Fête du Saint-Sacrement 2017


18 juin 2017 Se nourrir de la présence de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Je suis le pain vivant […] Celui qui mange ce pain vivra éternellement ». Ce sont des paroles extraordinaires que nous donne Jésus, et nous les entendons en cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. En outre, c’est un jour de première communion : pour la première fois, tous les deux vous allez recevoir, communier au Corps et au Sang du Christ, entrer dans une nouvelle vie car Jésus se donne à vous. C’est donc aujourd’hui une occasion magnifique de revenir sur ce don que Dieu nous fait, et qui est au centre de la vie des chrétiens : l’Eucharistie, c’est-à-dire le don de Jésus Lui-même sous l’apparence du pain et du vin.

Nos ancêtres dans la foi, les Israélites, avaient fait un long chemin dans le désert sous la conduite de Moïse. Nous avons entendu la première lecture, où il est rappelé que pendant quarante ans, ils avaient traversé le désert ; et dans le désert, le peuple avait eu faim. C’est Dieu qui nourrit son peuple : dans le désert, Il leur a envoyé la manne pour les faire vivre. Ainsi, ils ont fait l’expérience que sans Dieu, on meurt de faim et de soif ; ils ont appris à compter sur Dieu, ils ont appris à tout recevoir de Lui. C’est encore vrai aujourd’hui pour nous : même si nous avons l’impression de trouver dans les rayons des magasins tout ce dont nous avons besoin… notre nourriture dépend toujours de Dieu ! (Et d’ailleurs, est-ce que nous pensons à remercier le Seigneur au début des repas ?)
L’homme a toujours besoin d’être nourri : juste avant les paroles que nous avons entendues, Jésus Lui aussi multiplie les pains pour nourrir la foule. Dieu s’occupe de nous et nous invite à la confiance : avec Lui, nous ne manquons de rien. Mais il faut faire attention à ne pas nous arrêter là : la foi n’est pas une assurance-vie, une recherche de bien-être, ni une promesse de satisfactions faciles. La vraie faim de l’homme n’est pas seulement alimentaire : nous savons bien que le bonheur n’est pas dans le ventre plein !

Nous avons faim de quelque chose de plus haut, car nous sommes faits à l’image de Dieu : il y a une nourriture plus grande et plus belle que le Seigneur veut nous donner. Moïse, dans ses paroles au peuple d’Israël, disait quelque chose de magnifique et de très profond : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur ». Dieu donne le pain à manger (pour notre estomac), mais Il donne aussi bien plus, et Moïse est tout émerveillé de ce don. Dieu nous parle face à face ; comme nourriture Il nous donne sa Parole, Il donne sa Loi, sa Sagesse ; Il entre en dialogue avec les hommes. C’est cela le cadeau le plus extraordinaire du Seigneur : que nous soyons appelés à parler avec Lui, à L’écouter, à vivre en sa présence.
Et puis, cela ne suffit pas encore à l’Amour de Dieu : cette Sagesse, cette Parole, voilà que c’est une Personne : Jésus, le Fils de Dieu. Moïse n’aurait jamais pu imaginer cela ! L’homme ne vit pas seulement de pain : il vit de la présence de Jésus parmi nous ; et vous, qui allez recevoir son Corps et son Sang, vous allez vivre de cette présence qui nous sauve. C’est Lui qui est « le pain vivant, descendu du ciel », et c’est Lui qui donne la vraie vie. Nous avions faim de Dieu : Il vient nous rassasier de sa présence.

Alors finalement, qu’est-ce que Dieu nous propose, si nous voulons vivre éternellement ? Il ne nous demande pas d’abord de ‘suivre une Loi’ – même si c’est la Loi de Moïse – ; mais de croire en Lui et de nous nourrir de Lui. C’est la présence de Jésus dans l’Eucharistie, qui nous sauve et nous donne la vie. Ce ne sont pas nos efforts personnels ! C’est pour cela que l’Eucharistie, la Messe, est si importante, fondamentale, dans la vie chrétienne : parce qu’elle nous met en contact avec le Seigneur qui donne la vie éternelle (« Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous »).
Trop souvent, on se dit : « Je suis chrétien, même si je ne vais pas souvent à la messe ; je suis bon citoyen, sympa, généreux avec mes voisins »… mais on oublie la nourriture que Dieu veut nous donner, et qui est Jésus Lui-même ! Être chrétien, disciple de Jésus, ce n’est pas suivre une Loi ni être généreux : c’est se nourrir du don de Dieu, être en communion avec Jésus par son Corps et son Sang. Si je peux être dévoué, charitable, c’est une conséquence de l’Amour de Dieu donné dans l’Eucharistie ; mais cet Amour me manquera toujours si je ne fréquente pas la Messe.

Oui, Jésus est le « pain vivant descendu du ciel », pour nous conduire vers Dieu et nous donner dès maintenant l’amour et la joie. Soyez émerveillés de ce don que vous recevez, et soyez fidèles à accueillir le Christ dimanche après dimanche !

Père Bertrand Cardinne

Sainte Trinité 2017


11 juin 2017 Chercher Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Tout au long de l’année, nous parcourons des événements de la vie de Jésus et de l’Église : il y a Noël, bien sûr, puis Pâques, la Pentecôte (la semaine dernière), et d’autres épisodes que nous connaissons bien. A chaque fois, nous nous souvenons, et cela nous permet de rendre actuels ces événements. A Noël, si Jésus s’est fait homme au milieu de nous, c’est pour être encore présent aujourd’hui parmi les plus petits et les plus pauvres ; à Pâques, si Jésus est ressuscité, c’est pour que nous soyons vivants aujourd’hui, ressuscités, vainqueurs de la mort. Faire mémoire des actions du Seigneur, c’est vivre aujourd’hui de ces mêmes dons de Dieu qui se continuent. Les chrétiens ne vivent pas dans le passé : ils se ‘souviennent’ du passé, pour vivre aujourd’hui dans l’Espérance !
Mais en ce jour de fête de la Sainte Trinité, nous ne faisons pas mémoire d’un événement : c’est Dieu Lui-même que nous regardons. L’Église nous propose cette fête assez particulière de la Trinité, pour nous rappeler de tourner les yeux vers Dieu. Ce que fait le Seigneur pour nous est une chose ; mais cela doit nous inciter à revenir à l’essentiel, l’Amour de Dieu, Dieu Lui-même. Jésus le dit dans l’Évangile : le premier commandement, c’est : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur » (Mc 12,29).

C’est donc une question fondamentale qui nous est posée aujourd’hui, à travers cette fête : une question sur le sens de notre vie et de notre foi. Que cherchons-nous vraiment dans la vie ? Qu’avons-nous comme but ?
On peut dire que nous devons faire le bien, manifester de l’amour : c’est vrai. Nous avons à être bons, bienveillants, et même à pardonner (ce qui n’est pas toujours facile !) : pardonner comme Jésus nous pardonne. Tout cela est encore vrai. Mais est-ce qu’on peut s’arrêter là ? Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas uniquement de ‘faire’ (ou de ne pas faire) des choses : être chrétien, ce n’est pas une loi ou une morale, ce n’est pas dire : « Je suis meilleur que les autres ».
Jésus dit dans l’Évangile : Je suis la Vérité (Jn 14,6). Être chrétien, disciple de Jésus, c’est chercher la Vérité ! Il y a tant de mensonges dans le monde, autour de nous : nous ne pouvons pas être heureux si nous confondons le vrai et le faux, le bien et le mal. Nous ne saurons vraiment aimer les autres, que si nous sommes dans la Vérité, par Jésus. Alors finalement, ce que nous dit cette fête d’aujourd’hui, c’est que la seule chose qui vaille la peine de vivre, c’est de chercher Dieu en vérité, de connaître Dieu : de connaître la Trinité : le Père – Jésus le Fils – et le Saint-Esprit. Tout le reste vient de là. En connaissant Dieu, en nous laissant habiter par Dieu, en Le priant, en L’écoutant, notre vie prend une nouvelle dimension. C’est cela qu’il faudrait bien comprendre, particulièrement vous les jeunes ! En devenant adultes, beaucoup de choses peuvent faire peur ; mais si l’on connaît le Seigneur, s’Il guide nos choix, rien n’est impossible.

La seule quête qui vaille la peine d’être conduite, c’est donc la recherche de Dieu. Notre cœur est à la dimension de l’infini, et rien ne peut vraiment nous satisfaire sinon le Seigneur ! Les biens matériels, les plaisirs, les voyages ; les gourous, les idéaux politiques… tout cela peut être intéressant, nous occuper un moment ; mais notre cœur sera toujours à l’étroit si nous en restons là.

Dans les monastères, il y a des hommes et des femmes qui ont consacré leur vie à cela : chercher le Visage de Dieu. Ce n’est pas nécessairement la vocation de chacun, mais cela doit nous rappeler que le Seigneur se fait connaître à nous tous. Il se fait connaître comme Père, Fils et Saint-Esprit ; Il nous montre son Visage, son Amour pour nous, et ce Visage est surprenant ! Moïse s’attendait à rencontrer un Dieu sévère, solitaire, écrasant : il rencontre un Dieu inattendu, qui lui dit qu’Il est « le Seigneur tendre et miséricordieux, plein d’amour et de vérité ». Plus nous connaissons le Seigneur, plus nous sommes surpris, émerveillés par son Amour. Dieu n’est pas solitaire, puisqu’Il est dialogue entre Père, Fils, Saint-Esprit. Il est tellement Amour, qu’Il veut parler avec nous : Il donne sa Parole, « Il a tellement aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique », Il donne son Esprit pour habiter en nous, Il nous rend ainsi capables d’aimer à notre tour.

Connaître Dieu, ce n’est pas quelque chose dont on pourrait se passer : c’est ce qui nous renouvelle et nous donne la vraie joie. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit, sont comme une famille qui nous ouvre sa porte et nous accueille dans son amitié. Entrons dans l’Amour de Dieu, cherchons le Visage de ce Dieu qui nous aime et veut notre bonheur !

Père Bertrand Cardinne

Pentecôte 2017


4 juin 2017 L’œuvre de Jésus continue par l’Esprit

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette très grande fête.

Que nous a donné le Seigneur ? Depuis le début de l’Histoire, Dieu ne cesse de faire des dons aux hommes. Et en ce jour de Pentecôte, Dieu nous fait le plus grand, le plus beau des dons : Il se donne à nous, Il nous donne son Esprit. L’Esprit saint est donné à l’Église, Il va désormais habiter notre monde et tout changer, comme disait le Psaume : « Seigneur, envoie ton Esprit, qu’Il renouvelle la face de la terre ! » Depuis deux mille ans – et même malgré nos péchés… – l’Esprit est à l’œuvre et travaille dans le cœur des hommes.

A quoi ‘sert’ l’Esprit saint ? Comment agit-Il aujourd’hui ? Dans le Credo que nous allons proclamer (ce Symbole de Nicée-Constantinople qui est très développé), nous rappellerons que Jésus est monté aux cieux ; puis nous dirons : « Je crois en l’Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ». Jésus est donc parti vers son Père, mais Celui qui continue son œuvre, Celui qui est Seigneur, source de vie, c’est l’Esprit saint. Tout ce que nous pouvons dire sur l’Esprit, tout ce que Jésus Lui-même enseigne sur la venue de l’Esprit, c’est qu’Il vient pour continuer, accroître, ce que Jésus a fait dans l’Évangile.
Il y a deux mille ans, la rencontre de Jésus devait certainement être quelque chose d’exceptionnel : ceux qui ont fait cette expérience ont vu leur vie transformée. Eh bien, cette rencontre est aujourd’hui à notre portée, par l’Esprit saint ! Voir Jésus, agir comme Jésus, vivre l’Évangile, c’est possible à toute époque ; et tous les Saints qui ont traversé l’Histoire ont été vus comme ‘d’autres Jésus’.

Nous sommes témoins de cette action de l’Esprit saint dans les passages bibliques que nous avons entendus.
• Dans la première lecture – le récit de l’événement de la Pentecôte –, l’Esprit saint permet aux Apôtres de proclamer les merveilles de Dieu, avec la même force que Jésus quand Il proclame l’Évangile.
• La Lettre de saint Paul aux Corinthiens (deuxième lecture) nous rappelle qu’avec l’Esprit saint, nous pouvons annoncer : « Jésus est Seigneur », et que cet Esprit est répandu sur tous les baptisés, quelle que soit leur vocation. Il est important d’entendre cela aujourd’hui ! Car vous, les jeunes, qui avez chacun une vocation particulière (chacun un chemin particulier), vous serez chacun en mesure de proclamer : « Jésus est Seigneur ! ». Avec l’Esprit saint, vous pourrez mettre le Seigneur à la première place, introduire sa présence dans toutes les activités des hommes, pour qu’Il les libère de leurs idoles et de leurs péchés. L’Esprit libérateur agit comme Jésus, pour délivrer les hommes !
• Dans l’Évangile enfin, nous voyons le « souffle », c’est-à-dire l’Esprit de Jésus, donné aux Apôtres pour transmettre le pardon et pour réconcilier ; mais de manière plus générale, à travers les Apôtres l’Esprit est donné à toute l’Église pour qu’elle soit facteur de réconciliation, pour vaincre le péché. Ce que Jésus a fait en guérissant, en délivrant les malades, les chrétiens peuvent le faire à sa suite : la victoire est donnée par l’Esprit saint.

Oui, comme baptisés, nous vivons de ce don de l’Esprit. Tout ce que nous pouvons faire à la suite de Jésus, et même ce que nous faisons en pensant nous reposer sur nos propres forces… cela est fait dans l’Esprit saint. Notre modèle de vie est la personne du Christ Jésus : alors apprenons à vivre comme le Christ, sous l’action de l’Esprit.
A notre baptême, c’est l’Esprit saint qui nous a fait devenir enfants de Dieu ; nous sommes fils et filles de Dieu à la suite de Jésus. Comme l’écrit saint Paul, « Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : “Abba, Père !” » (Ga 4,6). Avec Jésus, comme fils de Dieu, nous pouvons conduire notre vie selon l’Évangile. Par l’Esprit saint, nous sommes « morts au péché, et vivants pour Dieu » (Rm 6,11) pour accomplir la mission de l’Église. Et dans cette Église qui est le Corps du Christ, abreuvé par l’Esprit, chacun de nous est un membre du Christ. Si nous prenons au sérieux notre vocation, nous devenons des ‘présences de Jésus’ dans le monde, capables d’agir comme Lui, de nous pencher sur les misères de nos frères pour leur montrer l’Amour de Dieu.

Trop de personnes autour de nous pensent que Dieu est absent de ce monde ; or l’Esprit saint veut agir, mais Il a besoin de nous ! Le monde peut devenir différent, meilleur, ‘habité’, si nous-mêmes, nous nous laissons habiter par l’Esprit saint. L’Esprit « renouvelle la face de la Terre » : non pas de l’extérieur, mais en partant de l’intérieur de nos cœurs. A nous de Lui ouvrir la porte pour qu’Il entre dans ce monde, qu’Il continue l’œuvre de Jésus, et que nous-mêmes devenions de plus en plus comme Jésus !

Père Bertrand Cardinne

Septième dimanche de Pâques 2017


28 mai 2017 Jésus nous révèle son Père

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

La première impression que nous avons eue en entendant cette grande prière de Jésus à son Père, c’est l’extraordinaire intimité, la confiance entre le Père et le Fils. Jésus « lève les yeux au ciel » et remet toute sa mission entre les mains du Père. Nous aimerions bien avoir cette confiance en Dieu, cette foi totale en son Amour pour nous ; et c’est justement pour cela que nous prions l’Esprit saint, qui est donné à l’Église au jour de la Pentecôte (dimanche prochain). C’est l’Esprit saint qui nous fait entrer dans l’Amour du Père et du Fils ; c’est l’Esprit saint qui nous fait proclamer la foi comme nous allons le faire dans un instant (en effet, saint Paul écrit (1Co 12,3) : « Personne ne peut dire : “Jésus est Seigneur” sans l’Esprit saint »). C’est encore l’Esprit saint qui nous fait vivre en hommes nouveaux dans cette foi, à l’exemple de Jésus : porteurs de la paix et de la liberté qui viennent de Dieu. Plus on reçoit l’Esprit, plus on connaît Jésus, et plus on est capable d’aimer, de donner, de pardonner.

A l’approche de la Pentecôte, il convient de nous recentrer, de revenir à l’essentiel. Il y a beaucoup d’apparences, de distractions, qui peuvent nous faire oublier le sens de notre vie ; mais parfois, il faut savoir prendre le temps de retrouver les valeurs décisives. Or l’essentiel, c’est ce que Jésus a dit tout à l’heure dans sa grande prière à son Père : Il parle de ses disciples, de la foi, de la Vie éternelle. Il dit que chacun de nous est appelé à connaître Dieu, à vivre dans l’Amour qui vient de Dieu.
« La Vie éternelle, dit Jésus, c’est que les hommes te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ ». La Vie éternelle, ce n’est pas seulement une vie qui « dure toujours » : c’est d’abord une vie en plénitude, une vie entièrement libre et heureuse, comme nous désirons tous la vivre. Or ces paroles sont très claires : un tel chemin de vie ne peut passer que par la connaissance de Jésus, le Fils de Dieu. Si nous voulons aimer, comment pourrions-nous le faire sans connaître la source de l’Amour, qui est Dieu ? Si nous voulons vivre, comment vivre sans connaître la source de la Vie, qui est Dieu ? Et quand Jésus parle de « connaître Dieu », ce n’est pas juste entendre parler de Lui, ou venir à la messe une ou deux fois par an, ou s’intéresser aux nouvelles du Vatican… C’est aimer, « garder la Parole de Dieu » (Jn 17,6), vivre dans la confiance que Jésus nous montre face à son Père. C’est tout cela qui donne la Vie éternelle : c’est un chemin vers le Dieu de la Vie.

Alors, si nous le désirons de tout notre cœur, comment connaître Dieu ? Jésus le dit : c’est par Lui, le Fils de Dieu, que nous pouvons connaître Dieu. Il est envoyé parmi nous pour nous révéler le visage de Dieu (« Qui m’a vu, a vu le Père », Jn 14,9). Quand nous voyons agir Jésus, c’est Dieu qui agit ; quand nous entendons parler Jésus, c’est la Parole de Dieu. Lorsque Jésus se fait proche des plus petits, des pauvres, quand Il soulage, quand Il guérit, c’est l’Amour de Dieu qui se manifeste parmi nous. Rencontrer Jésus, c’est rencontrer Dieu ! Au lieu de nous faire un Dieu « à notre image », nous Le connaissons tel qu’Il est : un Père, un Dieu aimant qui nous libère et qui nous fait confiance.
Jésus a voulu que cette rencontre avec Dieu, nous la fassions par son Église. Les Apôtres, après avoir vu Jésus monter au ciel, forment la première communauté chrétienne (première lecture) : « Tous d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec Marie la mère de Jésus ». C’est par l’Église – que nous formons ensemble – que notre foi grandit, et change notre manière de vivre. C’est par l’Église que nous recevons l’Eucharistie, seule nourriture de Vie éternelle. Si nous cessons d’être « assidus à la prière » (avec Marie et les Apôtres, avec nos frères chrétiens), nous ne rencontrerons plus le Seigneur ; peu à peu, notre foi diminuera, notre connaissance de Dieu sera oubliée, et nous ne vivrons plus dans la joie de Dieu. Comme ces adultes qui disent, un peu tristes : « Quand j’étais petit, j’allais à la messe… et puis après, je n’ai plus eu le temps ».

Oui, Jésus nous montre le visage de Dieu, et nous le recevons dans la communion pour en vivre. L’Eucharistie nous fait partager la Vie de Dieu : c’est le cadeau le plus grand que nous puissions recevoir. Avec Jésus, nous retrouvons le centre, l’essentiel de notre vie : la connaissance de Dieu, la joie d’être nous-mêmes des enfants de Dieu !

Père Bertrand Cardinne

Solennité de l’Ascension 2017


25 mai 2017 Présents en Dieu pour toujours

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

Avec ce jour de l’Ascension, commence une période un peu spéciale dans l’année : une période de neuf jours où les disciples sont dans l’attente… et nous avec eux. Jésus s’en va vers le ciel, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, et les Apôtres sont tout décontenancés devant cette absence ! Cependant, Il promet une force, un don nouveau ; et pendant ces neuf jours jusqu’à la Pentecôte, nous « levons les yeux vers le Ciel » pour recevoir ce don de l’Esprit saint. C’est d’ailleurs là l’origine de la pratique de la « neuvaine » : neuf jours pour demander l’Esprit saint et pour confier toutes nos intentions au Seigneur.
Cette fête de l’Ascension est donc comme une « fête incomplète ». Nous célébrons joyeusement la montée au ciel de Jésus, et nous allons méditer sur sa signification ; mais en même temps, cette montée crée en nous une soif, un manque. Où se trouve Jésus, est-Il vraiment parti définitivement ? Les Apôtres restent là en levant la tête, comme s’ils ne pouvaient pas se résoudre à ce départ ; nous en ferions autant à leur place.

Oui, c’est cela la grande question de cette fête : pourquoi Jésus est-Il parti ? Devons-nous nous résoudre à cette absence, comme si Dieu avait délaissé ce monde ?
En réalité, le Seigneur n’agit pas selon nos plans et nos projets. Les disciples, avant que Jésus ne parte, lui posent une question bien humaine : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? » Pourtant, le projet de Dieu dépasse cette simple ambition politique ; il dépasse tout ce que les hommes peuvent imaginer. Et en ce sens, accepter de renoncer à nos plans, c’est vivre une certaine “absence” de Dieu ; car on met toujours Dieu dans nos catégories, on a tendance à vouloir qu’Il intervienne selon nos prévisions et pas autrement… La vraie présence de Dieu se manifeste différemment ; et pour accueillir cette présence, il faut accepter de vivre l’“absence” par rapport à l’image qu’on se faisait du Seigneur !
Jésus ne s’en va pas pour être absent : d’ailleurs, Il l’assure à ses disciples : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Simplement, sa nouvelle présence sera différente. La présence qu’Il nous promet passe d’abord par l’Esprit saint, Celui qui va venir à la Pentecôte. Et par le don de l’Esprit, le Sauveur sera désormais présent à travers les baptisés, ceux qui ont reçu l’Esprit et qui sont envoyés pour être témoins. Si Jésus a l’air de quitter ce monde, c’est en fait pour donner une mission nouvelle aux hommes : devenir disciples et être « d’autres Jésus » dans le monde. Le monde entier doit désormais être habité par la présence de Jésus, qui continue à être « avec nous jusqu’à la fin du monde » ! Quand Il était parmi les hommes en Galilée, Il n’était “que là” – et pas ailleurs… Maintenant, Il est « près de son Père », c’est-à-dire qu’Il n’est plus limité à un seul lieu : Il est dans le monde entier, et c’est nous qui avons cette mission de Le rendre présent. C’est pour cela que les disciples sont invités à ne pas rester à « regarder vers le ciel », ni vers un lieu fixe : Jésus est désormais présent à toute la Création, à tous les hommes, et cela donne une valeur infinie à tout homme et au monde entier. Personne n’est tenu à l’écart de la promesse du Christ, accomplie par l’Esprit saint.

Les Apôtres reçoivent donc cette nouvelle mission, confiée à l’Église et qu’elle accomplit depuis deux mille ans : proclamer la puissance de Dieu, comme nous l’a dit saint Paul tout à l’heure. Puissance du Seigneur qui s’exprime par la Résurrection ; puissance de nous faire participer à sa Vie par le don de l’Esprit ; puissance de nous élever dans la Gloire, avec Jésus élevé aux cieux. Nous faisons partie de son Corps qui est l’Église ; Jésus est présent en nous, comme nous sommes présents en Lui. Nous l’avons entendu dans la prière d’ouverture, « l’Ascension est notre victoire », car Jésus nous précède auprès du Père : par Lui, notre humanité est pour l’éternité en Dieu.

Désormais, il y a donc un engagement indissoluble entre Dieu et nous : Il est en nous, présent dans ce monde, et nous sommes en Lui, par Jésus et pour toujours. Rien ne pourra jamais nous séparer de l’Amour de Dieu, Il ne pourra jamais nous oublier, puisque Jésus est là-haut, au cœur de Dieu, au cœur de la Trinité ! L’Ascension est bien notre victoire : prions pour recevoir l’Esprit saint et vivre dans la joie. Jésus ne s’en va pas, Il est là pour toujours : à nous d’en être témoins auprès des hommes.

Père Bertrand Cardinne

Sixième dimanche de Pâques 2017


21 mai 2017 L’Esprit saint libérateur

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« D’ici peu de temps, dit Jésus, le monde ne me verra plus ». Ces paroles, adressées à ses disciples avant de partir pour la Croix, sont bien vraies ! Nous ne voyons plus Jésus, le monde ne voit plus Jésus… et finalement, beaucoup vivent dans l’absence de Jésus : c’est-à-dire dans l’absence de Dieu. On fait comme si Dieu n’existait pas, on pense être heureux sans Dieu ; on croit qu’on pourra s’épanouir hors de la présence du Seigneur, sans penser à Lui, sans avoir aucune relation avec Celui qui nous donne la vie. Parfois cependant, quand il arrive une catastrophe, on se retourne vers Lui et on Lui dit : « Mais Seigneur, pourquoi as-Tu permis cela ? ».

Pourtant, Jésus ne nous dit pas simplement : « Je m’en vais, débrouillez-vous tout seuls » ! Il nous promet quelque chose de complètement nouveau, un don qui fait vivre l’Église (et chaque chrétien) depuis deux mille ans : le don de l’Esprit saint – que nous fêterons particulièrement dans quinze jours, à la Pentecôte. Qui est cet Esprit saint ? Jésus L’appelle le « Défenseur », ou encore l’« Avocat » : c’est-à-dire Celui qui est avec nous pour nous conduire sur notre chemin, et nous défendre contre l’adversité. C’est une présence discrète, mais transformante si nous le reconnaissons et si nous voulons bien L’accueillir. Jésus nous l’a bien dit : ce Défenseur, le monde ne le voit pas ! L’Esprit saint est comme l’eau : Il donne la vie, mais ce n’est pas Lui qu’on voit en premier.
Que fait l’Esprit dans nos vies ? Comment change-t-Il nos vies ? Nous avons vu dans la première lecture, le récit de tout ce qui se passe dans l’Église naissante : Jésus n’est effectivement plus là, Il est reparti vers le Père, mais l’Esprit saint est là et agit ! Il guérit, Il fait des signes, Il donne la joie. Plus profondément, l’Esprit donne la véritable liberté à l’homme. Toutes les guérisons faites par les Apôtres sont des délivrances, des libérations de ce qui oppresse l’homme : le mal, la maladie, le désespoir. L’Esprit saint nous délivre, Il est bien le Défenseur face aux obstacles qui nous bloquent, qui nous empêchent de vivre pleinement.

Si nous voulons être libres, alors il s’agit de reprendre conscience de la présence de l’Esprit, qui habite en nous depuis notre baptême. Être libres, c’est être capables d’agir selon le vrai Bien, pour être conduits vers le véritable bonheur. Pour prendre un exemple de libération [puisque nous avons avec nous les fiancés de cette année], pensons au mariage qui est un chemin de bonheur… mais aussi parfois d’épreuves.
Quel désir portons-nous, si nous voulons nous marier ? Le désir profond d’aimer dans la durée ; le désir de transmettre cet amour ; le désir de l’harmonie, de l’écoute, du pardon. Ce sont des désirs qui sont profondément liés à l’amour conjugal : personne ne se marie « à l’essai », ni pour être infidèle ! Pourtant, il n’y a qu’à regarder autour de soi : aimer pour la vie n’est pas si facile, puisque tant de couples ne durent pas. Alors, est-ce que le mariage est un pari perdu une fois sur deux ? Est-ce que ce désir d’aimer est voué à l’échec ? Des couples se disent : « Ça durera ce que ça durera… » Cette incertitude est comme une prison, et l’on s’enferme dans le fatalisme ; mais l’Esprit saint peut nous libérer ! L’Esprit ouvre l’avenir, Il élargit la perspective, Il transforme l’étroitesse d’un désir humain en lui donnant l’ampleur de l’Amour de Dieu. Par le Sacrement de mariage, les époux sont vraiment libérés par l’Esprit, en recevant la certitude de la présence de Dieu dans leur mariage, quoi qu’il arrive. L’Esprit saint est bien le Libérateur, le Défenseur des familles contre la fatalité !

Pour bien vivre de l’Esprit, il nous faut donc accueillir cette véritable liberté qu’Il nous offre. Ce n’est que dans l’Esprit saint, que nous pouvons agir librement, par amour. La grande difficulté aujourd’hui, c’est que la liberté est vue comme une possibilité de faire tout ce qu’on veut sans limites – même le mal. Et donc en quelque sorte, plus on est individualiste, centré sur soi-même, et plus on serait libre ! Mais le don de l’Esprit saint nous fait entrevoir la vraie liberté, qui n’est pas égoïste. Être libre, c’est choisir d’aimer au-delà des difficultés et des crises ; être libre, c’est accueillir l’autre tel qu’il est ; trouver son bonheur dans le don et dans le pardon (c’est vrai dans le mariage, mais aussi plus largement dans tous les domaines de la vie).
Le Seigneur nous a bien promis qu’Il serait présent, qu’Il « ne nous laisserait pas orphelins » : à nous de faire le choix, jour après jour, de L’écouter, de Le prier, de vivre avec Lui. Ce n’est que par Lui, avec l’Esprit de liberté, que nous serons pleinement heureux et pleinement libres !

Père Bertrand Cardinne

Cinquième dimanche de Pâques 2017


14 mai 2017 Faire l’expérience du Salut : être sauvés

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Juste avant de partir pour la Croix, dans ce dialogue que nous venons d’entendre, Jésus semble reprocher à Philippe de ne pas Le connaître. Je crois que nous pouvons nous laisser interpeller par ces paroles, surtout en ce temps de Pâques : est-ce que nous connaissons vraiment Jésus ? Non pas seulement par des paroles, ou par ce qu’on entend dire de Lui, mais en vérité : est-ce que nous Le connaissons personnellement, “de l’intérieur” [nous qui allons Le recevoir dans la communion] ? Qui est-Il pour nous ? Qu’est-ce que la personne de Jésus ressuscité change dans notre vie, dans notre manière de vivre ?

Chacun de nous a une responsabilité importante : celle d’être témoin de l’Évangile [particulièrement les parents envers leurs enfants], responsable de la foi de nos proches. Mais nous ne pourrons être témoins, que si nous avons envie de partager ce qui nous habite : la connaissance de Jésus-Christ ! Et pourquoi avons-nous ce désir de faire connaître le Christ ? Parce que nous avons fait une expérience : celle d’être sauvés par le Seigneur. Rencontrer le Seigneur, c’est être sauvé par Lui.
Pendant la Nuit de Pâques (voici quatre semaines), nous avons relu l’histoire du face-à-face de Dieu et de l’homme : à chaque étape de cette longue histoire, Dieu appelait l’homme à être sauvé. Sans cesse, Dieu veut sauver son peuple : Il ne cesse d’être présent, de le conduire sur le bon chemin. Au temps de Moïse et de l’Égypte, Dieu avait déjà sauvé – libéré – son peuple de l’esclavage. Plus tard, Il a continué à sauver les hommes de toutes leurs peurs, de toutes leurs servitudes ; par les prophètes, Il a parlé et donné un message de Salut. Aujourd’hui, Il veut encore nous sauver par la puissance de Jésus, le seul Sauveur : nous sauver de l’égoïsme, du retour sur soi-même ; nous sauver du désespoir, des angoisses ; en un mot, nous sauver du péché qui est la séparation de l’homme avec Dieu.

Oui, à la suite du peuple d’Israël, nous avons fait l’expérience d’un Dieu qui nous sauve. A Pâques, nous avons commémoré la Résurrection de Jésus, signe de salut et de victoire : Dieu est assez puissant pour vaincre la mort, et s’Il a cette puissance, Il peut nous sauver nous aussi de la mort, à la suite de Jésus.
Être chrétien, c’est donc accueillir en nous la puissance de libération du Seigneur : retrouver, avec Jésus, la joie et l’espérance. Et si nous accueillons le salut, nous avons en même temps envie de transmettre aux autres la même joie et la même espérance : c’est ce qui donne son véritable sens à la vie. Par exemple, pensons à l’éducation d’un enfant : il s’agit d’éveiller sa liberté. Comment rendre quelqu’un libre ? Non pas en le laissant faire ce qu’il veut, mais en lui montrant le chemin de la vraie liberté, qui consiste à faire les bons choix. Apprendre à être libérés par Jésus, sauvés par Lui, c’est prendre conscience que le Christ est plus grand que nos blocages, que nos limites, que nos difficultés ; et comprendre qu’il est toujours possible d’aller plus loin, au-delà des fatalités qui nous enferment. C’est cela la liberté ! et c’est le Salut apporté par le Christ, dont nous, les adultes, devons témoigner auprès des jeunes : sans ce témoignage, dans le monde qui est parfois si dur, quelle Espérance pourrions-nous transmettre ?

Jésus nous a dit tout à l’heure : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ». Lui seul est le chemin qui nous sauve et nous libère. Si nous faisons l’expérience du salut, c’est en Jésus. Et par l’Eucharistie, par la communion (que vous allez recevoir pour la première fois), c’est Lui qui vient vers vous pour vous sauver. La communion nous unit à Jésus, de manière tellement proche que nous participons à sa vie. Tout ce qu’a fait Jésus, nous pouvons le faire, puisque nous sommes sauvés par Lui ! Il nous l’a dit Lui-même : « Celui qui croit en moi fera les mêmes œuvres que moi ». Avec Lui nous pouvons vaincre notre égoïsme pour vivre avec nos frères, prier avec eux dans la communauté de l’Église que nous formons ensemble. Avec Lui nous écoutons les paroles qui nous font vivre, en ce dimanche qui éclaire toute la semaine. Avec Lui nous pouvons servir les plus pauvres, comme le montre l’épisode des Actes des Apôtres (première lecture, institution des diacres).

Le Seigneur nous montre donc comment être sauvés, comment aller vers le bonheur éternel. Nous sommes déjà en chemin, parce que nous connaissons Jésus ; mais nous avons toujours plus à Le suivre, Lui l’unique chemin et le Sauveur. « Croyez en moi », dit Jésus, et vous serez sauvés !

Père Bertrand Cardinne

Quatrième dimanche de Pâques 2017


7 mai 2017 L’espérance de Pâques

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Une fois par an, nous sommes invités avoir une prière particulière pour les vocations sacerdotales et religieuses ; et nous vivons cela en ce quatrième dimanche de Pâques, ce dimanche du « bon Pasteur », où les Évangiles nous rappellent la figure de Jésus comme Berger de son peuple.
A première vue, cette image du berger et de son troupeau ne nous semble pas être une image très actuelle, ni très motivante : d’une part, parce que nous ne vivons plus dans une civilisation agricole ; et d’autre part, parce que nous n’avons pas une vocation de brebis ! Est-ce que vraiment, nous pouvons prendre exemple sur cet animal grégaire, benêt, tout juste bon à se faire tondre ? Et puisque nous prions aujourd’hui pour avoir des prêtres : est-ce que nos pasteurs (prêtres, évêques) ne considèrent les chrétiens que comme des brebis ?

Avant de réagir ainsi, il faut bien comprendre l’Évangile. Jésus nous invite d’abord à méditer sur l’essentiel, c’est-à-dire sur la relation qu’il y a entre le Pasteur et les brebis. Les brebis ne sont pas conduites de force par le berger, elles ne sont pas exploitées : elles sont guidées avec sollicitude « pour avoir la vie en abondance », « sur des prés d’herbe fraîche » comme dit le Psaume. Jésus nous dit qu’Il connaît les brebis, chacune par son nom ; qu’Il est venu pour les faire vivre ; et Il nous dit encore que les brebis reconnaissent sa voix, à Lui Jésus. Pour notre assemblée chrétienne, Jésus n’est pas un « étranger », mais Il est Celui qui nous aime et dont nous reconnaissons la Parole. Et comme nous l’avons entendu au début de cette messe (oraison d’ouverture), nous prions pour que le troupeau parvienne « là où le Pasteur est entré victorieux », c’est-à-dire dans la Vie éternelle.

Entre le Pasteur et son troupeau, entre Jésus et son Église, il y a donc une relation nouvelle qui s’établit : une relation de confiance totale. C’est la relation de confiance qui aurait dû s’établir dans l’histoire d’Israël entre Dieu et son peuple, et qui n’a pas existé pleinement à cause du péché de l’homme ; mais désormais, Jésus nous a sauvés : Il nous introduit dans cette confiance.
Nous pouvons faire confiance au Seigneur, car Il nous précède, comme un berger, là où nous-mêmes nous allons. Lorsque nous nous sentons seuls, abandonnés, lorsque des situations nous semblent injustes, nous pouvons nous rappeler que Jésus, le bon Berger, est passé Lui-même par l’abandon et la souffrance. Il continue de nous conduire vers la Résurrection, alors même que nous pouvons penser que tout est perdu. Depuis deux mille ans, l’Église fait confiance au Seigneur pour la guider ; et depuis deux mille ans, comme l’a dit le Concile Vatican II, l’Église est le « signe de l’unité de tout le genre humain » (LG 1) : c’est-à-dire que la confiance que nous avons envers le Seigneur, nous permet d’avoir confiance les uns envers les autres. En faisant partie du « troupeau du Seigneur », nous formons une communauté où règnent l’amour et la confiance.

Nous ne devons pas oublier que le contraire est aussi vrai. Si nous faisons confiance au Christ, le bon Berger, Lui aussi a confiance en nous. Son « troupeau » n’est pas une dictature ! Il nous fait confiance lorsqu’Il remet entre nos mains – entre les mains de son Église – les « clefs du Royaume des cieux » (Mt 16,19). Il nous fait confiance lorsqu’Il nous donne les sacrements, lorsqu’Il nous transmet sa Parole pour que nous en soyons témoins. Nous le voyons au jour de la Pentecôte (première lecture), où Pierre annonce la Résurrection : le Seigneur a voulu que son Évangile passe par des témoins – avec leurs qualités et leurs défauts. Et aujourd’hui, c’est nous qui sommes dépositaires de cette Bonne Nouvelle : le Seigneur nous fait confiance pour l’annoncer !
Jésus nous fait encore confiance en nous conduisant librement vers le Royaume. Il ne veut pas que nous soyons passifs : il ne s’agit pas simplement d’obéir ou de croire sans réfléchir, mais de vivre et d’avancer dans sa lumière. Il nous guide en nous évitant les mauvais chemins ; parfois, il est vrai que nous avons tendance à avancer vers le précipice, et le Pasteur est là pour nous retenir, heureusement ! Mais c’est d’abord un chemin de liberté que nous parcourons avec le Seigneur. Nous sommes des brebis, mais des brebis intelligentes ! pour faire les bons choix et prendre les bons chemins sous la protection du bon Berger.

Nous prions donc aujourd’hui « pour les vocations » : pour avoir plus de bergers qui nous conduiront vers le Seigneur. Mais pour avoir des bergers, il nous faut écouter la voix du vrai Berger et assurer notre mission de brebis, en témoignant de l’Évangile. Notre communauté paroissiale est une « petite bergerie » qui ne demande qu’à s’agrandir, et où chacun a une mission : attirer d’autres frères vers la bergerie du Seigneur !

Père Bertrand Cardinne

Troisième dimanche de Pâques 2017


30 avril 2017 L’espérance de Pâques

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Cet épisode des deux disciples d’Emmaüs nous touche beaucoup : on dirait qu’il a été raconté pour notre époque. L’abbé Pierre ne s’était pas trompé en appelant son œuvre « Emmaüs » ! Aujourd’hui (encore plus qu’autrefois), les hommes marchent et ne semblent pas avoir de but. Comme Cléophas et son compagnon, ils discutent en marchant, ils « s’interrogent », sont tout tristes de ne pas avoir de réponses ; et Jésus vient les rejoindre sur leur chemin. Les plus pauvres – ceux de l’abbé Pierre –, sont ceux que Jésus vient accompagner avec le plus d’amour. Ce ne sont pas les « riches ni les bien-portants » qui sont prêts à accueillir le Seigneur, mais ceux qui ont vraiment besoin de Jésus, ceux qui ne peuvent compter sur personne d’autre que Jésus.

Il est important de comprendre ce que ressentent vraiment ces deux disciples, car leur histoire nous ressemble. Ils avaient sans doute suivi Jésus un certain temps, ils avaient mis leur espoir en Lui (« Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël ! »). Et puis Jésus avait été condamné à mort, crucifié, et les disciples ont perdu tout espoir. Ils oubliaient sans doute le Psaume 15 que nous avons entendu tout à l’heure : « Tu ne peux m’abandonner à la mort, ni laisser ton ami voir la corruption ».
Ces disciples nous ressemblent lorsque nous aussi, nous oublions que le Seigneur est vainqueur. L’Évangile note quelque chose d’important : ils sont en train de quitter Jérusalem pour partir vers ce village d’Emmaüs. Quitter Jérusalem, cela veut dire quitter la Ville sainte, la ville où Dieu parle, la ville de la promesse ; cela veut dire que l’on abandonne tout espoir, toute possibilité d’être sauvé. En quelque sorte, en partant de Jérusalem, ces deux disciples ne laissent plus à Dieu la possibilité d’intervenir dans leur vie. Il me semble que c’est là la tentation la plus grande, pour eux comme pour nous : ne plus laisser Dieu agir, penser que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes car Dieu ne s’intéresse plus à nous. Et en particulier, l’une des conséquences : on ne prie plus. Combien de fois, dans notre vie, nous sentons-nous trop éloignés de Dieu ? Et nous ne laissons plus de place à Dieu : soit que nous pensions être trop pécheurs, soit que nous croyions que Dieu a d’autres choses à faire que de s’occuper de nous.

Ce que nous enseigne l’histoire d’Emmaüs, c’est quelque chose dont on parle peu (et qui pourtant est essentiel pour notre temps) : la vertu d’Espérance. Il ne s’agit pas seulement d’avoir un peu d’espoir, ou d’être optimiste, ou encore de répéter : « Demain ça ira mieux ! ». On peut toujours mettre son espoir dans une promesse, dans un bien matériel, dans un candidat à une élection… Mais ce n’est rien de tout cela qui nous donnera le vrai bonheur.
La vraie Espérance consiste à croire de tout notre cœur à l’intervention de Dieu. C’est parce que nous avons la foi (ou nous essayons de l’avoir !), que nous croyons que Dieu peut agir dans notre vie. Les disciples d’Emmaüs, qui connaissaient les promesses de Dieu faites au peuple d’Israël, avaient sans doute encore un peu de foi… mais ils n’avaient plus l’Espérance : en eux, la tristesse l’emportait sur tout le reste. Ils ne croyaient plus en la puissance de Dieu, qui peut dépasser la mort de Jésus. Et la Résurrection est justement le signe le plus extraordinaire, la vraie raison d’espérer : si la Vie est victorieuse, alors tout est possible !

Comment vivre dans l’Espérance ? En mettant notre confiance dans les promesses du Christ, et dans la grâce de l’Esprit de Dieu. En recherchant le vrai bonheur, le bonheur éternel ! au lieu de mettre notre bonheur dans des petites choses temporaires. Et pour chercher le bonheur éternel, savoir faire les bons choix dans la vie quotidienne, mettre le Seigneur au premier rang, comme source de tout le reste.
Et comment entretenir l’Espérance ? D’abord par la prière, que nous ne devons jamais oublier. Prier, c’est se tenir face à Dieu, dans l’amour, et tout attendre de Lui : être certains qu’Il agit chaque jour de notre vie. Et ensuite, c’est dans l’amour fraternel que nous entretenons l’Espérance : en espérant en Dieu, on espère dans la possibilité d’aimer, de nous réconcilier avec nos frères, par l’amour qui vient de Dieu.

Les disciples d’Emmaüs avaient perdu l’Espérance, et leur vie n’avait plus aucun sens. En rencontrant Jésus, ils ont compris que le Seigneur accomplissait toutes ses promesses : rien n’est impossible si nous croyons, si nous espérons en Dieu !

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de Pâques 2017 (Divine Miséricorde)


23 avril 2017 Convertir une communauté par la Miséricorde

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Le jour de Pâques est le jour de la foi : le moment par excellence où notre foi est recréée et raffermie par la Résurrection du Seigneur Jésus. Apparemment, pour certains, Pâques n’est pas encore le moment où ils entrent dans la foi… pour Thomas par exemple, qui n’était pas avec les autres Apôtres. La foi de Thomas devra attendre la semaine suivante : « Huit jours plus tard », dit l’Évangile (c’est-à-dire aujourd’hui), il va faire à son tour sa belle profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Et sa vie va en être transformée à jamais.

Tout ce que le Seigneur nous demande, c’est nous aussi d’entrer dans la foi qui transforme la vie. C’est dans cette foi que la communauté chrétienne se construit, depuis saint Pierre et saint Thomas, depuis la petite communauté des premiers temps jusqu’à aujourd’hui [avec les nouveaux baptisés et les futurs baptisés], en passant par tous les chrétiens qui nous ont précédés : c’est la même foi qui nous guide, la foi dans le même Seigneur ressuscité. C’est la même Église, la même communauté au fil des siècles ; et lorsque nous entendons la description de la vie des croyants (première lecture, Actes des Apôtres), nous devons être conscients que cette communauté “idéale” est aussi la nôtre ! « Les croyants avaient tout en commun, ils étaient assidus à l’enseignement, à la fraction du pain, aux prières… », c’est une description qui est toujours actuelle (dans la mesure bien sûr où nous nous nourrissons chaque dimanche de la présence du Seigneur !). Parfois, nous avons le sentiment que l’enthousiasme des premiers jours s’est un peu atténué ; que la dimension rayonnante de la communauté chrétienne n’est plus ce qu’elle était. Et pourtant, aujourd’hui comme hier (et malgré nos péchés), le Seigneur ne cesse d’agir par sa Résurrection dans nos vies, dans son Église. Il vient sanctifier nos relations humaines, les ressusciter pour que nous vivions dans la charité et le partage.

Cette société idéale des premiers chrétiens, la louange, l’« allégresse et la simplicité de cœur » : tout cela est à notre portée si nous vivons de la Résurrection. Tout homme aspire à une société idéale, pacifiée ; il n’y a qu’à voir les débats passionnés liés à l’élection de ce dimanche ! Les candidats sont à peu près d’accord sur leur désir de gouverner un pays en paix, avec des citoyens heureux… mais les recettes pour y parvenir sont très différentes. Alors comment vivre en communauté dans la paix et la joie ? Que peut nous dire l’Église sur les moyens d’y parvenir ?
Soyons-en convaincus, ce ne sont pas des mesures politiques qui donnent le vrai bonheur : le Président que nous élisons n’est pas le Sauveur de l’humanité. Les décisions politiques ont leur importance, elles peuvent favoriser le bien (ou le mal), mais elles ne changent pas l’homme. Seules les dictatures, les idéologies meurtrières, ont prétendu transformer l’être humain – et cela s’est mal terminé. C’est seulement l’action de l’Esprit de Dieu qui peut transformer l’homme, parce qu’Il le fait de l’intérieur. Voilà le sens de l’acte de foi de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu », cela veut dire que Thomas reconnaît l’action de Dieu par la Résurrection. Il est entré dans une nouvelle manière de vivre, un nouveau “style de vie” guidé par la Résurrection du Seigneur. A partir du moment où l’on décide de croire à la Résurrection, on s’ouvre à l’action de Dieu ; on n’est plus centré sur soi-même, sur ses propres désirs et sur ses impressions, on cesse de se considérer soi-même comme la source de toute vérité : on accepte que le Seigneur nous montre le bon chemin. Et en s’ouvrant au Seigneur, on s’ouvre en même temps à la charité fraternelle ; on devient porteur de paix et de générosité pour les autres.

Le seul facteur de paix et de joie qui puisse réellement transformer notre société, ce ne sont pas les élections : c’est la foi en la Résurrection. Ce dimanche après Pâques est aussi appelé « Dimanche de la divine Miséricorde », parce que la Résurrection nous ouvre à la Miséricorde de Dieu ; la Miséricorde vient soigner les cœurs blessés, sanctifier les relations entre les hommes, apaiser les rancunes, donner le pardon. Si nous voulons vivre dans la paix et la charité, vivre dans une société qui soit vraiment humaine, nous devons construire nos relations sur le Christ ressuscité. Aujourd’hui comme hier, Il crée en nous la Miséricorde qui transforme nos rapports humains.

La communauté humaine se construit bien sur le cœur de l’homme. Si nous pouvons espérer quelque chose de la politique, c’est qu’elle laisse les citoyens chercher la Vérité et l’Amour ; qu’elle ne contredise pas la quête spirituelle des hommes, mais qu’elle sache s’ouvrir à une Miséricorde qui la dépasse. A l’exemple de la première communauté chrétienne, que l’Église d’aujourd’hui sache donner à notre pays (et à notre futur Président) l’exemple de la paix et de la charité !

Père Bertrand Cardinne

Vigile de Pâques 2017 (avec baptêmes d’adultes)


16 avril 2017 Un chemin de foi à la suite des prophètes

Avant de lire l’homélie, je médite toutes les lectures de cette Nuit très sainte.

La rencontre avec le Christ ressuscité est l’événement le plus important qui puisse jamais arriver à quelqu’un. « Marie-Madeleine et l’autre Marie » étaient abattues ; elles avaient vu mourir Jésus il y a deux jours, et tous leurs espoirs avaient disparu. Or voici qu’elles font une expérience unique : en rencontrant Jésus (après avoir constaté que le tombeau était vide), elles vivent l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu, depuis le début du monde. Depuis que Dieu parle aux hommes, depuis que l’homme s’était détourné de Dieu, la Victoire était promise aux hommes ; et c’est en ce jour – en ce Soir très saint – que cette Victoire nous est donnée, que la mort est détruite, que l’homme entre dans la Vie éternelle par la réconciliation avec Dieu.

La Veillée de Pâques, chaque année, est l’occasion de revivre une longue histoire, l’histoire des promesses de Dieu. Nous nous sommes assis, nous avons pris le temps d’écouter paisiblement ; nous avons entendu les récits de ces promesses au fil des siècles, en commençant par la Création du monde. Il s’agit bien d’une histoire, non pas d’un mythe : l’histoire des relations entre Dieu et l’homme. L’homme, dans cette histoire, est sans cesse en mouvement entre foi et doute, entre amour et haine, entre écoute de Dieu et désobéissance. Dieu, Lui, ne change pas d’avis et ne se contredit pas ; mais Il accompagne les hommes sur leurs chemins. Il adapte sa Parole aux hommes pour être compris ; Il nous parle à travers des mots, des événements, qui nous touchent dans notre situation de chaque instant.
En écoutant ces récits, nous avons vu comment le Seigneur donnait aux hommes tout ce dont ils avaient besoin pour vivre. Il leur apprenait le sens de leur vie, la signification du monde dans lequel ils vivaient ; Il ne cessait de les sauver. Si cette histoire nous rejoint aujourd’hui, c’est qu’elle est actuelle : elle continue avec nous ! L’histoire du dialogue entre Dieu et les hommes n’a jamais cessé. Aujourd’hui encore, le Seigneur continue de nous révéler qui nous sommes, et à quoi nous sommes appelés ; Il continue de nous enseigner à aimer, à discerner le bien et le mal… comme Il le fait depuis le début. Mais maintenant, Il le fait à travers par la Grâce du Christ et de l’Église.

Cette Histoire biblique (qu’on appelle aussi « Histoire sainte ») est une chance pour nous, car nous en faisons partie. Dieu n’accorde pas ses dons “une fois pour toutes”, en nous laissant nous débrouiller avec ! Il donne ses bienfaits, peu à peu, avec une infinie délicatesse. Il nous fait progresser au long du temps, en respectant notre rythme et nos capacités. Et cela nous rappelle que nous aussi, nous sommes inscrits dans le temps : nous avons à grandir sans cesse dans la foi, dans l’amour. C’est le même Seigneur pour tous, mais chacun avance à sa vitesse selon les dons du Seigneur. La foi qui est celle de Morgane, celle de Céline (qui vont recevoir dans un instant le don de la foi) ; la foi de chacun de nous ; la foi d’un enfant ; la foi de son père, de sa grand-mère ; la foi de Moïse, d’Abraham ; la foi du Pape… toutes viennent du Dieu unique, mais toutes sont différentes selon notre propre itinéraire. Dans le peuple de Dieu, chacun est personnellement aimé et accompagné par le Seigneur : chacun a sa propre « Histoire sainte ».

Cependant, il faut faire attention. Chacun a son chemin, mais ce chemin ne nous appartient pas : il appartient à Dieu, car c’est Lui qui nous conduit. Si nous voulons suivre un chemin qui soit pleinement un chemin de vie, il s’agit de nous laisser guider là où le Seigneur nous conduira ; et ce ne sera pas nécessairement là où nous aurions voulu aller ! Ces magnifiques figures de foi dont nous avons entendu les récits, ont accepté (parfois avec difficulté) d’entrer dans une confiance en Dieu qui a bouleversé leur vie. A leur exemple, en cheminant avec Dieu (et vous particulièrement, Céline et Morgane), nous avons à laisser le Seigneur nous guider dans la bonne direction ; accepter de vivre dans la confiance, comme des enfants de Dieu, et nous détacher de notre orgueil.

Par exemple :
– En écoutant le récit de la Création du monde, nous comprenons que nous sommes créés : qu’à l’origine de notre vie – de notre chemin –, il y a l’Amour de Dieu. Nous ne nous créons pas nous-mêmes ! C’est l’expérience de la dépendance envers quelqu’un.
– Avec Abraham, nous apprenons à remettre entre les mains de Dieu tout ce que nous avons, et ce à quoi nous tenons : comme Abraham a accepté de donner au Seigneur son propre fils.
– Avec Moïse, nous apprenons à entrer dans l’eau, à prendre des “routes inondables” où Dieu seul pourra nous secourir : acte de foi.
– Avec le Seigneur Jésus, nous apprenons enfin à étendre les bras sur la Croix ; car pour vivre éternellement, il faut d’abord accepter de mourir. Le saut de la foi dans l’inconnu, dans la nuit de la mort, conduit à la Résurrection et à la joie éternelle !

Pour chacun de nous, le chemin de foi est toujours ouvert. Depuis le début, malgré les péchés des hommes, Dieu ne se décourage jamais de nous accompagner. Et en cette Nuit très sainte de Résurrection, le Peuple de Dieu continue de vivre son Histoire sainte : il y a des milliers de baptêmes qui sont célébrés dans toute l’Église, dans le monde entier, et ce sont autant de résurrections, de renaissances pour les nouveaux baptisés. Pour vous aussi, Céline et Morgane, ce sera une nouvelle naissance, le début d’un chemin de foi avec le Seigneur, à la suite des prophètes et des Saints. Vous allez ressusciter avec Jésus, et Dieu vous accompagnera sur votre chemin, pour toute votre vie : nous rendons grâce à Dieu, et nous prions pour vous !

Père Bertrand Cardinne

Cinquième dimanche de Carême 2017


2 avril 2017 La vie, la mort.

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce cinquième dimanche de Carême, nous entrons plus particulièrement dans le temps de la Passion, le temps où nous revivrons de près les événements de la mort et de la Résurrection du Seigneur Jésus. La Semaine sainte (à partir des Rameaux, dimanche prochain) sera le centre de l’année chrétienne : nous accompagnerons Jésus sur son chemin, en méditant sur le sens de ce qu’il va traverser pour nous. Or, que va-t-il se passer ? Jésus va passer par la mort et entrer dans la Vie. La mort, la vie, ce sont des mots que l’on utilise fréquemment… mais avec Jésus, nous pouvons méditer sur ce qu’ils veulent dire, et y trouver la vraie signification pour donner un sens à notre vie (et à notre mort). A travers l’épisode où Lazare revient à la vie, nous anticipons déjà la résurrection du Seigneur, et celle des futurs baptisés de Pâques.

On peut dire que tout au long de la Bible, le peuple d’Israël prend conscience du pouvoir de la mort. Lorsqu’il est fidèle à Dieu, Israël vit heureux ; mais trop fréquemment, son infidélité l’empêche de vivre pleinement avec Dieu. Le prophète Ézéchiel nous en donne un témoignage à travers la promesse du Seigneur (première lecture) : « Je vais ouvrir vos tombeaux ; je mettrai en vous mon Esprit, et vous vivrez : je vous ramènerai sur la terre d’Israël ! ». Le peuple est en exil à Babylone, loin du Seigneur : non seulement il vit dans le désespoir, mais encore il meurt dans un pays étranger. Dieu lui promet donc la vie et le retour en Terre promise : vivre vraiment, c’est vivre fidèlement devant Dieu, dans son pays.
De la même manière, saint Paul, dans l’Épître aux Romains (deuxième lecture), nous parle de la vraie vie, celle qui vient de l’Esprit. « L’Esprit vous fait vivre, puisque vous êtes devenus des justes ». Être des justes, c’est être en harmonie avec le Seigneur, écouter sa voix et suivre ses commandements ; et tout cela est un don de Dieu, qui rend profondément heureux. La vie véritable consiste à vivre sous le regard de Dieu, en communion avec Dieu ; Jésus nous en donne le modèle, et grâce à Lui nous pouvons vivre pleinement comme enfants de Dieu. Saint Irénée, le grand évêque de Lyon, écrivait : « La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu ».

Ainsi, quand le Seigneur nous parle de la Vie, Il donne une toute nouvelle dimension à ce que nous appelons “vivre”. En préparant la fête de Pâques, la fête de la Résurrection, nous prenons le chemin de Jésus, qui traverse la mort pour entrer dans une nouvelle Vie. Et cette nouvelle Vie dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Dieu ne veut pas se limiter à nos visions un peu “étriquées” de la vie : quand on entend qu’il faut « profiter de la vie », «savourer chaque instant », « jouir de l’existence », ce n’est pas ainsi que le Seigneur veut nous faire vivre ! Il ne s’agit pas de goûter une vie éphémère en attendant la mort, mais de recevoir cette Vie en plénitude telle que le Seigneur nous la propose. Et c’est cette même Vie dans laquelle les catéchumènes vont entrer en recevant le Baptême.
Dieu veut donner une dimension infinie à notre vie : non pas plus tard, mais dès maintenant par sa présence. Une vie infinie en beauté, et en éternité. Nous avons tous le désir de l’éternité, de l’infini, car nous sommes faits pour cela. Nous ne sommes pas nés pour « jouir de la vie » ! Celui qui ne vit que pour soi-même – pour profiter des plaisirs de la vie –, celui-là est en fait déjà mort. Nous ne pouvons pas nous contenter de petites choses, de petits plaisirs, car notre cœur aspire à quelque chose d’immense. Et Dieu seul peut nous donner l’infini.

La résurrection de Lazare est un signe étonnant qui nous touche beaucoup, car nous sommes parfois confrontés à la mort ; et Jésus Lui-même, face à la mort de son ami, ne peut s’empêcher de pleurer. Mais cette résurrection n’est que le signe de quelque chose de plus grand : celui qui croit en Jésus, « même s’il meurt, vivra », car Jésus « est la résurrection et la vie ». La foi, la confiance en Jésus, permettent de traverser la mort sans crainte. Le baptême à la suite de Jésus est déjà une Résurrection, qui nous fait entrer dans la Vie éternelle où l’Amour de Dieu est vainqueur.
Le pouvoir de la mort n’a donc plus prise sur les baptisés : là où le peuple d’Israël courait le risque du désespoir (car il était éloigné du Seigneur), les chrétiens savent que rien ne peut les séparer de l’Amour qui fait vivre. Le Seigneur ne se contente pas de nous “ramener à la vie” comme Il l’a fait pour Lazare, mais Il donne une Vie de bonheur éternel à ceux qui se laissent ressusciter, réconcilier avec Lui. La mort nous séparait de Dieu : avec Jésus nous renaissons à la joie éternelle !

Père Bertrand Cardinne

Quatrième dimanche de Carême 2017


26 mars 2017 La joie de voir

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Jésus a touché mes yeux, et maintenant je vois ! » C’est le cri du cœur de cet homme qui était né aveugle, et que le Christ guérit. Nous connaissons l’importance du symbole de la lumière dans la foi chrétienne ; et face à la lumière de Dieu, il n’y a rien de pire que d’être aveugle, de demeurer dans les ténèbres. C’est Dieu qui illumine notre route et nous fait rencontrer nos frères : sans la lumière de Dieu, si nous ne voyons pas (ou si nous refusons de voir), alors nous ne pourrons pas discerner l’action de Dieu, et nous ne pourrons pas non plus entrer en relation avec les hommes.

Sur ce chemin de Carême, nous sommes donc invités à voir. Particulièrement, les catéchumènes, qui se préparent au baptême, vont recevoir ce que les premiers chrétiens appelaient l’« illumination ». Non pas pour devenir des « illuminés » ! mais pour être éclairés par le Seigneur. Les catéchumènes, comme l’aveugle, désirent de tout leur cœur retrouver la vue, être « libérés de l’erreur qui enferme et qui aveugle » [prière du scrutin]. Dieu montrait au prophète Samuel (première lecture) que « les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur » : apprendre à voir au cœur des choses, voir ce que Dieu accomplit dans nos vies, rejeter les apparences, les impressions trompeuses, les fausses lumières… tout cela est un don de Dieu, qui est donné au baptême et pour lequel nous devons prier avec persévérance !
La grâce du baptême permet donc de devenir, comme l’a dit saint Paul tout à l’heure, des « enfants de lumière ». La lumière de Dieu agit pour guérir les aveugles, pour transformer les hommes ; et nous qui sommes baptisés, nous ne devons jamais oublier que nous sommes « enfants de lumière ». Cette lumière vient éclairer nos yeux, pour voir et discerner le bien à faire, le mal à éviter ; et cette lumière éclaire encore tout notre comportement.

Saint Paul nous fait aussi remarquer qu’il y a beaucoup de choses qui se font dans les ténèbres, et qui se donnent une belle apparence ; au temps de Jésus, par exemple (comme Jésus Lui-même le fait remarquer plusieurs fois), les pharisiens se donnaient en pleine lumière l’apparence de la piété, de la charité ; mais dans le secret, beaucoup étaient hypocrites. Jésus est venu, comme dit saint Paul, pour « démasquer et rendre manifeste par la lumière » ce qui est caché. Nous aussi, avec la lumière du Christ, nous avons la possibilité de démasquer les hypocrisies du monde ; de dire comme l’aveugle : « Maintenant, je vois ! »
Nous voyons par exemple, dans la lumière du Christ, la dignité de chaque personne, même celle, handicapée ou malade, qu’on voudrait éliminer au nom d’une soi-disant générosité. Nous voyons aussi les intentions obscures de ceux qui se présentent comme des philanthropes, mais ne recherchent que l’argent ou le pouvoir… Nous devons donc prier sans cesse l’Esprit saint pour qu’Il nous éclaire face aux mensonges. Et nous devons aussi être témoins de la lumière du Christ, surtout à notre époque où tant de nos frères sont privés de cette lumière.

On peut d’ailleurs être étonné de la réaction des pharisiens dans ce passage de l’Évangile : ils devraient se réjouir de cette guérison, mais au contraire, ils semblent scandalisés que l’aveugle se mette à voir. Pourquoi ? Il me semble que ces pharisiens représentent tous ceux qui n’ont pas envie que les gens voient, car cela ne sert pas leur intérêt. Je pense surtout aux enfants d’aujourd’hui : beaucoup des enfants (et des jeunes) ont une véritable soif de prière, ils ont le désir de comprendre le sens de leur vie, de connaître le Seigneur. Or on étouffe leur soif, on les maintient dans l’obscurité, le matérialisme, la recherche de plaisirs faciles : on en fait des consommateurs, car notre société a besoin de consommateurs ! On les empêche de voir, et on les prive de la vraie joie, celle qu’a éprouvée l’homme de l’Évangile : « J’étais aveugle, et maintenant je vois ! »

C’est donc cette joie que nous sommes appelés à retrouver, nous qui sommes baptisés ; et cette même joie de voir, les futurs baptisés l’éprouvent de plus en plus au cours de ce Carême, jusqu’au moment de l’« illumination ». Dieu nous appelle à Sa lumière qui est la seule vraie lumière : pour voir Dieu, pour « croire au Fils de l’homme » comme l’aveugle, pour recevoir la lumière, il s’agit de renoncer aux ténèbres, nous convertir, lever les yeux vers Lui ! Et nous accueillerons la Sagesse lumineuse de Dieu, celle qui ne nous fait pas regarder à l’apparence, mais qui nous fait voir le cœur.

Père Bertrand Cardinne

Troisième dimanche de Carême 2017


19 mars 2017 Hydratés par l’Esprit saint !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Sur notre chemin de Carême, nous rencontrons des images qui nous apprennent, petit à petit, à nous convertir au Seigneur. Au début, nous sommes entrés dans le désert avec Jésus ; puis nous avons vu, dimanche dernier, la lumière du Christ qui nous illumine déjà ; et aujourd’hui, à travers l’épisode de la rencontre de Jésus et de la femme de Samarie, nous avons le symbole de l’eau. « Celui qui boira l’eau que je lui donnerai, n’aura plus jamais soif : cette eau deviendra en lui une source, qui jaillit pour la vie éternelle ! » Même si nous ne vivons pas dans un pays particulièrement aride (comme les Hébreux au désert dans la première lecture), nous sommes bien conscients de la nécessité de l’eau pour la vie : au point que l’eau est devenue le symbole essentiel de la vie. Dans le Livre de l’Exode, avec le passage de la Pâque, l’eau de la mer Rouge est aussi symbole de mort ; nous méditerons sur ce sujet plus tard dans le Carême.

Que pouvons-nous comprendre lorsque Jésus parle de cette « eau vive » à la Samaritaine ? Il donne une dimension nouvelle à ce dialogue en parlant de l’adoration : « Les vrais adorateurs, que recherche le Père, adoreront en esprit et en vérité ». Il ne s’agit pas simplement d’une eau matérielle, mais d’une eau qui fait entrer dans une relation nouvelle avec Dieu. Celui qui reçoit cette eau se trouve transformé, sanctifié, prêt à « adorer le Seigneur », c’est-à-dire à accomplir pleinement sa vocation.
L’eau imprègne toute la personne, permet de faire dans la joie et dans la paix ce qu’on ferait difficilement dans la sécheresse. L’eau pénètre à l’intérieur, fait fonctionner notre corps humain, et le résultat se voit à l’extérieur : ce qui est symbolisé ici, c’est le don de l’Esprit saint, l’Esprit de Dieu qui est proposé à tout homme. De la même manière que l’eau est un don absolu de Dieu, que l’homme ne peut pas créer, et sans lequel il ne peut rien faire : ainsi, l’Esprit de Dieu est un don de Dieu, un don indispensable sans lequel rien n’est possible.

Jésus nous parle ainsi de l’eau pour nous faire ressentir notre dépendance envers Dieu notre Père. Avons-nous conscience de la nécessité de vivre dans l’Esprit de Dieu, en nous laissant conduire par cet Esprit ? Sans le don de l’Esprit, nous n’avons aucune possibilité de vivre pleinement, dignement. C’est l’Esprit qui nous dit qui nous sommes, enfants de Dieu ; c’est dans l’Esprit que nous pouvons prier, nous tourner vers Dieu ; c’est l’Esprit qui nous permet de pardonner, d’aimer ; c’est encore l’Esprit qui nous éclaire sur les choix à faire, sur les décisions à prendre pour agir bien.
En ce temps de Carême, nous nous rappelons donc que le Seigneur nous a donné son Esprit au baptême, pour qu’Il vive en nous. N’oublions pas ce don ! Et lorsqu’à la Veillée pascale, des personnes recevront le baptême devant nous, regardons-les comme ce qu’elles sont devenues : de nouveaux Temples de l’Esprit saint !

Agir selon l’Esprit, c’est donc « ne plus jamais avoir soif », comme le dit Jésus. Tout se fait sereinement, dans la joie, avec réflexion et prudence : nous sommes “hydratés” par l’Esprit saint ! Saint Paul, méditant sur ce don de l’Esprit, nous a dit tout à l’heure : « L’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit saint ». L’espérance consiste à faire confiance à Dieu qui agit, et qui guide le monde : et Dieu a voulu agir par nous, les baptisés.
Ainsi, dans l’Esprit saint, nous savons que ce que nous faisons ne reste pas sans fruit ; dans l’Esprit saint, toutes nos actions acquièrent une dimension d’éternité. Avec Jésus, dans l’Esprit, nous pouvons offrir à Dieu tout ce que nous sommes, tout ce que nous faisons.

A chaque Eucharistie, nous pouvons faire cette offrande à travers le pain et le vin, qui vont être consacrés par l’Esprit saint : « Seigneur, tout ce que j’ai, mes belles actions comme mes péchés, je Te les offre dans l’Esprit. Et je sais que Ton Esprit viendra tout sanctifier, pardonner, transformer ». Comme Jésus le demande à la Samaritaine, Il nous demande, à nous, un peu d’eau ; mais de cette eau Il fait une source, un fleuve qui nous comble. Avec Lui, nous n’avons plus jamais soif, car Il habite en nous et sanctifie toute notre vie !

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de Carême 2017


12 mars 2017 Retrouver en nous la Gloire de Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

C’est une très ancienne tradition dans l’Église, que de lire cet épisode de la Transfiguration du Seigneur au cours du deuxième dimanche de Carême. Après nous avoir fait partir “au désert” avec Jésus (dimanche dernier), l’Église veut nous montrer dès maintenant le but de ce Carême : la Lumière de Dieu, la splendeur de Jésus ressuscité à laquelle nous participerons nous-mêmes à Pâques. Ce Carême est d’abord un chemin de lumière, une promesse de Vie : pour nous et surtout pour les catéchumènes qui seront baptisés à Pâques. C’est donc une anticipation que nous contemplons aujourd’hui, comme les disciples : pour Pierre, Jacques et Jean, cette vision de la Gloire de Jésus a été une annonce de la Résurrection.

Voir aujourd’hui la Gloire de Jésus, la contempler, entendre la voix du Père qui dit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé », tout cela nous rappelle que nous sommes nous-mêmes appelés à cette Gloire par le Christ. Notre baptême fait de nous des images du Christ, des fils bien-aimés, nous aussi, du Père ! Est-ce que nous sommes conscients de cela ? Comme le disait saint Léon le Grand (pape au Ve siècle), « Chrétien, prends conscience de ta dignité ! ». A Pâques, nous renouvellerons les promesses de notre baptême : rappelons-nous donc que le baptême est l’entrée dans une nouvelle Vie, une participation à la Gloire de la Résurrection de Jésus.
Notre messe dominicale par exemple, qui est le rassemblement des baptisés, comment la vivons-nous ? Est-ce seulement un moment de prière, un temps fraternel, un club d’amis qui se retrouvent ? La messe, c’est l’entrée dans la Gloire de Dieu qui transforme tous les hommes. Cela s’exprime par des choses apparemment simples : lectures de la Parole, communion, prière, charité fraternelle… ; mais en fait, cette Eucharistie a une portée infinie. Dieu se manifeste, Il donne un sens à toute notre vie et à toutes nos activités ; le Ciel descend sur la terre, Dieu nous parle face à face et Se donne à manger ; Il fait de nous des images de sa Gloire et nous envoie vivre comme Jésus au milieu de nos frères : nous sommes porteurs de Dieu. Ce n’est pas exagéré de redire les paroles d’une célèbre lettre du IIe siècle (Épître à Diognète) : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ! ». Oui, nous sommes transformés – et même, comme Jésus, « transfigurés » – par cette présence de Dieu en nous. En quittant l’église, ce soir et demain nous commencerons une nouvelle semaine ; mais cette semaine ne sera pas la même, car nous aurons reçu ici quelque chose de la Gloire de Dieu ; comme Pierre, Jacques et Jean, qui n’ont certainement pas été les mêmes lorsqu’ils sont redescendus de la montagne après avoir contemplé la Gloire du Fils de Dieu !

Ce que nous avons vu aujourd’hui, ce qu’ont contemplé les disciples, nous ne pouvons pas le garder pour nous-mêmes. Je pense particulièrement aux catéchumènes, y compris ceux qui n’en sont qu’au début de leur parcours (et qui seront peut-être baptisés l’an prochain ou plus tard). Que vont-ils recevoir au baptême ? Non pas des “valeurs chrétiennes”, ni simplement une parole ou des commandements : par le baptême, ils vont recevoir la Vie éternelle. En ressuscitant avec le Christ, ils vont entrer dans un domaine entièrement nouveau, ils vont accueillir en eux la Lumière de la Gloire de Dieu qui les illuminera tout au long de leur vie ; ils deviendront eux-mêmes des lumières pour le monde, pour porter à tous les hommes l’Amour de Dieu.
Pour eux comme pour nous, le Carême est donc ce chemin qui conduit à la Lumière de Dieu ; il s’agit de s’orienter tout entiers vers la Résurrection. Alors comment vivre ce temps de Carême ? La meilleure manière de tirer avantage du Carême, c’est de prendre les moyens pour accueillir cette lumière, et la faire luire auprès de nos frères. La lumière dont nous sommes porteurs depuis notre baptême est intacte ! mais nous avons tendance à l’étouffer par nos négligences, nos péchés, nos manques de générosité… Il y a un travail de nettoyage, de “dépoussiérage” à faire, et c’est tout l’intérêt du Carême. Pour retrouver cette Gloire de Dieu un peu enfouie, il nous faut renoncer aux fausses lumières qui nous rassurent à bon compte et nous séparent du Seigneur. C’est ce qu’on appelle le « combat spirituel », qui consiste à lutter contre notre propre égoïsme pour adhérer pleinement à la grâce de Dieu, pour faire confiance à Dieu, croire de tout notre cœur qu’Il veut notre bien.

Oui, la Gloire est au bout du chemin : comme Abraham (première lecture), il s’agit de partir, de quitter notre confort pour nous confier entièrement à l’Amour du Seigneur. Prions particulièrement pour les catéchumènes, afin qu’ils prennent ce chemin, qu’ils voient la Gloire de Dieu et se reconnaissent comme enfants bien-aimés !

Père Bertrand Cardinne

Premier dimanche de Carême 2017


5 mars 2017 Réalité du péché, chemin de réconciliation

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec Jésus, nous voici donc au désert pour quarante jours. L’expérience du désert est celle de la solitude, du jeûne, du dénuement ; mais surtout, c’est une invitation à faire l’expérience de l’amour de Dieu. Autour de nous dans la vie quotidienne, tant de choses nous mobilisent, nous sollicitent ! Nous sommes tentés de tous côtés, sans même nous en rendre compte. Mais au désert, les choses sont plus claires, comme nous le voyons dans l’Évangile : il y a Dieu seul… et puis il y a aussi l’Adversaire, le tentateur. Au désert nous sommes appelés à faire le vrai choix des enfants de Dieu ; nous faisons la Vérité sur nous-mêmes et sur Dieu. C’est tout le but de ce Carême, que de nous remettre en vérité sous le regard de Dieu.

Or la Vérité de notre existence, c’est que le Christ est venu pour nous sauver de notre péché ; et donc, que nous sommes pécheurs ! C’est une vérité bien difficile à accepter, et nous essayons la plupart du temps de glisser dessus car elle nous embarrasse ; et pourtant, il est essentiel de se reconnaître pécheur. Sinon, comme l’écrit saint Jean, « si nous disons que nous n’avons pas péché, nous faisons de Lui un menteur » (1Jn 1,10). Aujourd’hui, on trouve beaucoup d’experts pour nous expliquer nos faiblesses psychologiques, les séquelles de tel ou tel événement sur notre psychisme… mais qui osera dire cette vérité toute simple : nous choisissons parfois librement de faire le mal, donc nous sommes pécheurs !
Il ne s’agit pas de nous morfondre dans la culpabilité, mais de nous connaître nous-mêmes. Et surtout, de laisser le Seigneur Jésus vaincre en nous le péché, comme nous y exhortait saint Paul pendant la messe du mercredi des Cendres : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » (2Co 5,20).

Alors, quelle est cette réalité du péché ? Nous avons entendu le récit classique, dans la Genèse, du « premier péché », qui est l’acte libre d’un homme et d’une femme ; et ce récit a été éclairé par les paroles de saint Paul (deuxième lecture) : « Par un seul homme, le péché est entré dans le monde, ainsi que la mort ; et par un seul homme, Jésus-Christ, les hommes ont reçu la vie et la grâce qui rend juste ». Nous sommes héritiers de ce péché, nous en sommes marqués ; et aujourd’hui, nous pouvons dire que cette réalité nous est bien proche, car nous nous y reconnaissons. A l’origine il y a la méfiance envers Dieu – exprimée par le serpent tentateur : l’idée que Dieu veut nous limiter arbitrairement, nous empêcher d’être nous-mêmes ; et que si nous désobéissons à Dieu, nous aurons l’intelligence, nous « serons comme des dieux », décidant nous-mêmes du bien et du mal (c’est bien cette idée qui domine aujourd’hui !). Au lieu d’avoir confiance en Dieu, d’accueillir ses dons avec gratitude, l’homme se méfie de l’amour de Dieu ; la méfiance engendre la tentation, puis le péché… puis la séparation d’avec Dieu, et le malheur.

Le Carême nous permet donc de nous rappeler cela : ce péché est à la source du malheur des hommes. Et en même temps, le Carême nous permet de commencer un nouveau cheminement, pour que le péché n’ait pas le dernier mot : un cheminement libre qui nous conduira à être sauvés par le Christ ressuscité. Le Carême est un chemin de liberté : être pleinement libre, ce n’est pas s’affranchir de Dieu, mais c’est au contraire Lui faire confiance pour conduire notre vie.
– Les catéchumènes (qui seront appelés au baptême cet après-midi à Voiron par notre évêque) apprennent à être libérés de la méfiance et de la tristesse ; ils font une démarche de pénitence, de conversion, pour consacrer leur vie au Seigneur.
– Nous, les baptisés, vivons aussi cette libération grâce aux pratiques du Carême (jeûne, prière, partage) qui nous font retrouver l’essentiel ; nous reconnaissons nos péchés dans le Sacrement de réconciliation, et nous sommes ainsi plus libres pour faire confiance au Seigneur.

Au désert, Jésus nous enseigne à rejeter les tentations : là où le démon avait introduit la méfiance dans les relations entre Dieu et les hommes, Jésus rétablit la confiance. Il nous rappelle des choses fondamentales : l’homme ne se sauve pas lui-même, il ne se nourrit pas d’abord de son propre pain, mais il vit de la Parole et de l’Amour de son Père. Nous assistons ainsi à la victoire du Christ sur le péché, qui sera pleinement accomplie à la Résurrection ; et dès maintenant, nous participons à cette victoire. Au fil du Carême, nous sommes appelés à vivre de cette certitude : le mal n’est plus vainqueur, notre péché est détruit par le Christ, nous sommes libérés, sauvés !

Père Bertrand Cardinne