Vingt-neuvième dimanche du Temps Ordinaire 2017


22 octobre 2017 Une seule loi : la dignité de l’homme

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Souvent, des gens posent des questions à Jésus ; on L’appelle « Maître » ou « Seigneur », on reconnaît en Lui une sagesse divine, et ceux qui le rencontrent ont envie de connaître cette sagesse. En général, Jésus répond avec bonté, avec bienveillance, aux demandes qui lui sont faites. Mais parfois aussi, on essaie de le piéger, comme c’est le cas ici : on lui présente de faux cas de conscience pour qu’il se compromette lui-même. Et c’est là que Jésus réagit de manière sévère : « Hypocrites, pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? ».
La première leçon que nous devons retirer de ce passage de l’Évangile, c’est donc celle-ci : si nous voulons entrer dans la Sagesse de Dieu, si nous voulons nous laisser enseigner par Lui, nos questions doivent être paisibles et bienveillantes. Cela ne sert à rien d’imaginer de soi-disant raisonnements pour mettre en défaut l’Évangile ou l’Église : la Sagesse de Dieu ne se laissera jamais piéger par nos idées humaines. Laissons-le donc nous parler !

Ici, la question qui est posée à Jésus – et qui se pose à l’Église depuis deux mille ans –, est à nouveau un piège. Peut-on être croyant, fidèle à Dieu, et en même temps faire partie d’une société humaine, avec des lois et des impôts ? « Est-il permis de payer l’impôt à César ? » Aujourd’hui, cette question est toujours actuelle : est-ce qu’on doit choisir entre la Loi de Dieu et la loi des hommes ? Est-ce que, comme le disait un Président, la « loi religieuse » doit s’effacer devant la « loi de la République » ?
L’actualité nous montre qu’il y a parfois des problèmes de cet ordre. Mais pour être juste, ce n’est pas souvent la foi chrétienne qui est en cause ! L’Évangile nous rappelle qu’il n’y a pas de “concurrence” entre Dieu et César, parce que Dieu et César ne sont pas sur le même plan. A moins que la dignité humaine ne soit en jeu, les chrétiens, depuis deux mille ans, ont constamment respecté l’autorité des rois et des autorités légitimes. Saint Paul invite son ami Timothée à « prier pour tous les hommes, les rois et les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible » (1Tm 2,2)… et ceci, alors même que les empereurs romains commençaient à persécuter les chrétiens ! Les Dix commandements, eux aussi, invitent à « honorer son père et sa mère », et plus largement ceux qui nous gouvernent.

Non, ce n’est pas dans les églises que l’on conspire, que l’on organise des coups d’État ! Parce que l’Évangile n’est pas un recueil de lois qui pourraient contredire les lois civiles. L’Évangile, en vérité, élève l’homme : il donne une nouvelle dimension à notre nature, à nos activités. Toute notre expérience humaine est accueillie et sanctifiée par le Christ ; tout comme Il a sanctifié son métier de charpentier, en lui donnant la dimension de l’Amour divin. Ce qui est vrai, juste, beau, digne, le Seigneur l’assume, le transforme, l’élève vers le Père. L’impôt par exemple – comme toute la vie sociale – est quelque chose de profondément humain, qui dépend des décisions légitimes des rois. Jésus ne s’y oppose pas (tout comme l’Église ne prétend pas réguler les politiques économiques des pays !) ; mais Il élève la portée de la réflexion. Chaque chose est à sa place : les rois s’occupent de l’impôt, mais Celui qui sauve l’homme, c’est Dieu.
Il ne s’agit ni d’une obéissance aveugle, ni d’une opposition de principe. Il y a des lois humaines qui sont bonnes, nécessaires – et grâce à Dieu, c’est la majorité ! Elles interdisent le mal, la violence, elles aident les coupables à se repentir… En ce cas, être chrétien, c’est suivre les lois, rendre à César ce qui est à César, donner l’exemple de la droiture et de l’intégrité.
Mais parfois aussi, il y a des décisions de César qui doivent être examinées de plus près ; car il n’est pas impossible que César se prenne pour Dieu ! En ce cas, il est bon de réécouter Jésus, comme l’Église a toujours compris ses paroles : la pièce de l’impôt porte l’effigie de l’empereur, elle doit être rendue à l’empereur comme tout ce qui est humain. Mais l’homme, lui, porte l’effigie de Dieu, l’image de Dieu ! Et sa dignité d’homme n’appartient pas à César.

Si parfois l’Église adresse une parole aux Césars d’aujourd’hui, ce n’est donc pas pour les concurrencer : c’est pour rappeler la grandeur de l’homme, puisque le Fils de Dieu s’est fait homme. César ne doit pas oublier cette grandeur : le seul moyen pour que le monde devienne pleinement humain, c’est que chaque homme soit respecté comme image de Dieu.

Père Bertrand Cardinne

Vingt-cinquième dimanche du Temps Ordinaire 2017


24 septembre 2017 La fidélité est un don de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus parle souvent du royaume des Cieux. Dans ces pages de l’Évangile selon saint Matthieu, il est beaucoup question du détachement, de la nécessité de quitter ses richesses pour suivre le Seigneur et participer à son Royaume. Rechercher le Royaume est une démarche sans compromission, une exigence absolue, où l’on se décide à écouter le Seigneur et à Le suivre de toutes nos forces, sans regret ni retour. Il ne faut donc pas s’étonner que dans cette recherche du Seigneur, il y ait des choses qui nous surprennent ! Comme Jésus le raconte dans cette parabole, ceux qui ont travaillé une heure et ceux qui ont travaillé toute la journée reçoivent le même salaire ; la logique du royaume des Cieux est une logique étonnante.

Que veut nous dire le Seigneur dans cette parabole ? Beaucoup ont dû se poser la question, et manifestement ceux qui L’écoutent n’ont pas compris. D’ailleurs, pour d’autres paraboles, l’évangéliste ajoute à la fin : « Les pharisiens comprenaient bien que Jésus les visait… » (Luc 21,45) ; mais là, il n’y a rien : personne ne réagit ! A nous d’essayer de mieux comprendre.
D’abord, Jésus parle d’une vigne. C’est l’image habituelle de la Bible pour le peuple de Dieu, par exemple dans les Psaumes (Ps 79(80)). Le peuple d’Israël est cultivé avec amour par Dieu, comme un vigneron qui prend soin de sa vigne (et attend qu’elle donne de beaux raisins – Is 5,4). Travailler à la vigne de Dieu, comme les ouvriers de la parabole, c’est donc faire la volonté du Seigneur ; c’est cheminer vers la Vie, travailler pour Dieu et pour nos frères et avoir la joie de recueillir de beaux fruits. Et, dit Jésus, parmi les vignerons, il y a ceux qui ont été fidèles toute la journée, ceux qui « endurent le poids du jour et la chaleur » ; ce sont les hommes qui sont demeurés dans la foi, dans l’Alliance de Dieu au fil des siècles, qui ont gardé leur fidélité : ce sont les juifs, peuple de l’Alliance. Et ils s’attendent évidemment à recevoir davantage que les derniers arrivés, les « petits nouveaux », qui sont tout juste entrés dans la vigne et qui ont à peine travaillé : c’est-à-dire les païens, les gens de toutes les nations (dont nous sommes), qui entrent dans la Nouvelle Alliance en Jésus sans faire partie du peuple juif.

Oui, d’un point de vue de la simple justice, les juifs ont bien raison : ils méritent plus que les autres. Mais il y a tout de même une tentation (et l’Évangile montre qu’ils y cèdent), celle de s’attribuer à soi-même sa propre fidélité. Parce que j’ai été fidèle, parce que cela fait longtemps que j’appartiens à une communauté, j’ai plus de droits que les autres. C’est d’ailleurs vrai un peu partout : même dans les paroisses, on a parfois du mal à accueillir les « nouveaux » et à leur faire de la place !
Pour éviter cette tentation, il nous faut revenir à l’enseignement de Jésus, et d’abord à la conviction que c’est la grâce de Dieu qui agit en toute personne. Jésus ne veut pas, bien sûr, décourager la fidélité qui est une vertu si nécessaire et si utile ; d’autant que de nos jours, on a tendance à l’oublier. Non, Jésus nous propose bien la fidélité comme un modèle à suivre. Mais Il nous rappelle surtout, à travers cette parabole, que tout vient de Lui : la fidélité vient de Lui, et les conversions de dernière minute aussi viennent de Lui. Que nous soyons anciens dans la foi ou tout nouveaux, c’est la grâce du Seigneur qui nous guide ! Il n’y a pas de préférences, de jugements de valeur, de classements entre nous, si nous vivons en présence du Christ.

Nous pouvons donc rendre grâces au Seigneur pour la diversité de nos chemins de foi. Rendre grâces pour la fidélité, et rendre grâces aussi pour les changements, les imprévus, les “conversions-surprises”. Saint Paul nous disait tout à l’heure que quoi qu’il arrive, il remerciait le Seigneur : qu’il vive, qu’il meure, c’est toujours pour le Christ. La fidélité est un don qui rend profondément heureux, comme les couples âgés le savent bien. Aujourd’hui on privilégie la spontanéité, comme si les engagements n’avaient aucune importance ; mais être fidèle, constant, ce n’est pas une contrainte : c’est un chemin de bonheur ! Seul le Seigneur peut nous permettre de “tenir la barre” dans les tempêtes de la vie ; et si nous laissons agir sa Grâce en nous, nous trouverons la véritable paix du cœur.
La parabole, certes, nous présente la fidélité comme un peu pénible : on y parle du « poids du jour et de la chaleur »… Mais ce n’est qu’une parabole ! En réalité, dès qu’on connaît le Seigneur, on ne peut avoir qu’un désir joyeux, grandir dans son Amour ; et c’est cela la fidélité. Qu’on ait rencontré le Seigneur à la naissance, à l’âge adulte, ou cinq minutes avant la mort… Il nous propose le même « salaire » : le bonheur éternel.

Père Bertrand Cardinne

Vingt-troisième dimanche du Temps Ordinaire 2017 (Rentrée paroissiale)


10 septembre 2017 Une communauté qui ne vit que du Christ

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Pour ce dimanche de rentrée de notre communauté paroissiale, Jésus nous propose une parole particulièrement adaptée : Il nous parle de l’« Assemblée de l’Église », que nous formons ici à Moirans, et plus largement pour notre diocèse et dans le monde entier. Il nous est bon de temps à autre de méditer sur l’Église, l’assemblée chrétienne ; à quoi sert-elle ? Qu’est-ce que cela signifie, à quoi cela nous engage-t-il, d’appartenir à l’Église comme à une famille ?
Il ne s’agit pas de faire des comparaisons : de dire que telle religion, ou telle paroisse, est « meilleure » que telle autre ; comme un lycée est meilleur parce qu’il a de bons résultats au bac, ou un club sportif est meilleur parce qu’il obtient plus de médailles. Ce qui rend la communauté chrétienne indispensable, c’est ce que vient de nous dire Jésus : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ». La joie d’une communauté chrétienne, c’est la présence de Jésus. Même s’il est bon de se retrouver entre amis, entre frères et sœurs, l’essentiel vient de cette promesse du Christ, qu’Il fait à toute communauté qui se rassemble en vérité en son nom.

Être réunis au nom du Christ, c’est ne vivre que du Christ. Une communauté chrétienne est tout entière orientée vers le Christ, sans quoi elle n’a pas de raison d’être. Le Concile Vatican II parle de l’Église comme d’une « communauté de foi, d’espérance et de charité, par laquelle le Christ répand la vérité et la grâce » (Lumen Gentium 8). En ce sens, la communauté de l’Église est irremplaçable : personne d’autre ne peut nous donner le Christ ! Jésus a voulu instituer cette Communauté qui est son Corps vivant, pour que sa présence bienfaisante se continue au fil des siècles.
Vivre dans cette communauté, appartenir à cette communauté, cela nous engage pleinement. D’abord, parce que nous reconnaissons que la communauté ne nous appartient pas : elle appartient au Seigneur. Comme le redit aussi le Concile Vatican II, nous sommes le peuple de Dieu ; c’est-à-dire le peuple qui appartient à Dieu, que le Seigneur s’est réservé, qu’Il a racheté par son sang (Ap 5,9). Et puis, ce peuple que nous formons a une mission essentielle : celle d’annoncer le Royaume de Dieu dans le monde, pour que la mission de Jésus se continue. Après l’Ascension, et avec la force de la Pentecôte, Dieu fait vivre son Église afin de témoigner de son Amour pour les hommes.

Ce qui montre que l’Église est habitée par le Seigneur, c’est d’abord l’amour fraternel. Dans la deuxième lecture, saint Paul nous disait que tous les commandements de Dieu se résumaient en un seul : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». L’amour des frères, l’amitié en communauté, est un signe très important qui touche les hommes : « Voyez comme ils s’aiment ! », disait-on aux premiers temps de l’Église. Sans cet amour, il n’y a pas de communauté : il n’y aurait qu’une somme d’individus qui se côtoient et se “tolèrent” (pour prendre un terme actuel). Or nous, paroissiens de Saint-Thomas de Rochebrune, n’avons pas à nous tolérer : nous avons à nous aimer !
Cet amour va même jusqu’à la correction fraternelle, comme nous le dit Jésus : « Si ton frère a commis un péché… va lui parler… et dis-le à l’assemblée de l’Église ». Quand on aime, on n’est pas indifférent au péché ! La mission de la Communauté de l’Église, c’est de s’attacher au Christ et donc de discerner le bien du mal ; d’aider les frères à rejeter le mal, par la force de l’Esprit saint. Ce qui n’est possible que si nous vivons profondément de la présence du Christ.

Ainsi, notre paroisse – qui fait sa rentrée – reprend conscience de l’essentiel de son existence, de sa raison d’être : revenir au Christ, témoigner de la Vérité et transmettre l’Évangile autour de nous. Revenir au Christ : l’activité la plus importante d’une communauté, est la prière et la louange du Seigneur : nous avons à y participer régulièrement, en comprenant que notre présence est nécessaire chaque dimanche, en évitant la tentation de l’instabilité (même pour de bonnes raisons !). Et pour être témoins de l’Évangile, ce n’est que dans la mission de l’Église que nous porterons du fruit : non pas en notre propre nom, mais au nom du Christ qui agit dans son Église.
Cette année justement, nous essaierons de mettre en œuvre un « parcours de première annonce » de l’Évangile pour toutes les personnes qui ont un premier contact avec la paroisse ; dans notre communauté, en faisant appel à toutes les bonnes volontés, nous parviendrons à donner notre témoignage de l’Évangile.
Soyons donc bien résolus, en ce début d’année, à revenir à Jésus qui nous fait vivre dans son Église. Lui seul nous réunit en son nom ; Lui seul nous donne une famille, une communauté, la joie d’être le peuple de Dieu qui avance vers l’éternité !

Père Bertrand Cardinne

Vingt-deuxième dimanche du Temps Ordinaire 2017


3 septembre 2017 Choisir entre le Christ et la tranquillité…

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite… », dit Jésus ; marcher à la suite de Jésus, c’est l’essentiel de la vocation chrétienne. Tout homme, toute femme, quelle que soit sa vocation, quels que soient son âge, ses capacités, son état de vie – marié, célibataire – : tout le monde est appelé à marcher à la suite du Christ ! Marcher à sa suite, cela veut dire se laisser conduire par Jésus ; non seulement par son exemple, ses paroles dans l’Évangile, ses actions passées, mais surtout se laisser conduire par la présence actuelle de Jésus. Aujourd’hui, Lui demander de nous inspirer, de nous conduire à travers les choix de la vie. Nous ne sommes pas chrétiens par le souvenir ou par les valeurs morales, mais par le choix de suivre Quelqu’un qui est notre Sauveur.

Mais si nous voulons être disciples du Christ, si nous voulons effectivement Le suivre, il s’agit de passer par le chemin où Lui-même est passé. Et c’est là que saint Pierre (que nous avons pourtant écouté la semaine dernière plein d’enthousiasme, proclamer la foi en Jésus Fils de Dieu !) ; ce même saint Pierre donc, ne supporte pas l’idée que le chemin de Jésus passe par ce qu’Il annonce : les souffrances, la condamnation à mort, et la résurrection. Pierre comprendra un jour le sens de tout cela ; et lui-même suivra son Maître jusqu’au don de la vie. Mais pour l’instant, il ne saisit pas pourquoi il y a des épreuves.
Notre chemin se déroule à la suite du Christ, et Jésus ne veut pas nous rassurer à bon compte : oui, il y a des épreuves sur notre route ! Jésus ne nous dit pas : Suivez-moi, et tout ira bien pour vous. Il ne nous promet pas, comme certains gourous, que si nous le suivons nous aurons un travail prestigieux, un gros salaire, une belle maison et que nous serons heureux en amour… Il nous dit ce qui peut nous surprendre, et même nous effrayer : Suivez-moi, et vous me ressemblerez, y compris sur la Croix. Mais en suivant mon chemin, ajoute le Christ, vous parviendrez à la Résurrection : « Celui qui perd sa vie à cause de moi, la retrouvera ». Être à la suite du Christ, c’est la vocation de tout homme ; et la vocation de l’homme, c’est l’amour et le don.

A nouveau, Jésus nous appelle donc à nous convertir. Non seulement à nous convertir dans la foi, c’est-à-dire L’accueillir comme notre Sauveur et être prêts à Le suivre à tout moment ; mais encore davantage, à convertir notre manière d’être. Le chemin qu’Il nous montre, ce chemin qui est ouvert à tout homme, consiste à se donner soi-même. Le don de soi est la vocation la plus grande et la plus belle que nous ayons reçue ; et c’est là que se trouve le vrai bonheur. Ce qui nous est proposé, ce n’est pas de chercher le bien-être, la facilité, mais le don – même si parfois, ce don passe par la Croix…
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous disait la même chose : il nous disait que le seul vrai acte de culte, d’adoration, c’était de « présenter notre personne à Dieu en sacrifice vivant », c’est-à-dire en offrande, en don, à Dieu et à nos frères. Comme Jésus a donné sa vie en offrande, tous les saints ont eu cette manière de vivre. Que ce soient les saints qui étaient consacrés dans la prière, dans la méditation : ils ont donné à Dieu toute leur vie. Que ce soient les saints qui ont brillé par leur charité, leur dévouement : ils se sont donnés à leurs frères en offrande, sans rien garder pour eux-mêmes. Tous, ils ont imité Jésus dans le don de soi, et d’une certaine manière, ils ont rendu Jésus présent dans ce monde, par l’amour dont ils ont témoigné.

De l’extérieur, bien sûr, cela peut ne pas être très attirant, de vivre pour tout donner ! Au moment où Jésus est parti pour son chemin de croix, il n’y avait pas grand-monde qui avait vraiment envie de Le suivre… Mais lorsqu’on a compris qu’on retrouve ainsi la vraie vie ; que comme dit Jésus, il ne sert à rien de « gagner le monde entier », de devenir riche et célèbre, d’avoir une vie douce et confortable, si l’on passe à côté du vrai bonheur ; alors on peut décider de suivre Jésus, pour mourir et ressusciter avec Lui.
Nous avons sans cesse un choix de vie à faire et à refaire : le monde actuel nous dit qu’il faut chercher le bien-être, le plaisir, la tranquillité, éviter les ennuis… et cela conduit au repli sur soi et à la solitude. Jésus, Lui, nous invite à tout donner par amour ; Il nous prévient qu’il y aura des croix sur notre chemin, mais que c’est là que nous trouverons le vrai bonheur, dès maintenant et pour l’éternité. « Si quelqu’un veut marcher à ma suite »… qu’il donne sa vie et qu’il ressuscite avec Jésus !

Père Bertrand Cardinne

Vingt-et-unième dimanche du Temps Ordinaire 2017


27 août 2017 Un Dieu qui nous permet de croire en Lui

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Parfois, il est bon de nous tourner vers le Seigneur, tout simplement, pour Le louer, Lui rendre grâce. C’est ce que nous faisons chaque dimanche, et c’est ce que fait saint Paul dans cette Lettre aux Romains dont nous avons entendu un passage. Paul a longuement réfléchi sur le projet d’amour de Dieu ; et puis, comme il se rend compte que le Seigneur est beaucoup plus grand que ce qu’il a pu écrire, il s’arrête et entre dans la louange : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu ! Ses décisions sont insondables… À lui la gloire pour l’éternité ! ». Oui, en effet comment pourrions-nous comprendre Dieu, qui nous dépasse infiniment ? Il est à la source de tout, Il est au terme de tout. A la limite, on devrait se taire [et je devrais moi-même me taire !] car rien de ce que nous pourrions dire n’approche de l’infini de Dieu.

Pourtant, la grande merveille de l’Évangile, c’est qu’ensemble, nous pouvons connaître Dieu. Ce Dieu infini, c’est Lui qui vient se mettre à notre portée. Si aujourd’hui nous pouvons Le prier, L’écouter nous parler, si nous formons la Communauté des baptisés, c’est que le Seigneur nous appelle pour former l’Église, et qu’Il nous parle dans notre langue. La dimension la plus étonnante de la foi, c’est l’importance de la Communauté chrétienne. Dieu est infini, et pourtant Il veut que notre Communauté soit un signe de sa présence – nous qui sommes loin d’être parfaits !
Lorsque le Seigneur dialogue avec nous, nous ne sommes jamais tout seuls. Il parle à son peuple Israël, Il le libère, Il le conduit dans le désert jusqu’en Terre Promise ; Il lui propose de Le servir, et attend sa réponse libre. Entre Dieu et les hommes, c’est un dialogue où chacun écoute l’autre ; ou plutôt, on peut dire que Dieu nous écoute bien plus souvent que nous n’écoutons Dieu ! Nous avons une immense importance aux yeux de Dieu, au point qu’Il nous envoie son Fils pour nous sauver. Désormais, nous formons l’Église, l’assemblée de ceux qui sont renouvelés par le Christ ; et cette assemblée, Dieu lui confie tous ses secrets : sa Parole, son Évangile, ses sacrements.

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, nous assistons justement à un dialogue entre Dieu et les hommes. Jésus demande à ses disciples quelle est leur foi. Il ne s’agit pas de leur demander leur avis sur tel ou tel fait, ou ce que dit l’“opinion publique” sur Jésus : il s’agit de savoir quelle est la foi de l’Église, quelle est la foi des Apôtres auxquels Jésus va confier son Église (en particulier saint Pierre). Cette proclamation de Pierre (« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! ») va donc beaucoup plus loin qu’un simple jugement personnel : à travers Pierre, c’est toute l’Église qui proclame la foi. Le Seigneur n’a pas voulu laisser son peuple dans l’ignorance : Il lui a révélé qui Il était, le Dieu vivant, le Père de Jésus-Christ. Et Il rend les hommes, à leur tour, capables de dire Qui est Dieu. Même si Dieu est au-delà de tout ce qu’on peut dire, l’Église peut quand même transmettre la foi, la connaissance de Dieu ; ce n’est pas « la chair et le sang », comme dit Jésus, qui permettent de connaître Dieu, mais c’est Dieu Lui-même.
Ainsi, le Seigneur confie à Pierre, à ses successeurs, aux évêques, aux baptisés, les « clefs du Royaume » pour que tous les hommes fassent la rencontre de Dieu ; pour que chacun comprenne que Jésus est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Beaucoup de nos contemporains croient que Dieu est tellement lointain qu’Il ne s’intéresse pas à nous ; l’homme est dans la solitude, et il désespère sans Dieu ! Mais nous, nous avons reçu la foi, la confiance et l’Espérance, nous savons que le Seigneur nous aime, nous sauve, écoute nos prières.

Nous ne sommes pas nécessairement plus qualifiés que saint Pierre qui était simple pêcheur en Galilée… mais nous avons reçu nous aussi cette mission de dire au monde : « Oui, le Seigneur Jésus est le Christ, le Sauveur que nous attendons ! Écoutez sa voix ! » C’est un témoignage qui nous dépasse complètement ! Mais simplement, par notre manière de vivre, par notre conviction, nous pouvons partager notre foi. Dieu est si grand, sa sagesse est insondable, nous disait saint Paul… mais Il veut passer par nous pour être connu et pour être aimé !

Père Bertrand Cardinne

Vingtième dimanche du Temps Ordinaire 2017


20 août 2017 Gratuité de l’Amour de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Viens à mon secours ! » Cette femme qui poursuit Jésus pour qu’Il guérisse sa fille, ne se décourage pas. Même si le Seigneur semble indifférent, elle revient à la charge pour obtenir que sa prière soit exaucée ; au point que Jésus finit par admirer sa persévérance, et guérir la malade : « Femme, grande est ta foi : que tout se passe pour toi comme tu le veux ! ». La Cananéenne n’hésite pas à importuner le Seigneur, et cela nous rappelle une belle parole de saint Luc dans son Évangile, qui dit qu’il faut « prier sans cesse et ne jamais se décourager » (Lc 18,1).

« Prier sans cesse », ce n’est pas répéter sans cesse les mêmes mots comme des formules magiques : c’est avoir une attitude de prière. La femme de l’Évangile nous donne un très bel exemple de cette attitude, et c’est pour cela que Jésus s’émerveille et la donne en exemple. Avant tout, l’attitude de prière consiste à avoir confiance en Dieu ; c’est la source de l’attente, de l’Espérance, car Dieu agit même quand la situation semble désespérée.
Mais cette attitude part d’abord d’une conviction fondamentale : Dieu agit par amour, car Il ne nous doit rien. Dieu n’est pas “tenu” de nous exaucer, et nous ne pouvons rien exiger de Lui ! C’est ce qu’exprime la comparaison utilisée par Jésus : les « petits chiens », ce sont les païens (la femme de l’Évangile n’est pas juive), et la promesse de Dieu s’adresse d’abord aux juifs (les « enfants »). C’est pourquoi Jésus rappelle à cette femme (certes un peu durement !) qu’elle n’appartient pas au peuple de la promesse : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens ». Cela paraît décourageant, mais c’est là que la foi de la femme se révèle : elle n’exige rien, elle ne revendique rien, mais elle demande seulement quelques « miettes » du pain de Dieu.

Or l’attitude de foi dans la prière, consiste justement à ne pas revendiquer, ni exiger : Dieu n’est pas à notre service, mais c’est Lui qui sait mieux que nous ce qui est bon. Examinons notre prière, et nous trouverons probablement certaines tendances à “exiger” de Dieu qu’Il exauce notre prière. « Seigneur, exauce-moi, sinon j’arrête de prier ! » « Seigneur exauce-moi, sinon je cesse d’être dévoué à tel ou tel service… » « Seigneur envoie-moi un curé qui me convienne, sinon je ne donne plus rien à l’Église ! » C’est la tentation de négocier avec le Seigneur sur le mode du “donnant-donnant”… au lieu d’être dans le dialogue de la gratuité.
Or justement, il s’agit de retrouver le sens de la gratuité dans nos relations avec le Seigneur. Pourquoi ? Tout simplement parce que le Seigneur Lui-même est dans une relation de gratuité totale. Il nous crée gratuitement, par pur Amour. Il n’exige rien de nous pour nous aimer : Il nous aime, voilà tout ! Et par Amour gratuit, Il a envoyé son Fils pour nous sauver. Saint Paul, dans la deuxième lecture, fait écho aux paroles de Jésus : l’Amour de Dieu est donné gratuitement aux Juifs, ses « frères selon la chair », et c’est Lui qui constitue le peuple d’Israël fondé sur la promesse du Messie. Vivre selon la gratuité de Dieu, c’est être dans l’émerveillement devant tous ces dons. Nous ne méritons rien, ni l’Amour de Dieu, ni le pardon, ni même le Paradis… Tout est cadeau de Dieu. Et comme le dit la Cananéenne, même si nous n’avons que quelques miettes, c’est déjà un don extraordinaire !

Qu’est-ce que cela nous apprend, si nous essayons de vivre dans cette confiance et cette gratuité ? Cela nous apprend tout simplement à aimer vraiment : aimer de la manière dont Dieu aime. Nous sommes marqués par le romantisme, qui voit dans l’amour une sorte de pulsion irrésistible : on aime parce qu’on ressent quelque chose, parce que l’autre nous ressemble. On prétend aimer, mais finalement on n’aime que ceux qui pensent comme nous, ou ceux qui ne nous dérangent pas trop… Le Seigneur nous enseigne à aimer en vérité, c’est-à-dire gratuitement. L’amour fait toujours le premier pas, parce que Dieu a fait le premier pas vers nous ! Dieu ne nous doit rien, et nous ne devons rien à personne dans le registre de l’amour : mais avec la Grâce de Dieu, nous pouvons tout donner à nos frères.
Dans la prière confiante, le Seigneur écoute nos demandes et nos besoins : « Seigneur, fils de David, viens à mon secours ! » Il nous aime gratuitement : sa réponse sera toujours infiniment plus grande que ce que nous demandons !

Père Bertrand Cardinne

Fête de l’Assomption de Notre-Dame 2017


15 août 2017 Une France tournée vers l’Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni », dit Élisabeth à Marie ; cette salutation, à notre tour, nous la faisons monter vers Marie dans notre prière. Nous nous adressons si fréquemment à Marie, notre mère ! A tout instant, nous nous rappelons que Marie est Mère du Seigneur, qu’elle intercède pour nous, qu’elle est désormais toute proche de Jésus dans sa Gloire : c’est le sens de cette fête de l’Assomption. L’Église a proclamé en 1950 que Marie était « élevée corps et âme à la gloire céleste » (Pie XII, Constitution Apostolique Munificentissimus Deus) ; ce qui veut dire qu’elle a rejoint son Fils, et qu’elle nous attire à notre tour vers cette Gloire de Dieu. Notre vie trouve sa vraie signification, son orientation, son Espérance, lorsque nous contemplons Marie.

L’Assomption est aussi, pour nous Français, une fête nationale ; c’est pourquoi elle est jour férié en France (même sous la République). C’est la fête de la consécration du Royaume de France par Louis XIII en 1638, juste avant la naissance de son fils (qui allait devenir le Roi-Soleil). Nous sommes donc depuis presque quatre siècles – et malgré nos infidélités –un pays consacré à Marie : cela donne une importance particulière à cette fête, cela lui donne un sens.
Quel sens recevons-nous donc de la fête d’aujourd’hui ? Il ne s’agit pas de n’importe quelle fête de Marie (car il y en a beaucoup !) : la direction donnée par l’Assomption est celle de l’Éternité, dans la Gloire de Dieu avec Marie. Notre existence, comme peuple, a donc une couleur particulière : elle s’enracine dans cette espérance de l’Éternité. Quelles conséquences cela a-t-il ? Vivre dans l’Espérance transforme toute l’existence. Saint Paul nous a rappelé tout à l’heure qu’il s’agissait de « mourir en Adam », et de recevoir la vie dans le Christ. Ce n’est que dans le Christ que nous pouvons avoir la Vie, et cette vie n’est pas éphémère : elle est éternelle.

Un peuple ne dure que s’il a un patrimoine commun, une histoire commune, des valeurs communes ; osons même dire : une espérance commune. Gouverner n’est pas vivre au jour le jour, ni gérer les affaires courantes : il s’agit d’avoir une vision à long terme, un projet, une espérance.
Or quelle est l’espérance de l’homme ? Marie nous montre l’image de l’Espérance, et elle nous rappelle que nous sommes appelés à vivre éternellement. C’est cela qui doit (ou qui devrait) guider la vie sociale et politique en France. Il ne s’agit pas seulement de conserver soigneusement les racines chrétiennes comme dans un musée. Bien sûr, il vaudrait mieux reconnaître ces racines, plutôt que de les nier comme un enfant qui rejette ses parents ; bien sûr, il est bon d’avoir un jour de l’Assomption qui soit férié (tout comme l’Ascension ou la Toussaint…) ; tout cela est très bien et nous pouvons prier pour que cela dure. Mais qu’est-ce qui rendra aux Français des raisons de vivre, des raisons de croire dans l’avenir de leur pays ? C’est la vision de l’Éternité, au-delà de l’éphémère des modes et des idéologies.

Ce qui nous fera vivre, c’est la certitude que le Seigneur se penche sur nous, la certitude que nous œuvrons pour l’éternité ; que le travail accompli dans ce monde a une dimension éternelle. Que l’important, comme le dit Marie dans son Magnificat, n’est pas d’être puissant, riche ou prospère, mais de comprendre la valeur des humbles et des pauvres ; car ceux qui portent les valeurs spirituelles, ce sont les petits ; et comme le dit Jésus, ce sont eux qui nous accueilleront dans les demeures éternelles lorsque les biens de ce monde auront disparu (Lc 16,9). Les plus petits (particulièrement les enfants) sont porteurs d’une promesse, porteurs d’Espérance ; or aujourd’hui on prétend avoir droit de vie et de mort sur eux. Et à l’autre bout de l’existence, il y a aussi des menaces grandissantes contre la vie…
La vraie Espérance consiste à voir tous les hommes – grands et petits – dans la réalité de leur vocation spirituelle : tous appelés à la Gloire comme Marie. C’est ainsi que rayonne un peuple : non pas par sa politique économique ! Nous ne devons pas chercher à être à la remorque des Américains, mais à être nous-mêmes dans la richesse de notre vocation : fidèles à la promesse du Christ, fidèles à l’exemple de Marie. La France n’aura sa place parmi les autres nations, que si elle est fidèle à sa vocation spirituelle, comme saint Jean-Paul II nous y avait exhortés : « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » (Le Bourget, 1er juin 1980).

Demandons à Marie de nous conduire tout simplement vers la Vie éternelle. Elle qui est désormais au Ciel avec Jésus, elle qui est notre modèle et notre Reine ; qu’elle intercède pour que notre peuple retrouve le chemin de l’Espérance, le chemin du Christ.

Père Bertrand Cardinne

Dix-neuvième dimanche du Temps Ordinaire 2017


13 août 2017 La paix intérieure du disciple

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Le Seigneur est-Il dans l’ouragan, dans le tremblement de terre, dans le feu, dans la tempête, que rencontre le prophète Élie ? Le Seigneur est-Il dans ce qui fait du bruit, dans le tape-à-l’œil, dans les événements mondains ? Les hommes des temps anciens, qui ne connaissaient pas le Christ, voyaient les éléments du monde comme des signes surnaturels : alors ils avaient divinisé le vent, la mer, la foudre, la tempête. Et comme ces dieux (dieu du soleil, dieu de la pluie…) étaient imprévisibles, nos ancêtres vivaient souvent dans la peur ! En effet, la puissance de la terre et du ciel est effrayante, si l’on ne sait pas que tout a été créé par le seul vrai Dieu qui est Amour. Nos contemporains, eux aussi, ne connaissent plus guère le Seigneur : ils ont donc peur de ce qui peut arriver, peur de l’avenir, peur du qu’en-dira-t-on, peur des tempêtes humaines…

La présence de Dieu n’est pas liée aux éléments visibles. Dieu n’est pas présent dans les ouragans, nous a dit le récit d’Élie, et Il n’est pas non plus absent dans la tempête, comme si l’homme se trouvait seul dans un monde effrayant. Dieu est au-delà de ce qui se voit.
Nous connaissons bien la phrase de l’Évangile, répétée plusieurs fois : « N’ayez pas peur ! » (c’était aussi la phrase qui avait ouvert de manière si extraordinaire le pontificat de saint Jean-Paul II). Jésus nous redit cette phrase aujourd’hui ; lorsque le monde est agité, lorsque le vent est contraire et que nous sommes « battus par les vagues », la paix ne doit pas nous quitter car Dieu est là. Face aux contradictions, aux persécutions, au mal qui semble parfois dominer le monde, les disciples de Jésus savent qu’Il a vaincu la mort ; et que rien ne peut nous faire peur si nous mettons notre espérance en Lui. Comme l’écrit saint Paul aux Corinthiens, « tout est à vous, le monde, la vie, la mort, le présent, l’avenir ; mais vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (1Co 3,22).

C’est donc lorsque les hommes sont ballottés par les vagues, que Jésus vient vers eux en marchant sur la mer. Les premiers chrétiens ont reconnu dans la barque de Pierre une image de l’Église : les disciples de Jésus, dans l’Église, ne sont pas à l’écart des agitations du monde. Mais Jésus se montre, paisible, dominant la mer et la tempête ; et son Église reçoit la paix qui vient de cette présence. Saint Pierre est tenté de quitter la barque pour voir s’il peut marcher tout seul vers Jésus ; mais s’il quitte la communauté, sa foi s’affaiblit très vite, et à son tour il a peur ! Il enfonce dans la mer, et Jésus lui prend la main.
La victoire de Jésus sur l’agitation de la mer (qui représente le chaos, le mal), est une victoire paisible, une victoire intérieure. Jésus apaise la tempête, Jésus donne une direction à la barque qui ne savait où se diriger à cause du vent. Face aux tempêtes et à l’agitation de la vie, la vraie question n’est pas de savoir si nous sommes forts ou audacieux : elle est de savoir si nous avons la foi, et si nous savons suivre la direction du Seigneur, dans l’Église. Pierre accomplit un parcours de foi, qui est en quelque sorte notre parcours : il s’agit d’accueillir Jésus comme notre Sauveur. Cela commence par la repentance : reconnaître nos péchés et crier comme Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! ». Puis se laisser saisir par Jésus, Le laisser prendre notre main – au lieu de tenter de nous sauver nous-mêmes. Enfin, devant la victoire du Seigneur, faire comme les disciples : se prosterner devant Lui et reconnaître : « Vraiment, Tu es le Fils de Dieu ! ». C’est cela, le parcours du chrétien ; et celui qui vit ainsi, celui qui reste dans la barque où demeure Jésus, celui-là participe à la victoire du Seigneur, quoi qu’il arrive.

Nous sommes tous sans doute, comme Pierre, des « hommes de peu de foi »… mais le Seigneur veut nous donner toujours plus la foi, si nous la Lui demandons ! Le témoignage des chrétiens dans le monde, doit être un témoignage de foi, de force et de paix. La force des disciples du Christ vient de la victoire du Christ, et cette force ne se laisse pas effrayer par les tempêtes intérieures et extérieures. Elle ne peut venir que de la proximité avec le Christ qui ne cesse de nous dire, dans l’Église : « Confiance ! c’est moi, n’ayez plus peur ! ». En toutes circonstances, ne cessons jamais de crier comme les Apôtres : « Seigneur, sauve-moi ! », et surtout de proclamer : « Vraiment, Tu es le Fils de Dieu ».

Père Bertrand Cardinne

Fête de la Transfiguration 2017


6 août 2017 Oser adorer Jésus, car Il est le Fils de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

En descendant de la montagne, les trois disciples Pierre, Jacques et Jean ont dû se trouver bien embarrassés. Jésus leur recommande de ne parler à personne de ce qu’ils ont vu ; mais à vrai dire, qu’est-ce qu’ils auraient pu raconter ? Quelle était la signification de cette lumière et de l’apparition de Moïse et d’Élie avec Jésus ? Il a fallu la suite de la vie de Jésus, et surtout sa mort et sa Résurrection, pour éclairer cet épisode de la Transfiguration ; pour faire comprendre aux disciples ce que le Seigneur voulait nous dire par cet événement mystérieux.

Tout au long de l’Évangile, il y a une seule question qui ne cesse de revenir, au fil des paroles et des actions de Jésus : Qui est cet homme ? Qui est ce Jésus qui parle avec autorité au nom de Dieu, qui guérit, qui se penche sur les plus faibles et se fâche contre les puissants ? Qui est-Il, et peut-on l’écouter, Lui faire confiance, se mettre à sa suite ? Lui-même pose un jour la question à ses disciples (Mt 16,13) : « Qui suis-je d’après les hommes ? » Or justement, cet épisode de la Transfiguration (qui arrive peu après la question de Jésus, dans l’Évangile selon saint Matthieu) aide les disciples à répondre à cette question. La Transfiguration éclaire le Mystère de Jésus ; elle permet d’entrevoir la présence de Dieu en Jésus ; elle montre aux disciples que Jésus est Celui que tout le peuple attendait – avec Moïse et Élie qui représentent les promesses de Dieu.
Si Jésus n’était qu’un prophète comme les autres, il n’y aurait rien de nouveau ; et nous, deux mille ans plus tard, nous aurions bien tort de continuer à croire en Lui ! Mais Jésus révèle sa Gloire au sommet de cette montagne, et les disciples comprennent qu’Il est le Fils de Dieu : le Père Lui-même l’atteste : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Parce que Jésus est le Fils de Dieu, notre relation avec Lui est une relation d’amour et d’adoration. Adorer Jésus n’est pas de l’idolâtrie ; Le laisser guider notre vie n’est pas de l’esclavage, mais une confiance entière dans l’Amour de Dieu. A quel homme pourrions-nous faire entièrement confiance, quel homme pourrait-on adorer de tout son cœur ? Faire cela pour un homme commun, ce serait de la folie, car un homme peut toujours nous décevoir. Les rois, les conquérants, les philosophes, les ministres peuvent être vertueux, mais aucun ne mérite qu’on lui donne tout ni qu’on se consacre à lui. Jésus seul a en Lui cette présence de Dieu qui permet de lui faire entièrement confiance.

Par la Transfiguration, Jésus révèle donc qui Il est. Il n’est pas seulement un prêcheur, un guérisseur qui serait plus extraordinaire que les autres : sa présence humaine est le signe de sa nature divine. Par toute sa vie, Jésus témoigne du Père qui l’a envoyé : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». La garantie de vérité de la mission de Jésus, c’est cette ouverture au Père qui est source de Vie : Jésus n’est pas venu s’annoncer Lui-même, mais témoigner du Père, et c’est pour nous la certitude qu’Il est bien le Sauveur.
Cette attitude de Jésus, qui montre la Gloire du Père, est aussi pour nous une leçon de discernement. Aujourd’hui il y a tant d’opinions différentes, et de personnes qui se présentent comme sauveurs : à qui pouvons-nous faire confiance dans notre vie quotidienne (à part Jésus, bien entendu) ? D’abord, justement à ceux qui renvoient à Quelqu’un de plus haut qu’eux-mêmes ; ceux qui acceptent de ne pas être eux-même l’autorité supérieure mais qui ont une autre référence. Celui qui est lui-même sa propre référence, en général, est un arriviste et un idéologue. Si au contraire une personne fait appel à une expérience supérieure, une transcendance, c’est sans doute qu’il y a en elle une véritable réalité spirituelle. Seule la référence à Dieu permet de comprendre la vérité de l’homme dans toute sa richesse, et d’entrer dans la dimension infinie de l’Amour.

Jésus montre ainsi sa Gloire, qui est la Gloire de Dieu ; mais cette Gloire est aussi la Gloire de la Croix (ce n’est pas un hasard si ce sont les trois mêmes disciples, Pierre, Jacques et Jean, qui accompagnent Jésus au Jardin des Oliviers !). La Gloire de Dieu s’exprime dans l’Amour qui va jusqu’au bout du don de soi – jusqu’à la mort de la Croix. Sans la Gloire de Dieu, l’amour aura toujours des limites ; et celui qui n’adore pas Jésus le Fils de Dieu, ne pourra pas aimer en vérité, jusqu’au bout.
Par la Transfiguration, Jésus nous révèle ainsi qui Il est ; mais Il nous montre aussi comment conduire notre vie en référence à Dieu. L’Amour qui vient de Dieu est un chemin vers la Gloire de Dieu ; ce n’est qu’en nous reconnaissant, nous aussi, comme les « fils bien-aimés » du Père, que nous pourrons en même temps adorer Jésus dans sa Gloire, et servir nos frères dans l’amour.

Père Bertrand Cardinne

Dix-septième dimanche du Temps Ordinaire 2017


29 juillet 2017 Préférer le Royaume

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Jésus est venu nous annoncer le Royaume des Cieux ; ce Royaume de Dieu auquel nous aspirons tous, royaume où règneront l’amour et la joie. La promesse de Jésus est tellement au-dessus de nos espoirs, de notre compréhension, et même de notre langage, qu’Il est obligé d’employer des paraboles pour nous en parler : Il ne peut pas décrire avec des mots la réalité du Royaume, nous ne les comprendrions pas ! Pour se mettre à notre portée (et à la portée de ses auditeurs), les paraboles emploient souvent des images agricoles : le grain qui germe, la vigne… ou encore les brebis.

Les deux paraboles que Jésus raconte dans ce passage sont sans doute assez faciles à comprendre. Celui qui a trouvé un trésor caché dans un champ est prêt à tout donner pour acquérir ce champ ; ce n’est peut-être pas très honnête, mais c’est efficace ! Il fait un gros sacrifice pour un moment, et un instant plus tard, il se trouve à la tête d’une grande fortune. Ce qui est ainsi décrit, c’est plus ou moins la logique de la vie chrétienne, telle qu’on peut la comprendre. Il s’agit de renoncer à certaines choses : le péché bien sûr, l’orgueil, les biens matériels… tout cela pour recevoir le Royaume de Dieu. Un exemple particulier de ce renoncement, dans l’Église, est montré par ceux et celles qui ont vraiment renoncé à tout : c’est-à-dire les religieux qui ont choisi la pauvreté, l’obéissance, la consécration pour faire de leur vie une recherche de Dieu. Jésus le dit plusieurs fois dans l’Évangile : à quoi servirait de gagner le monde entier, d’être riche et célèbre ; qu’emporterions-nous avec nous ? Que resterait-il de tout cela à notre mort ?
A travers ces paraboles (et comme les religieux), nous sommes donc invités à mesurer l’importance de ce but ultime qui nous est proposé : vivre avec Dieu pour l’éternité. A la mesure de cet appel qui nous est adressé, il y a sans doute beaucoup de choses de ce monde auxquelles nous attribuons plus d’importance que nécessaire ! Il s’agit, par amour pour le Seigneur, de savoir y renoncer. Et Jésus ajoute que si nous ne savons pas renoncer au péché pour le Royaume, nous serons parmi ces « mauvais poissons » que les anges séparent pour envoyer « dans la fournaise ».

Cependant, ces paraboles ne concernent pas seulement le Royaume à venir, c’est-à-dire après notre mort. Jésus dit aussi souvent dans l’Évangile que le Royaume est déjà là, parmi nous ! S’il s’agit de préférer le Royaume à tout le reste, c’est parce que dès maintenant, nous pouvons expérimenter la richesse et la joie du Royaume. L’Évangile ne consiste pas seulement à dire : « Il faut souffrir maintenant pour avoir le bonheur plus tard » ! Car si ce n’était que ça, la foi ne serait pas une ‘Bonne Nouvelle’ : bien au contraire, ce serait plutôt triste d’être disciple de Jésus…
Préférer le Royaume n’est pas négatif. Beaucoup, autour de nous, croient que les chrétiens doivent choisir entre le bonheur ici-bas et le bonheur futur ; choisir entre la foi et l’intelligence ; choisir entre la prière et l’action. Mais ce n’est pas ainsi que le Seigneur nous invite à vivre ! Préférer le Royaume, c’est un choix positif ; c’est un choix heureux qui conduit à transformer toute notre existence. Dans la première lecture, Dieu donne un choix à Salomon : que veux-tu recevoir du Seigneur pour être roi d’Israël ? Et Salomon ne demande pas des richesses : il demande la Sagesse qui vient de Dieu. En recevant cette Sagesse, Salomon pourra conduire le peuple d’Israël dans la Vérité, et ce peuple deviendra prospère et rayonnant. Préférer le Royaume de Dieu, c’est en même temps choisir la joie de Dieu et la joie de l’homme ; il ne s’agit pas d’exclure (« ou Dieu, ou l’homme »), mais d’unifier toutes les dimensions de notre vie. Si nous agissons avec la grâce du Seigneur, tout peut être transformé. Jésus le dit aussi dans l’Évangile : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît » (Mt 6,33).

En préférant le Royaume de Dieu, c’est bien un trésor que nous recevons ; et ce trésor peut changer notre vie dès maintenant, par la Sagesse de l’Esprit saint. Lorsque quelqu’un rencontre le Christ (pensons aux jeunes qui font cette rencontre), il ne s’agit pas nécessairement de bouleverser tout ce qu’on fait, mais de revisiter ‘de l’intérieur’ toute sa vie. En cherchant le Royaume des Cieux, une nouvelle grâce, une nouvelle Sagesse nous est donnée : qui n’enlève rien à notre vie, mais au contraire qui lui donne un sens et une fécondité – comme cela a été le cas pour Salomon. Celui qui a trouvé le Royaume de Dieu, dans sa joie, « vend tout ce qu’il possède » et rayonne de la Sagesse de Dieu ! Nous sommes appelés à préférer le Royaume, et à témoigner de la joie du Seigneur.

Père Bertrand Cardinne

Treizième dimanche du Temps Ordinaire 2017


2 juillet 2017 (Fête de saint Thomas) Ressembler à Jésus pour être missionnaires

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Lorsque nous entendons, comme au début de l’Évangile : « Jésus disait à ses Apôtres », nous ne voyons pas tout de suite pourquoi Jésus dit cela. Il est important de replacer ces paroles dans leur contexte, pour bien les comprendre. Ici, Jésus donne des instructions aux douze Apôtres [parmi lesquels saint Thomas], qu’Il a appelés pour Le suivre. Pour la première fois, après les avoir longuement enseignés, Il les envoie : Il leur donne donc leur première mission d’évangélisation. C’est ce qu’on appelle le « discours apostolique », c’est-à-dire les ‘instructions’ données à ces premiers envoyés. A quoi Jésus envoie-t-Il les Apôtres ? Il les envoie – comme Il le détaille Lui-même juste avant dans l’Évangile – pour expulser les esprits impurs, pour annoncer le Royaume de Dieu, pour guérir les malades et même pour ressusciter les morts. Toutes ces paroles que nous venons d’entendre, nous devons donc les entendre dans la perspective d’un envoi en mission. Aimer Jésus, prendre sa croix, accueillir, donner à boire… tout cela fait partie de la mission.

En cette fin d’année, alors que nous allons probablement partir plus ou moins loin de chez nous, la réalité de la mission est toujours présente. Où que nous soyons, avec des amis, des proches, des inconnus, nous sommes nous aussi envoyés en mission. L’Église du Christ (dont notre paroisse !) ne trouve sa raison d’être que dans la mesure où elle est missionnaire. La source de cette mission est Jésus, l’Envoyé du Père. Lui-même est venu nous porter l’Évangile de Dieu ; puis Il envoie en mission ses Apôtres, lesquels envoient à leur tour des évêques, des prêtres, des baptisés… et les paroles de Jésus restent actuelles à chaque échelon de la transmission de l’Évangile.
Mais en quoi exactement consiste cette mission ? Que dit Jésus à ses Apôtres en les envoyant : est-ce qu’Il leur donne un manuel, ou une loi à faire appliquer ? Les chrétiens ne sont pas chargés de transmettre une idée, une pensée, une philosophie ou une morale : ils sont porteurs d’une Personne, celle du Christ (dont ils portent le nom). Le Fils de Dieu apporte au monde son Père ; et les Apôtres apportent le Christ au monde. C’est la foi en une Personne qui fait notre spécificité de chrétiens, et c’est dans la mesure où nous connaissons personnellement – intimement – le Christ, que nous pouvons authentiquement nous appeler « chrétiens ».

Nous savons bien que beaucoup de nos contemporains se disent chrétiens, mais parlent plus de traditions ou de ‘valeurs’ que de foi. Pourtant, saint Paul, tout à l’heure, redisait aux Romains à quel point la Personne de Jésus est le fondement de la foi : « Nous avons été unis au Christ Jésus par le baptême, pour mener une vie nouvelle avec Lui, qui est ressuscité des morts ». Et encore : « Vous êtes morts au péché, et vivants pour Dieu en Jésus-Christ ». Le chrétien (l’envoyé en mission), c’est celui qui se reconnaît « mort au péché et vivant en Jésus-Christ » ; c’est celui qui est renouvelé, ressuscité par le Christ ; c’est celui qui vit de la présence de Jésus à chaque instant, qui est en contact avec Lui ; et surtout, qui a envie de partager ce renouvellement avec ses frères, pour que Jésus soit connu de tous les hommes !
C’est donc ainsi que nous pouvons comprendre ces paroles de l’Évangile qui nous semblent dérangeantes : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi », et encore : « Qui perd sa vie à cause de moi, la gardera ». Le Christ est la source de Vie éternelle : les affections familiales elles-mêmes (père, mère…) viennent de Lui, et il ne faut pas inverser l’ordre des choses. Le suivre, Lui Jésus, est le chemin vers la vraie Vie – même s’il y a la croix, même si l’on perd la vie terrestre.

Oui, c’est toujours la Personne de Jésus qui donne la direction, et c’est Lui qui est notre référence en toutes choses. Avant de savoir si nous sommes des ‘gens bien’ ou des bons citoyens, il convient de nous demander si nous essayons de ressembler à Jésus ; et si nous apprenons à reconnaître la Personne de Jésus dans ceux qui Lui ressemblent le plus, c’est-à-dire les pauvres et les petits. Notre paroisse sera missionnaire si nous avons sans cesse Jésus devant les yeux, et si nous révélons à tout homme la présence du Christ en lui.
Sans Jésus, le monde ne sait pas où aller ; nous le voyons bien dans les multiples conflits, les égoïsmes, les idéologies qui déchirent l’humanité. Les hommes ont besoin de connaître le Christ pour donner un sens à leur vie. A nous de montrer (à la suite des Apôtres) qu’il vaut la peine de suivre Jésus, de L’aimer plus que tout !

Père Bertrand Cardinne

Fête du Saint-Sacrement 2017


18 juin 2017 Se nourrir de la présence de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Je suis le pain vivant […] Celui qui mange ce pain vivra éternellement ». Ce sont des paroles extraordinaires que nous donne Jésus, et nous les entendons en cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. En outre, c’est un jour de première communion : pour la première fois, tous les deux vous allez recevoir, communier au Corps et au Sang du Christ, entrer dans une nouvelle vie car Jésus se donne à vous. C’est donc aujourd’hui une occasion magnifique de revenir sur ce don que Dieu nous fait, et qui est au centre de la vie des chrétiens : l’Eucharistie, c’est-à-dire le don de Jésus Lui-même sous l’apparence du pain et du vin.

Nos ancêtres dans la foi, les Israélites, avaient fait un long chemin dans le désert sous la conduite de Moïse. Nous avons entendu la première lecture, où il est rappelé que pendant quarante ans, ils avaient traversé le désert ; et dans le désert, le peuple avait eu faim. C’est Dieu qui nourrit son peuple : dans le désert, Il leur a envoyé la manne pour les faire vivre. Ainsi, ils ont fait l’expérience que sans Dieu, on meurt de faim et de soif ; ils ont appris à compter sur Dieu, ils ont appris à tout recevoir de Lui. C’est encore vrai aujourd’hui pour nous : même si nous avons l’impression de trouver dans les rayons des magasins tout ce dont nous avons besoin… notre nourriture dépend toujours de Dieu ! (Et d’ailleurs, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur au début des repas ?)
L’homme a toujours besoin d’être nourri : juste avant les paroles que nous avons entendues, Jésus Lui aussi multiplie les pains pour nourrir la foule. Dieu s’occupe de nous et nous invite à la confiance : avec Lui, nous ne manquons de rien. Mais il faut faire attention à ne pas nous arrêter là : la foi n’est pas une assurance-vie, une recherche de bien-être, ni une promesse de satisfactions faciles. La vraie faim de l’homme n’est pas seulement alimentaire : nous savons bien que le bonheur n’est pas dans le ventre plein !

Nous avons faim de quelque chose de plus haut, car nous sommes faits à l’image de Dieu : il y a une nourriture plus grande et plus belle que le Seigneur veut nous donner. Moïse, dans ses paroles au peuple d’Israël, disait quelque chose de magnifique et de très profond : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». Dieu donne le pain à manger (pour notre estomac), mais Il donne aussi bien plus, et Moïse est tout émerveillé de ce don. Dieu nous parle face à face ; comme nourriture Il nous donne sa Parole, Il donne sa Loi, sa Sagesse ; Il entre en dialogue avec les hommes. C’est cela le cadeau le plus extraordinaire du Seigneur : que nous soyons appelés à parler avec Lui, à L’écouter, à vivre en sa présence.
Et puis, cela ne suffit pas encore à l’Amour de Dieu : cette Sagesse, cette Parole, voilà que c’est une Personne : Jésus, le Fils de Dieu. Moïse n’aurait jamais pu imaginer cela ! L’homme ne vit pas seulement de pain : il vit de la présence de Jésus parmi nous ; et vous, qui allez recevoir son Corps et son Sang, vous allez vivre de cette présence qui nous sauve. C’est Lui qui est « le pain vivant, descendu du ciel », et c’est Lui qui donne la vraie vie. Nous avions faim de Dieu : Il vient nous rassasier de sa présence.

Alors finalement, qu’est-ce que Dieu nous propose, si nous voulons vivre éternellement ? Il ne nous demande pas d’abord de ‘suivre une Loi’ – même si c’est la Loi de Moïse – ; mais de croire en Lui et de nous nourrir de Lui. C’est la présence de Jésus dans l’Eucharistie, qui nous sauve et nous donne la vie. Ce ne sont pas nos efforts personnels ! C’est pour cela que l’Eucharistie, la Messe, est si importante, fondamentale, dans la vie chrétienne : parce qu’elle nous met en contact avec le Seigneur qui donne la vie éternelle (« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous »).
Trop souvent, on se dit : « Je suis chrétien, même si je ne vais pas souvent à la messe ; je suis bon citoyen, sympa, généreux avec mes voisins »… mais on oublie la nourriture que Dieu veut nous donner, et qui est Jésus Lui-même ! Être chrétien, disciple de Jésus, ce n’est pas suivre une Loi ni être généreux : c’est se nourrir du don de Dieu, être en communion avec Jésus par son Corps et son Sang. Si je peux être dévoué, charitable, c’est une conséquence de l’Amour de Dieu donné dans l’Eucharistie ; mais cet Amour me manquera toujours si je ne fréquente pas la Messe.

Oui, Jésus est le « pain vivant descendu du ciel », pour nous conduire vers Dieu et nous donner dès maintenant l’amour et la joie. Soyez émerveillés de ce don que vous recevez, et soyez fidèles à accueillir le Christ dimanche après dimanche !

Père Bertrand Cardinne

Sainte Trinité 2017


11 juin 2017 Chercher Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Tout au long de l’année, nous parcourons des événements de la vie de Jésus et de l’Église : il y a Noël, bien sûr, puis Pâques, la Pentecôte (la semaine dernière), et d’autres épisodes que nous connaissons bien. A chaque fois, nous nous souvenons, et cela nous permet de rendre actuels ces événements. A Noël, si Jésus s’est fait homme au milieu de nous, c’est pour être encore présent aujourd’hui parmi les plus petits et les plus pauvres ; à Pâques, si Jésus est ressuscité, c’est pour que nous soyons vivants aujourd’hui, ressuscités, vainqueurs de la mort. Faire mémoire des actions du Seigneur, c’est vivre aujourd’hui de ces mêmes dons de Dieu qui se continuent. Les chrétiens ne vivent pas dans le passé : ils se ‘souviennent’ du passé, pour vivre aujourd’hui dans l’Espérance !
Mais en ce jour de fête de la Sainte Trinité, nous ne faisons pas mémoire d’un événement : c’est Dieu Lui-même que nous regardons. L’Église nous propose cette fête assez particulière de la Trinité, pour nous rappeler de tourner les yeux vers Dieu. Ce que fait le Seigneur pour nous est une chose ; mais cela doit nous inciter à revenir à l’essentiel, l’Amour de Dieu, Dieu Lui-même. Jésus le dit dans l’Évangile : le premier commandement, c’est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Mc 12,29).

C’est donc une question fondamentale qui nous est posée aujourd’hui, à travers cette fête : une question sur le sens de notre vie et de notre foi. Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Qu’avons-nous comme but ?
On peut dire que nous devons faire le bien, manifester de l’amour : c’est vrai. Nous avons à être bons, bienveillants, et même à pardonner (ce qui n’est pas toujours facile !) : pardonner comme Jésus nous pardonne. Tout cela est encore vrai. Mais est-ce qu’on peut s’arrêter là ? Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas uniquement de ‘faire’ (ou de ne pas faire) des choses : être chrétien, ce n’est pas une loi ou une morale, ce n’est pas dire : « Je suis meilleur que les autres ».
Jésus dit dans l’Évangile : Je suis la Vérité (Jn 14,6). Être chrétien, disciple de Jésus, c’est chercher la Vérité ! Il y a tant de mensonges dans le monde, autour de nous : nous ne pouvons pas être heureux si nous confondons le vrai et le faux, le bien et le mal. Nous ne saurons vraiment aimer les autres, que si nous sommes dans la Vérité, par Jésus. Alors finalement, ce que nous dit cette fête d’aujourd’hui, c’est que la seule chose qui vaille la peine de vivre, c’est de chercher Dieu en vérité, de connaître Dieu : de connaître la Trinité : le Père – Jésus le Fils – et le Saint-Esprit. Tout le reste vient de là. En connaissant Dieu, en nous laissant habiter par Dieu, en Le priant, en L’écoutant, notre vie prend une nouvelle dimension. C’est cela qu’il faudrait bien comprendre, particulièrement vous les jeunes ! En devenant adultes, beaucoup de choses peuvent faire peur ; mais si l’on connaît le Seigneur, s’Il guide nos choix, rien n’est impossible.

La seule quête qui vaille la peine d’être conduite, c’est donc la recherche de Dieu. Notre cœur est à la dimension de l’infini, et rien ne peut vraiment nous satisfaire sinon le Seigneur ! Les biens matériels, les plaisirs, les voyages ; les gourous, les idéaux politiques… tout cela peut être intéressant, nous occuper un moment ; mais notre cœur sera toujours à l’étroit si nous en restons là.

Dans les monastères, il y a des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à cela : chercher le Visage de Dieu. Ce n’est pas nécessairement la vocation de chacun, mais cela doit nous rappeler que le Seigneur se fait connaître à nous tous. Il se fait connaître comme Père, Fils et Saint-Esprit ; Il nous montre son Visage, son Amour pour nous, et ce Visage est surprenant ! Moïse s’attendait à rencontrer un Dieu sévère, solitaire, écrasant : il rencontre un Dieu inattendu, qui lui dit qu’Il est « le Seigneur tendre et miséricordieux, plein d’amour et de vérité ». Plus nous connaissons le Seigneur, plus nous sommes surpris, émerveillés par son Amour. Dieu n’est pas solitaire, puisqu’Il est dialogue entre Père, Fils, Saint-Esprit. Il est tellement Amour, qu’Il veut parler avec nous : Il donne sa Parole, « Il a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique », Il donne son Esprit pour habiter en nous, Il nous rend ainsi capables d’aimer à notre tour.

Connaître Dieu, ce n’est pas quelque chose dont on pourrait se passer : c’est ce qui nous renouvelle et nous donne la vraie joie. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, sont comme une famille qui nous ouvre sa porte et nous accueille dans son amitié. Entrons dans l’Amour de Dieu, cherchons le Visage de ce Dieu qui nous aime et veut notre bonheur !

Père Bertrand Cardinne

Pentecôte 2017


4 juin 2017 L’œuvre de Jésus continue par l’Esprit

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette très grande fête.

Que nous a donné le Seigneur ? Depuis le début de l’Histoire, Dieu ne cesse de faire des dons aux hommes. Et en ce jour de Pentecôte, Dieu nous fait le plus grand, le plus beau des dons : Il se donne à nous, Il nous donne son Esprit. L’Esprit saint est donné à l’Église, Il va désormais habiter notre monde et tout changer, comme disait le Psaume : « Seigneur, envoie ton Esprit, qu’Il renouvelle la face de la terre ! » Depuis deux mille ans – et même malgré nos péchés… – l’Esprit est à l’œuvre et travaille dans le cœur des hommes.

A quoi ‘sert’ l’Esprit saint ? Comment agit-Il aujourd’hui ? Dans le Credo que nous allons proclamer (ce Symbole de Nicée-Constantinople qui est très développé), nous rappellerons que Jésus est monté aux cieux ; puis nous dirons : « Je crois en l’Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ». Jésus est donc parti vers son Père, mais Celui qui continue son œuvre, Celui qui est Seigneur, source de vie, c’est l’Esprit saint. Tout ce que nous pouvons dire sur l’Esprit, tout ce que Jésus Lui-même enseigne sur la venue de l’Esprit, c’est qu’Il vient pour continuer, accroître, ce que Jésus a fait dans l’Évangile.
Il y a deux mille ans, la rencontre de Jésus devait certainement être quelque chose d’exceptionnel : ceux qui ont fait cette expérience ont vu leur vie transformée. Eh bien, cette rencontre est aujourd’hui à notre portée, par l’Esprit saint ! Voir Jésus, agir comme Jésus, vivre l’Évangile, c’est possible à toute époque ; et tous les Saints qui ont traversé l’Histoire ont été vus comme ‘d’autres Jésus’.

Nous sommes témoins de cette action de l’Esprit saint dans les passages bibliques que nous avons entendus.
• Dans la première lecture – le récit de l’événement de la Pentecôte –, l’Esprit saint permet aux Apôtres de proclamer les merveilles de Dieu, avec la même force que Jésus quand Il proclame l’Évangile.
• La Lettre de saint Paul aux Corinthiens (deuxième lecture) nous rappelle qu’avec l’Esprit saint, nous pouvons annoncer : « Jésus est Seigneur », et que cet Esprit est répandu sur tous les baptisés, quelle que soit leur vocation. Il est important d’entendre cela aujourd’hui ! Car vous, les jeunes, qui avez chacun une vocation particulière (chacun un chemin particulier), vous serez chacun en mesure de proclamer : « Jésus est Seigneur ! ». Avec l’Esprit saint, vous pourrez mettre le Seigneur à la première place, introduire sa présence dans toutes les activités des hommes, pour qu’Il les libère de leurs idoles et de leurs péchés. L’Esprit libérateur agit comme Jésus, pour délivrer les hommes !
• Dans l’Évangile enfin, nous voyons le « souffle », c’est-à-dire l’Esprit de Jésus, donné aux Apôtres pour transmettre le pardon et pour réconcilier ; mais de manière plus générale, à travers les Apôtres l’Esprit est donné à toute l’Église pour qu’elle soit facteur de réconciliation, pour vaincre le péché. Ce que Jésus a fait en guérissant, en délivrant les malades, les chrétiens peuvent le faire à sa suite : la victoire est donnée par l’Esprit saint.

Oui, comme baptisés, nous vivons de ce don de l’Esprit. Tout ce que nous pouvons faire à la suite de Jésus, et même ce que nous faisons en pensant nous reposer sur nos propres forces… cela est fait dans l’Esprit saint. Notre modèle de vie est la personne du Christ Jésus : alors apprenons à vivre comme le Christ, sous l’action de l’Esprit.
A notre baptême, c’est l’Esprit saint qui nous a fait devenir enfants de Dieu ; nous sommes fils et filles de Dieu à la suite de Jésus. Comme l’écrit saint Paul, « Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : “Abba, Père !” » (Ga 4,6). Avec Jésus, comme fils de Dieu, nous pouvons conduire notre vie selon l’Évangile. Par l’Esprit saint, nous sommes « morts au péché, et vivants pour Dieu » (Rm 6,11) pour accomplir la mission de l’Église. Et dans cette Église qui est le Corps du Christ, abreuvé par l’Esprit, chacun de nous est un membre du Christ. Si nous prenons au sérieux notre vocation, nous devenons des ‘présences de Jésus’ dans le monde, capables d’agir comme Lui, de nous pencher sur les misères de nos frères pour leur montrer l’Amour de Dieu.

Trop de personnes autour de nous pensent que Dieu est absent de ce monde ; or l’Esprit saint veut agir, mais Il a besoin de nous ! Le monde peut devenir différent, meilleur, ‘habité’, si nous-mêmes, nous nous laissons habiter par l’Esprit saint. L’Esprit « renouvelle la face de la Terre » : non pas de l’extérieur, mais en partant de l’intérieur de nos cœurs. A nous de Lui ouvrir la porte pour qu’Il entre dans ce monde, qu’Il continue l’œuvre de Jésus, et que nous-mêmes devenions de plus en plus comme Jésus !

Père Bertrand Cardinne