roi 2017


26 novembre 2017 Sujets du Roi de Miséricorde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Au dernier jour, le Christ, le Fils de l’Homme, se manifestera comme Roi de l’univers. Jésus nous décrit son propre retour et le jugement qu’Il portera sur les hommes : perspective qui peut nous sembler un peu effrayante, d’autant qu’on y parle de châtiment, du « feu éternel préparé pour le diable et ses anges »… Au-delà des images, nous devons retenir que le Seigneur veut avant tout respecter notre liberté. Si nous désirons recevoir sa Miséricorde, l’exigence qu’il nous pose est de nous situer nous-mêmes librement dans cette Miséricorde, en exerçant ce que l’Église a appelé traditionnellement les « œuvres de miséricorde » : nourrir les affamés, visiter les malades, et le reste. C’est donc un appel à la responsabilité : accueillir le Christ comme notre Roi miséricordieux, consiste à vivre les conséquences de sa Royauté pour notre vie quotidienne. Si nous choisissons aujourd’hui la Miséricorde, nous la recueillerons dans l’éternité. Mais nous ne vivons pas maintenant de la Miséricorde, il y a des risques que nous ne soyons pas pardonnés au dernier jour !

La vraie question de la fête du Christ-Roi est donc toute simple : le Christ est-Il effectivement notre Roi ? Nous guide-t-Il comme un pasteur, comme un roi, dans nos choix quotidiens ? Mettons-nous nos relations humaines, nos dévouements, nos actions, sous son regard ? Le prions-nous, prenons-nous du temps pour Lui ? Plus largement, si le pape Pie XI a instauré cette fête en 1925, c’est pour poser la même question à nos sociétés humaines, à nos États. Ces communautés qui sont organisées, qui ont des dirigeants, ces sociétés qui sont censées chercher le bien des hommes : quelle place font-elles au Christ, seul Sauveur et seul Roi ? Quelle est la place de la Miséricorde du Seigneur dans la vie sociale ?
Accueillir le Christ comme Roi d’un pays, ce n’est pas “réunir l’Église et l’État”, ni mettre le Pape à l’Élysée ! Le Seigneur nous a bien invités à rendre à César ce qui est à César. Mais si le règne du Christ est nécessaire, c’est qu’il est le seul chemin qui existe pour préserver pleinement la dignité de l’homme ; pour créer un climat où tous les hommes sont respectés. Reconnaître le Christ dans les plus pauvres, Le voir partout comme source de Miséricorde, c’est l’assurance d’avoir une société vraiment humaine – et non pas soumise à l’égoïsme comme c’est trop souvent le cas.

Bien sûr – et heureusement –, les pauvres ont une place aujourd’hui dans nos sociétés : nous avons des hôpitaux, des services sociaux, des aides pour les situations de détresse… Car même si nous ne sommes plus chrétiens, nous avons gardé l’inspiration de l’Évangile (particulièrement de ce passage que nous venons d’entendre). Dans d’autres parties du monde, il arrive que les pauvres soient méprisés : on considère qu’ils méritent leur sort, ou bien qu’ils sont réincarnés dans une vie de souffrance et que c’est bien fait pour eux ! Nous dans l’Europe désormais laïque, nous avons plus ou moins gardé l’inspiration évangélique, grâce à l’exemple de tant de religieux et religieuses qui ont donné leur vie pour les pauvres.
Mais cette inspiration s’affaiblit, nous le savons bien. La vraie inspiration chrétienne, c’est lorsqu’on voit le Christ dans tous les hommes, dans chacune des personnes quelle qu’elle soit. Perdre la relation au Christ Roi de tous les hommes, c’est commencer à choisir entre ceux qui sont dignes de mon amour, et les autres. Aujourd’hui, certains ont plus de charité pour “tel ou tel pauvre” – ceux qui les intéressent – que pour leurs adversaires politiques ! Parce qu’ils ont perdu la relation à Jésus, source de toute Miséricorde. La Royauté du Christ, avant de se montrer par la majesté et la gloire, s’est exprimée par la Croix : c’est là que Jésus est Roi, souffrant et mourant, rejeté par ses amis. Ceux qui souffrent, quels qu’ils soient, ont acquis par la Croix une dignité toute nouvelle : celle qui vient de la ressemblance avec le Christ. Il souffre avec tous les hommes, et chacun a désormais le droit d’être respecté et aimé. Si nous oublions cela, nous perdons le vrai sens de la Miséricorde ; et nos sociétés risquent de devenir inhumaines.

Mais si le Christ ne règne pas encore sur nos pays, que faut-il faire ? Faut-il vivre “comme tout le monde”, en attendant que Jésus revienne pour nous juger ? Par notre baptême, nous sommes déjà les sujets de ce Roi de Miséricorde : il s’agit de vivre ainsi. Quand Jésus reviendra, nous a dit saint Paul, « Il anéantira les principautés, souverainetés, puissances… ». Les sociétés passent, les souverains disparaissent, les pouvoirs humains périssent ; seul le Christ demeure Roi. Nous pouvons être de bons citoyens en général, mais si nous devons choisir, nous aurons toujours à témoigner du Christ devant les rois de la terre, à donner le témoignage de la Miséricorde du Seigneur ! C’est Lui le seul Roi, Lui seul donne à tous les hommes leur vraie dignité.

Père Bertrand Cardinne

Trente-deuxième dimanche du Temps Ordinaire 2017


12 novembre 2017 Avec le Christ, je ne redoute plus rien !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Veillez, dit le Seigneur : vous ne savez ni le jour ni l’heure ». Nous approchons de la fin de l’année liturgique, l’Avent est désormais bien proche ; et le Seigneur nous fait comprendre à la fin de l’Évangile que son retour aussi est proche. Nous ne savons pas “quand” ; mais nous savons qu’Il viendra, comme l’Époux à ses noces ! Et que ce Jour sera l’aboutissement de toute notre foi et de toute notre espérance.
Si c’est un événement de joie, un événement attendu, alors la moindre des choses est de préparer cet événement. C’est ce qui est traduit dans la parabole de l’Évangile par l’huile des lampes. En effet, ce qui compte n’est pas d’être “plus réveillé que les autres” au moment du retour de l’Époux : de toute manière, toutes les jeunes filles se sont endormies ! Mais ce qui fait la différence, c’est la prévoyance, l’anticipation, le temps mis à se préparer. C’est donc sur notre prévoyance que le Seigneur nous invite à méditer en ce jour.

Dans une Encyclique récente, le Pape François écrivait comme un principe général : « Le temps est supérieur à l’espace » (Evangelii gaudium 222). Ce qui veut dire qu’on ne peut pas tout maîtriser d’un seul coup, mais que nous avons sans cesse besoin de temps pour grandir, pour mûrir, pour mieux vivre ; besoin de temps aussi pour accumuler de l’huile dans notre lampe, c’est-à-dire de l’amour dans notre cœur.
Tout à l’heure, dans la première lecture, nous avons été invités à rechercher la Sagesse : « Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas, il sera délivré du souci ». Il n’est pas difficile de trouver la Sagesse de Dieu ! Mais là encore, il y a une certaine exigence : prendre le temps de grandir en maturité, en expérience, de se détacher des fausses sagesses, de ne pas se laisser influencer par les idées à la mode. Le Seigneur nous donne toute l’huile dont nous avons besoin, mais nous avons simplement à la laisser entrer dans notre cœur. Vivre de l’Évangile, se convertir vraiment à l’Amour du Seigneur, cela ne se fait pas en un jour ; le Christ est venu nous montrer cette Sagesse, et nous avons toujours plus à nous laisser modeler par son exemple.

Accumuler l’huile de l’Amour de Dieu, c’est la seule manière de parcourir un chemin de libération. Si notre cœur est plein du Seigneur, nous serons pleinement libres, pleinement sereins, car nous n’aurons peur de rien. Les jeunes filles prévoyantes ne redoutent pas l’arrivée de l’Époux, car tout est prêt pour l’accueillir ! Or si nous connaissons un peu notre monde et notre époque, nous ne pouvons qu’être frappés par la peur qui est si présente. Tant de nos frères vivent dans une crainte diffuse ! On a souvent peur du passé, on craint de se rappeler ses propres fautes, on regrette ses choix et ses décisions. On a aussi peur du présent, peur du jugement des autres ; on a envie d’être bien vu, de ne pas faire de vagues, d’être dans le consensus par crainte des conflits. Et puis surtout, on a peur de l’avenir, de la pollution, du réchauffement climatique, des guerres, du terrorisme… et un peu aussi du Jugement dernier !
Le Christ est venu nous libérer de la peur, si nous L’accueillons dans notre vie. Par son pardon (particulièrement à travers le Sacrement de réconciliation, si important et si beau), Il nous réconcilie avec nous-mêmes et notre propre passé. Par l’Évangile, Il nous libère des peurs du présent en nous conduisant sur la bonne route comme un bon berger : nous ne craignons pas de nous égarer. Et par l’Espérance, Il nous délivre de la peur de l’avenir : saint Paul nous le disait tout à l’heure, « ne soyez pas abattus comme ceux qui n’ont pas d’espérance » ; n’ayez pas peur, car notre vocation, ajoutait-il, c’est d’être « pour toujours avec le Seigneur ». Que pourrions-nous craindre si nous marchons à la suite du Christ ?

Ainsi, en entretenant notre flamme avec l’huile du Seigneur, nous serons libres comme Jésus Lui-même est libre. Quoi qu’il arrive, nous serons prêts à répondre sans crainte ! Faut-il témoigner de l’Évangile ? J’ai en moi la force du Seigneur. Faut-il accueillir l’Époux qui arrive ? Je l’attends avec joie. Faut-il répondre à un frère qui a besoin d’aide sans prévenir ? L’amour de Dieu m’a habitué depuis longtemps à voir dans le frère l’image du Christ : je réponds à son appel.
Être libérés de la peur, c’est être ainsi prêt à tout vivre sous le regard du Seigneur ; et finalement, c’est ressembler à Jésus qui est entièrement libre devant son Père. Jour après jour, dans le temps qui nous est donné, nous apprenons à être de plus en plus dans la ressemblance avec Jésus, pour L’accueillir quand Il viendra.

Père Bertrand Cardinne

Trente-et-unième dimanche du Temps Ordinaire 2017


5 novembre 2017 Le mariage est un chemin

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Parfois, nous hésitons quand il faut dire les choses telles qu’elles sont… Jésus, Lui, n’hésite pas. Il parle sévèrement aux scribes et aux pharisiens, et leur reproche clairement leur comportement. Apparemment, d’après ce que dit l’Évangile, ces gens-là étaient orgueilleux, pleins de vanité, égoïstes, centrés sur eux-mêmes et sur l’image qu’ils voulaient donner ; il nous semble facile de les condamner – surtout qu’ils sont morts depuis deux mille ans, et qu’ils ne vont pas se défendre ! Mais ce n’est pas tout de dire du mal des gens… il faut comprendre en quoi cela nous concerne aujourd’hui. Que nous dit Jésus, à nous, hommes du XXIe siècle ?

D’après Jésus, les scribes et les pharisiens ne disent pas de mensonges : on peut au moins leur reconnaître cela. Ils enseignent bien selon la Bible, avec la Sagesse de Dieu transmise par Moïse et les prophètes. C’est déjà important, car on a toujours besoin de méditer sur cette Sagesse, sur la Parole de Dieu ! Le problème des pharisiens ne vient pas de là : le problème vient du décalage entre les paroles et les actions. Les pharisiens aiment bien se faire voir, dire aux autres : « Voyez comme je suis vertueux, admirez-moi ! ». Ils enseignent la Parole de Dieu, mais ils croient aussi qu’ils sont propriétaires de cette Parole de Dieu ; qu’ils sont arrivés à la plénitude de la Vérité, qu’ils n’ont plus à progresser.
Or c’est là le vrai décalage. Nous savons que l’Amour du Seigneur est infini, qu’Il nous donne un chemin pour avancer jour après jour vers Lui ; que vivre dans la foi, c’est parcourir ce chemin (parfois difficile) sans se décourager, car nous sommes certains de la grâce de Dieu. Si nous commençons à nous installer, à nous croire arrivés au but, à nous enorgueillir face aux autres – « Moi je suis quelqu’un de bien ! » –, cela veut dire que nous nous trompons sur nous-mêmes et sur Dieu. Rien n’est jamais fini, nous avons toujours à grandir en foi, en sagesse ; à devenir de plus en plus ce que nous sommes, des enfants de Dieu !

Dans le chemin de chaque jour, le Seigneur Jésus est là, avec nous : il faut que nous en soyons convaincus. Il ne nous laisse pas nous débrouiller tout seuls ; Il nous guide sans cesse ; Il nous délivre du mal, de la mort, du mensonge ; si nous L’écoutons, Il nous montre comment conduire notre vie dans la Vérité. Nous ne sommes plus dans l’ignorance, dans le noir, à tâtonner çà et là pour faire des choix hasardeux… L’Évangile peut être pour nous un véritable guide de vie et de bonheur, si nous apprenons à le connaître ! Nous ne sommes pas, bien sûr, des pharisiens qui se croient déjà arrivés au but ; mais nous apprenons de Jésus à choisir les bonnes directions jour après jour. Et nous sommes sûrs que l’écoute de la Parole de Dieu conduit à la Vérité.

Ce dimanche, c’est la première rencontre des couples qui ont décidé de cheminer vers le mariage ; cela nous donne justement l’occasion de réfléchir au “chemin de vie” que propose le Seigneur, dans la vocation particulière du mariage. Se marier, c’est unir deux chemins pour faire ensemble un parcours, dans l’engagement de la vie commune – et « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». Décider de se marier, c’est choisir de progresser, d’avancer sans cesse, de ne jamais d’installer.
La paroisse propose un parcours de réflexion sur le mariage, pour aider les couples à vivre leur engagement. Pour beaucoup de couples, le mariage est une sorte d’aboutissement : « Ça y est, nous nous aimons assez, nous sommes un couple parfait : nous pouvons nous marier et tout ira bien (et on peut bien sûr inviter Dieu à notre mariage) »… c’est un peu ce que Jésus reproche aux pharisiens : se croire arrivés au but.
Se marier devant Dieu, ce n’est pas être arrivés : c’est reconnaître que l’amour doit grandir sans cesse au fil du chemin ; et qu’il ne grandira pas s’il ne se nourrit pas de l’Amour du Seigneur. « Nous nous aimons, mais nous voulons nous aimer de plus en plus ; nous voulons être de plus en plus donnés l’un à l’autre. Cela ne nous sera pas possible tout seuls : nous voulons apprendre du Seigneur ce dont nous aurons besoin pour entretenir un amour d’époux, de parents, pour continuer à grandir ensemble ». Quand on fête ses 25, 50, 60 ans de mariage, en général on ne dit pas aux autres, comme les pharisiens : « Nous sommes formidables, admirez-nous ! » : on remercie le Seigneur d’avoir donné la force, dans les épreuves et les crises de la vie.

Si nous voulons toujours cheminer, avec des efforts, le Seigneur rendra possible tout ce que nous désirons : Il a donné sa vie pour nous, comme l’homme et la femme peuvent donner leur vie l’un pour l’autre. Rien n’est jamais acquis, l’Amour du Seigneur nous fera toujours progresser !

Père Bertrand Cardinne

Solennité de la Toussaint 2017


1er novembre 2017 Nous serons semblables à Dieu !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Heureux êtes-vous ! », dit Jésus plusieurs fois de suite ; et même dans les situations les plus difficiles (pauvreté, tristesse, épreuves), Il nous appelle à être heureux. Or être heureux, pour nous chrétiens, c’est tout à fait équivalent à dire : être des saints. La sainteté, c’est le bonheur complet de l’homme ; comme l’écrivait Léon Bloy en sens inverse : « Il n’y a qu’une tristesse, c’est celle de n’être pas des saints ». Aujourd’hui, c’est la fête des saints, donc c’est la fête de la vraie joie !
Qu’est-ce qu’un saint ? La fête d’aujourd’hui nous invite à lever les yeux vers le Royaume de Dieu, vers les saints de tous les temps – et peut-être plus particulièrement ceux qui ne sont pas connus, pas célèbres. Car la sainteté est beaucoup plus fréquente qu’on ne le croit ! Elle n’est pas réservée à une élite, ni aux « gens formidables ». Si nous croyons que la sainteté est une espèce de diplôme d’excellence pour les héros, alors nous savons très bien que nous n’y arriverons jamais… et nous nous décourageons. Mais la sainteté est pour chacun : les saints forment une « foule immense que nul ne peut dénombrer » (première lecture). La sainteté est donc pour nous aussi !

Oui, il nous faut être convaincus que nous sommes tous appelés à la sainteté ; tous invités à faire partie de la « foule immense ». Pourquoi ? Écoutons à nouveau les paroles de saint Jean (deuxième lecture) : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu » ; et aussi : « Quand le Christ sera manifesté, nous Lui serons semblables, nous Le verrons tel qu’Il est ».
Il y a donc les deux aspects :
• D’une part, « dès maintenant » : vivre en enfants de Dieu, ce n’est pas pour plus tard (quand la mort s’approchera…) : il s’agit de prendre au sérieux cet appel aujourd’hui.
• Et puis aussi ; il y a l’Espérance : « Quand le Christ sera manifesté », tout sera accompli, et nous verrons Celui que nous attendons ; et nous retrouverons nos frères, et nous vivrons la réconciliation totale, le bonheur éternel.

Être saints, c’est donc « dès maintenant », et c’est pour tous. La sainteté ne relève pas d’une morale personnelle, mais d’une relation au Seigneur. Quel est le sens de notre vie, à quoi sommes-nous appelés ? Cela ne nous suffit pas de nous dire : « Je suis quelqu’un de gentil, d’honnête, je n’ai tué personne et je rends service à mes voisins ». Ce n’est pas cela qui donne un sens à la vie. L’homme est ainsi fait qu’il ne se satisfait pas des petites choses : nous sommes créés pour le vrai bonheur, c’est-à-dire pour l’infini ! Tous les hommes, de toutes les époques et de toutes les cultures, ont recherché l’infini. Or Dieu seul peut correspondre à nos désirs ; et Jésus est venu sur terre pour nous porter la présence de Dieu.

Pour nous, aujourd’hui (« dès maintenant »), la sainteté c’est donc connaître Jésus et recevoir notre vie de Dieu. C’est aussi faire voir Dieu aux hommes à travers notre vie. Si nous sommes appelés à « être semblables à Dieu », cela doit commencer dès maintenant.
Qui est Dieu ? Il est Amour, Il est pardon, Il est Vérité. La sainteté consiste à imiter Dieu (« Soyez saints comme moi, je suis saint, dit le Seigneur », Lv 19,2). Et donc : y a-t-il des personnes que nous avons du mal à aimer ; plus encore, auxquelles nous avons du mal à pardonner ? Certainement ! La sainteté commence donc par là. Non pas aimer par sens du devoir, par morale… mais aimer de l’Amour même dont Dieu aime les hommes. Et pardonner, si nous avons à le faire. C’est parfois très difficile de pardonner ! Mais c’est là que Dieu agit, et c’est là que la sainteté nous attend.
Dieu est aussi Vérité. Montrer la sainteté de Dieu aux hommes, c’est être absolument dans le vrai. Combien de fois faisons-nous des petits mensonges (on ose même appeler cela de “pieux mensonges” !)… Or le mensonge est contagieux : il propage le péché. La sainteté commence par le souci de la Vérité en toutes circonstances (même lorsque la Vérité est inconfortable) ; c’est même à cela qu’on devrait reconnaître un vrai disciple du Christ.

Ce que nous montrent les saints aujourd’hui, c’est ce qui nous attend vraiment dans l’éternité. Non pas un paradis avec des jolis paysages et des plaisirs perpétuels, mais Dieu Lui-même, l’Amour éternel. « Nous Lui serons semblables en Le voyant tel qu’Il est ». La sainteté, c’est voir Dieu tel qu’Il est, et Lui être semblable. Oui, c’est cela notre vocation, et c’est cela la sainteté, le vrai bonheur, le seul sens que nous puissions donner à notre vie !

Père Bertrand Cardinne

Trentième dimanche du Temps Ordinaire 2017


29 octobre 2017 Un amour de personne à Personne

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Quel est le grand commandement, quel est l’essentiel dans la Loi de Moïse ? » Cette question est pertinente, car la Loi de Moïse est tellement vaste et diversifiée ! Il y a des centaines de préceptes, de commandements, d’usages, de coutumes, de rites, de pratiques… tant de choses qu’on ne sait pas par où commencer. Y a-t-il dans tout cela une direction principale ? Nous aussi, au XXIe siècle, nous pouvons avoir quelques perplexités, car notre époque est pleine de commandements… et les commandements “modernes” sont aussi nombreux : être tolérant, éteindre la lumière, recycler ses déchets, ne pas exclure, respecter toutes les cultures, être démocrate… Mais quel est l’essentiel, qu’est-ce qui donne un vrai sens à la vie, que doit préférer un disciple du Christ ?

Jésus donne une réponse si simple que personne, peut-être, n’y avait pensé : Il reprend l’orientation que Dieu avait déjà donnée à Moïse dans le Deutéronome (6,5) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force ». En d’autres termes, l’essentiel n’est pas de “faire des choses” pour se donner bonne conscience, mais d’avoir une attitude d’amour ; c’est-à-dire une attitude d’ouverture à Dieu, car Il est source de tout Amour. Être chrétien se définit d’abord par cet amour de Dieu qui implique « tout notre cœur, toute notre âme ».
Si Jésus enseigne cela, c’est pour nous rappeler que la relation entre Dieu et nous est une relation de Personne à personne. Nous sommes face à ce Dieu qui nous aime et qui nous regarde, comme nous Le regardons. Dieu n’est pas une idée ni un concept : c’est Quelqu’un qui dialogue avec nous. La prière consiste justement à entretenir ce dialogue vivant et concret.
Et quel est le « deuxième commandement, qui lui est semblable » ? C’est le commandement de l’amour du prochain. Et là aussi, aimer son prochain est quelque chose de concret, qui passe par le dialogue et l’engagement. On ne peut aimer que “face à face” : le frère, le prochain, n’est pas une idée, un concept, une classe sociale ou un parti politique : c’est un homme concret, comme moi, qui a besoin d’amour comme moi.

Si Jésus rappelle ensemble ces deux commandements, c’est justement que l’un ne va pas sans l’autre. Si j’aime Dieu comme une Personne, dans le dialogue de la prière, c’est la garantie que je vais aussi aimer mon frère comme une personne, face à face. Il y a tant de manières d’aimer les autres “en général”, sans s’impliquer soi-même ! Il est très facile d’aimer ceux qu’on ne voit pas, ceux qui sont loin, ceux qui ne vous ennuient pas dans la vie quotidienne… Il est aussi facile de militer pour le “droit” à ceci ou à cela, d’avoir de belles idées et des grands sentiments, et de se croire généreux. Mais il est beaucoup plus difficile d’entrer dans le concret de l’existence, de partager la vie de frères qu’on n’a pas choisis. C’est cela, « aimer son prochain comme soi-même », et c’est cela l’exigence que nous propose le Seigneur. Car Dieu, Lui, ne nous aime pas “en général” : Il aime chacun de nous personnellement, concrètement, depuis le moment où Il nous a créés à son image.

Saint Jean écrit : « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1Jn 4,20). Il ne s’agit pas de faire de l’humanisme vague, mais de vivre la charité fraternelle – avec le « frère qu’on voit » ! Accueillir nos frères tels qu’ils sont, ne peut se faire que si nous accueillons aussi Dieu tel qu’Il est : c’est pour cela que le lien est si fort entre l’amour de Dieu et l’amour fraternel. Aimer Dieu « de tout son cœur », c’est Le connaître concrètement comme Il se révèle à nous, comme le Père de Jésus, le Créateur, le Sauveur, l’Esprit saint qui vient en nous. Il ne s’agit pas d’“en prendre et en laisser au grand supermarché des religions”, mais de choisir cette relation personnelle avec le Seigneur Jésus par la prière, l’écoute, la conversion.

Ce qui a toujours distingué le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob des faux dieux et des idoles, c’est cette exigence (cf. première lecture : Livre de l’Exode) : aimer Dieu implique d’aimer son prochain. La relation personnelle avec Dieu exige une relation personnelle (et fraternelle) avec les hommes ; mais si Dieu n’est pour nous qu’une idée, nous ne parviendrons pas à aimer personnellement nos frères, ni à les comprendre.
Déjà en ce dimanche, en essayant de vivre ensemble l’amour de Dieu et l’amour des frères, nous nous préparons à écouter ce que nous dira Jésus dans quatre semaines (lors de la fête du Christ-Roi) : « Ce que vous avez fait (concrètement !) à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ! »

Père Bertrand Cardinne

Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire 2017


22 octobre 2017 Une seule loi : la dignité de l’homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Souvent, des gens posent des questions à Jésus ; on L’appelle « Maître » ou « Seigneur », on reconnaît en Lui une sagesse divine, et ceux qui le rencontrent ont envie de connaître cette sagesse. En général, Jésus répond avec bonté, avec bienveillance, aux demandes qui lui sont faites. Mais parfois aussi, on essaie de le piéger, comme c’est le cas ici : on lui présente de faux cas de conscience pour qu’il se compromette lui-même. Et c’est là que Jésus réagit de manière sévère : « Hypocrites, pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? ».
La première leçon que nous devons retirer de ce passage de l’Évangile, c’est donc celle-ci : si nous voulons entrer dans la Sagesse de Dieu, si nous voulons nous laisser enseigner par Lui, nos questions doivent être paisibles et bienveillantes. Cela ne sert à rien d’imaginer de soi-disant raisonnements pour mettre en défaut l’Évangile ou l’Église : la Sagesse de Dieu ne se laissera jamais piéger par nos idées humaines. Laissons-le donc nous parler !

Ici, la question qui est posée à Jésus – et qui se pose à l’Église depuis deux mille ans –, est à nouveau un piège. Peut-on être croyant, fidèle à Dieu, et en même temps faire partie d’une société humaine, avec des lois et des impôts ? « Est-il permis de payer l’impôt à César ? » Aujourd’hui, cette question est toujours actuelle : est-ce qu’on doit choisir entre la Loi de Dieu et la loi des hommes ? Est-ce que, comme le disait un Président, la « loi religieuse » doit s’effacer devant la « loi de la République » ?
L’actualité nous montre qu’il y a parfois des problèmes de cet ordre. Mais pour être juste, ce n’est pas souvent la foi chrétienne qui est en cause ! L’Évangile nous rappelle qu’il n’y a pas de “concurrence” entre Dieu et César, parce que Dieu et César ne sont pas sur le même plan. A moins que la dignité humaine ne soit en jeu, les chrétiens, depuis deux mille ans, ont constamment respecté l’autorité des rois et des autorités légitimes. Saint Paul invite son ami Timothée à « prier pour tous les hommes, les rois et les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible » (1Tm 2,2)… et ceci, alors même que les empereurs romains commençaient à persécuter les chrétiens ! Les Dix commandements, eux aussi, invitent à « honorer son père et sa mère », et plus largement ceux qui nous gouvernent.

Non, ce n’est pas dans les églises que l’on conspire, que l’on organise des coups d’État ! Parce que l’Évangile n’est pas un recueil de lois qui pourraient contredire les lois civiles. L’Évangile, en vérité, élève l’homme : il donne une nouvelle dimension à notre nature, à nos activités. Toute notre expérience humaine est accueillie et sanctifiée par le Christ ; tout comme Il a sanctifié son métier de charpentier, en lui donnant la dimension de l’Amour divin. Ce qui est vrai, juste, beau, digne, le Seigneur l’assume, le transforme, l’élève vers le Père. L’impôt par exemple – comme toute la vie sociale – est quelque chose de profondément humain, qui dépend des décisions légitimes des rois. Jésus ne s’y oppose pas (tout comme l’Église ne prétend pas réguler les politiques économiques des pays !) ; mais Il élève la portée de la réflexion. Chaque chose est à sa place : les rois s’occupent de l’impôt, mais Celui qui sauve l’homme, c’est Dieu.
Il ne s’agit ni d’une obéissance aveugle, ni d’une opposition de principe. Il y a des lois humaines qui sont bonnes, nécessaires – et grâce à Dieu, c’est la majorité ! Elles interdisent le mal, la violence, elles aident les coupables à se repentir… En ce cas, être chrétien, c’est suivre les lois, rendre à César ce qui est à César, donner l’exemple de la droiture et de l’intégrité.
Mais parfois aussi, il y a des décisions de César qui doivent être examinées de plus près ; car il n’est pas impossible que César se prenne pour Dieu ! En ce cas, il est bon de réécouter Jésus, comme l’Église a toujours compris ses paroles : la pièce de l’impôt porte l’effigie de l’empereur, elle doit être rendue à l’empereur comme tout ce qui est humain. Mais l’homme, lui, porte l’effigie de Dieu, l’image de Dieu ! Et sa dignité d’homme n’appartient pas à César.

Si parfois l’Église adresse une parole aux Césars d’aujourd’hui, ce n’est donc pas pour les concurrencer : c’est pour rappeler la grandeur de l’homme, puisque le Fils de Dieu s’est fait homme. César ne doit pas oublier cette grandeur : le seul moyen pour que le monde devienne pleinement humain, c’est que chaque homme soit respecté comme image de Dieu.

Père Bertrand Cardinne

Vingt-cinquième dimanche du Temps Ordinaire 2017


24 septembre 2017 La fidélité est un don de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus parle souvent du royaume des Cieux. Dans ces pages de l’Évangile selon saint Matthieu, il est beaucoup question du détachement, de la nécessité de quitter ses richesses pour suivre le Seigneur et participer à son Royaume. Rechercher le Royaume est une démarche sans compromission, une exigence absolue, où l’on se décide à écouter le Seigneur et à Le suivre de toutes nos forces, sans regret ni retour. Il ne faut donc pas s’étonner que dans cette recherche du Seigneur, il y ait des choses qui nous surprennent ! Comme Jésus le raconte dans cette parabole, ceux qui ont travaillé une heure et ceux qui ont travaillé toute la journée reçoivent le même salaire ; la logique du royaume des Cieux est une logique étonnante.

Que veut nous dire le Seigneur dans cette parabole ? Beaucoup ont dû se poser la question, et manifestement ceux qui L’écoutent n’ont pas compris. D’ailleurs, pour d’autres paraboles, l’évangéliste ajoute à la fin : « Les pharisiens comprenaient bien que Jésus les visait… » (Luc 21,45) ; mais là, il n’y a rien : personne ne réagit ! A nous d’essayer de mieux comprendre.
D’abord, Jésus parle d’une vigne. C’est l’image habituelle de la Bible pour le peuple de Dieu, par exemple dans les Psaumes (Ps 79(80)). Le peuple d’Israël est cultivé avec amour par Dieu, comme un vigneron qui prend soin de sa vigne (et attend qu’elle donne de beaux raisins – Is 5,4). Travailler à la vigne de Dieu, comme les ouvriers de la parabole, c’est donc faire la volonté du Seigneur ; c’est cheminer vers la Vie, travailler pour Dieu et pour nos frères et avoir la joie de recueillir de beaux fruits. Et, dit Jésus, parmi les vignerons, il y a ceux qui ont été fidèles toute la journée, ceux qui « endurent le poids du jour et la chaleur » ; ce sont les hommes qui sont demeurés dans la foi, dans l’Alliance de Dieu au fil des siècles, qui ont gardé leur fidélité : ce sont les juifs, peuple de l’Alliance. Et ils s’attendent évidemment à recevoir davantage que les derniers arrivés, les « petits nouveaux », qui sont tout juste entrés dans la vigne et qui ont à peine travaillé : c’est-à-dire les païens, les gens de toutes les nations (dont nous sommes), qui entrent dans la Nouvelle Alliance en Jésus sans faire partie du peuple juif.

Oui, d’un point de vue de la simple justice, les juifs ont bien raison : ils méritent plus que les autres. Mais il y a tout de même une tentation (et l’Évangile montre qu’ils y cèdent), celle de s’attribuer à soi-même sa propre fidélité. Parce que j’ai été fidèle, parce que cela fait longtemps que j’appartiens à une communauté, j’ai plus de droits que les autres. C’est d’ailleurs vrai un peu partout : même dans les paroisses, on a parfois du mal à accueillir les « nouveaux » et à leur faire de la place !
Pour éviter cette tentation, il nous faut revenir à l’enseignement de Jésus, et d’abord à la conviction que c’est la grâce de Dieu qui agit en toute personne. Jésus ne veut pas, bien sûr, décourager la fidélité qui est une vertu si nécessaire et si utile ; d’autant que de nos jours, on a tendance à l’oublier. Non, Jésus nous propose bien la fidélité comme un modèle à suivre. Mais Il nous rappelle surtout, à travers cette parabole, que tout vient de Lui : la fidélité vient de Lui, et les conversions de dernière minute aussi viennent de Lui. Que nous soyons anciens dans la foi ou tout nouveaux, c’est la grâce du Seigneur qui nous guide ! Il n’y a pas de préférences, de jugements de valeur, de classements entre nous, si nous vivons en présence du Christ.

Nous pouvons donc rendre grâces au Seigneur pour la diversité de nos chemins de foi. Rendre grâces pour la fidélité, et rendre grâces aussi pour les changements, les imprévus, les “conversions-surprises”. Saint Paul nous disait tout à l’heure que quoi qu’il arrive, il remerciait le Seigneur : qu’il vive, qu’il meure, c’est toujours pour le Christ. La fidélité est un don qui rend profondément heureux, comme les couples âgés le savent bien. Aujourd’hui on privilégie la spontanéité, comme si les engagements n’avaient aucune importance ; mais être fidèle, constant, ce n’est pas une contrainte : c’est un chemin de bonheur ! Seul le Seigneur peut nous permettre de “tenir la barre” dans les tempêtes de la vie ; et si nous laissons agir sa Grâce en nous, nous trouverons la véritable paix du cœur.
La parabole, certes, nous présente la fidélité comme un peu pénible : on y parle du « poids du jour et de la chaleur »… Mais ce n’est qu’une parabole ! En réalité, dès qu’on connaît le Seigneur, on ne peut avoir qu’un désir joyeux, grandir dans son Amour ; et c’est cela la fidélité. Qu’on ait rencontré le Seigneur à la naissance, à l’âge adulte, ou cinq minutes avant la mort… Il nous propose le même « salaire » : le bonheur éternel.

Père Bertrand Cardinne

Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire 2017 (Rentrée paroissiale)


10 septembre 2017 Une communauté qui ne vit que du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Pour ce dimanche de rentrée de notre communauté paroissiale, Jésus nous propose une parole particulièrement adaptée : Il nous parle de l’« Assemblée de l’Église », que nous formons ici à Moirans, et plus largement pour notre diocèse et dans le monde entier. Il nous est bon de temps à autre de méditer sur l’Église, l’assemblée chrétienne ; à quoi sert-elle ? Qu’est-ce que cela signifie, à quoi cela nous engage-t-il, d’appartenir à l’Église comme à une famille ?
Il ne s’agit pas de faire des comparaisons : de dire que telle religion, ou telle paroisse, est « meilleure » que telle autre ; comme un lycée est meilleur parce qu’il a de bons résultats au bac, ou un club sportif est meilleur parce qu’il obtient plus de médailles. Ce qui rend la communauté chrétienne indispensable, c’est ce que vient de nous dire Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». La joie d’une communauté chrétienne, c’est la présence de Jésus. Même s’il est bon de se retrouver entre amis, entre frères et sœurs, l’essentiel vient de cette promesse du Christ, qu’Il fait à toute communauté qui se rassemble en vérité en son nom.

Être réunis au nom du Christ, c’est ne vivre que du Christ. Une communauté chrétienne est tout entière orientée vers le Christ, sans quoi elle n’a pas de raison d’être. Le Concile Vatican II parle de l’Église comme d’une « communauté de foi, d’espérance et de charité, par laquelle le Christ répand la vérité et la grâce » (Lumen Gentium 8). En ce sens, la communauté de l’Église est irremplaçable : personne d’autre ne peut nous donner le Christ ! Jésus a voulu instituer cette Communauté qui est son Corps vivant, pour que sa présence bienfaisante se continue au fil des siècles.
Vivre dans cette communauté, appartenir à cette communauté, cela nous engage pleinement. D’abord, parce que nous reconnaissons que la communauté ne nous appartient pas : elle appartient au Seigneur. Comme le redit aussi le Concile Vatican II, nous sommes le peuple de Dieu ; c’est-à-dire le peuple qui appartient à Dieu, que le Seigneur s’est réservé, qu’Il a racheté par son sang (Ap 5,9). Et puis, ce peuple que nous formons a une mission essentielle : celle d’annoncer le Royaume de Dieu dans le monde, pour que la mission de Jésus se continue. Après l’Ascension, et avec la force de la Pentecôte, Dieu fait vivre son Église afin de témoigner de son Amour pour les hommes.

Ce qui montre que l’Église est habitée par le Seigneur, c’est d’abord l’amour fraternel. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous disait que tous les commandements de Dieu se résumaient en un seul : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». L’amour des frères, l’amitié en communauté, est un signe très important qui touche les hommes : « Voyez comme ils s’aiment ! », disait-on aux premiers temps de l’Église. Sans cet amour, il n’y a pas de communauté : il n’y aurait qu’une somme d’individus qui se côtoient et se “tolèrent” (pour prendre un terme actuel). Or nous, paroissiens de Saint-Thomas de Rochebrune, n’avons pas à nous tolérer : nous avons à nous aimer !
Cet amour va même jusqu’à la correction fraternelle, comme nous le dit Jésus : « Si ton frère a commis un péché… va lui parler… et dis-le à l’assemblée de l’Église ». Quand on aime, on n’est pas indifférent au péché ! La mission de la Communauté de l’Église, c’est de s’attacher au Christ et donc de discerner le bien du mal ; d’aider les frères à rejeter le mal, par la force de l’Esprit saint. Ce qui n’est possible que si nous vivons profondément de la présence du Christ.

Ainsi, notre paroisse – qui fait sa rentrée – reprend conscience de l’essentiel de son existence, de sa raison d’être : revenir au Christ, témoigner de la Vérité et transmettre l’Évangile autour de nous. Revenir au Christ : l’activité la plus importante d’une communauté, est la prière et la louange du Seigneur : nous avons à y participer régulièrement, en comprenant que notre présence est nécessaire chaque dimanche, en évitant la tentation de l’instabilité (même pour de bonnes raisons !). Et pour être témoins de l’Évangile, ce n’est que dans la mission de l’Église que nous porterons du fruit : non pas en notre propre nom, mais au nom du Christ qui agit dans son Église.
Cette année justement, nous essaierons de mettre en œuvre un « parcours de première annonce » de l’Évangile pour toutes les personnes qui ont un premier contact avec la paroisse ; dans notre communauté, en faisant appel à toutes les bonnes volontés, nous parviendrons à donner notre témoignage de l’Évangile.
Soyons donc bien résolus, en ce début d’année, à revenir à Jésus qui nous fait vivre dans son Église. Lui seul nous réunit en son nom ; Lui seul nous donne une famille, une communauté, la joie d’être le peuple de Dieu qui avance vers l’éternité !

Père Bertrand Cardinne

Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire 2017


3 septembre 2017 Choisir entre le Christ et la tranquillité…

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite… », dit Jésus ; marcher à la suite de Jésus, c’est l’essentiel de la vocation chrétienne. Tout homme, toute femme, quelle que soit sa vocation, quels que soient son âge, ses capacités, son état de vie – marié, célibataire – : tout le monde est appelé à marcher à la suite du Christ ! Marcher à sa suite, cela veut dire se laisser conduire par Jésus ; non seulement par son exemple, ses paroles dans l’Évangile, ses actions passées, mais surtout se laisser conduire par la présence actuelle de Jésus. Aujourd’hui, Lui demander de nous inspirer, de nous conduire à travers les choix de la vie. Nous ne sommes pas chrétiens par le souvenir ou par les valeurs morales, mais par le choix de suivre Quelqu’un qui est notre Sauveur.

Mais si nous voulons être disciples du Christ, si nous voulons effectivement Le suivre, il s’agit de passer par le chemin où Lui-même est passé. Et c’est là que saint Pierre (que nous avons pourtant écouté la semaine dernière plein d’enthousiasme, proclamer la foi en Jésus Fils de Dieu !) ; ce même saint Pierre donc, ne supporte pas l’idée que le chemin de Jésus passe par ce qu’Il annonce : les souffrances, la condamnation à mort, et la résurrection. Pierre comprendra un jour le sens de tout cela ; et lui-même suivra son Maître jusqu’au don de la vie. Mais pour l’instant, il ne saisit pas pourquoi il y a des épreuves.
Notre chemin se déroule à la suite du Christ, et Jésus ne veut pas nous rassurer à bon compte : oui, il y a des épreuves sur notre route ! Jésus ne nous dit pas : Suivez-moi, et tout ira bien pour vous. Il ne nous promet pas, comme certains gourous, que si nous le suivons nous aurons un travail prestigieux, un gros salaire, une belle maison et que nous serons heureux en amour… Il nous dit ce qui peut nous surprendre, et même nous effrayer : Suivez-moi, et vous me ressemblerez, y compris sur la Croix. Mais en suivant mon chemin, ajoute le Christ, vous parviendrez à la Résurrection : « Celui qui perd sa vie à cause de moi, la retrouvera ». Être à la suite du Christ, c’est la vocation de tout homme ; et la vocation de l’homme, c’est l’amour et le don.

A nouveau, Jésus nous appelle donc à nous convertir. Non seulement à nous convertir dans la foi, c’est-à-dire L’accueillir comme notre Sauveur et être prêts à Le suivre à tout moment ; mais encore davantage, à convertir notre manière d’être. Le chemin qu’Il nous montre, ce chemin qui est ouvert à tout homme, consiste à se donner soi-même. Le don de soi est la vocation la plus grande et la plus belle que nous ayons reçue ; et c’est là que se trouve le vrai bonheur. Ce qui nous est proposé, ce n’est pas de chercher le bien-être, la facilité, mais le don – même si parfois, ce don passe par la Croix…
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous disait la même chose : il nous disait que le seul vrai acte de culte, d’adoration, c’était de « présenter notre personne à Dieu en sacrifice vivant », c’est-à-dire en offrande, en don, à Dieu et à nos frères. Comme Jésus a donné sa vie en offrande, tous les saints ont eu cette manière de vivre. Que ce soient les saints qui étaient consacrés dans la prière, dans la méditation : ils ont donné à Dieu toute leur vie. Que ce soient les saints qui ont brillé par leur charité, leur dévouement : ils se sont donnés à leurs frères en offrande, sans rien garder pour eux-mêmes. Tous, ils ont imité Jésus dans le don de soi, et d’une certaine manière, ils ont rendu Jésus présent dans ce monde, par l’amour dont ils ont témoigné.

De l’extérieur, bien sûr, cela peut ne pas être très attirant, de vivre pour tout donner ! Au moment où Jésus est parti pour son chemin de croix, il n’y avait pas grand-monde qui avait vraiment envie de Le suivre… Mais lorsqu’on a compris qu’on retrouve ainsi la vraie vie ; que comme dit Jésus, il ne sert à rien de « gagner le monde entier », de devenir riche et célèbre, d’avoir une vie douce et confortable, si l’on passe à côté du vrai bonheur ; alors on peut décider de suivre Jésus, pour mourir et ressusciter avec Lui.
Nous avons sans cesse un choix de vie à faire et à refaire : le monde actuel nous dit qu’il faut chercher le bien-être, le plaisir, la tranquillité, éviter les ennuis… et cela conduit au repli sur soi et à la solitude. Jésus, Lui, nous invite à tout donner par amour ; Il nous prévient qu’il y aura des croix sur notre chemin, mais que c’est là que nous trouverons le vrai bonheur, dès maintenant et pour l’éternité. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite »… qu’il donne sa vie et qu’il ressuscite avec Jésus !

Père Bertrand Cardinne