Fête de la Pentecôte 2018


20 mai 2018 Se laisser guider par l’Esprit !

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour.

L’homme moderne aime avoir le gouvernail de sa vie, être autonome ; et parfois il voit en Dieu un concurrent ou un obstacle à son autonomie.
alors quand on lit dans les textes de ce matin les phrases  suivantes :
– Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière (Jn16)
– marchez sous la conduite de l’Esprit Saint,
-si vous vous laissez conduire par l’Esprit
– marchons sous la conduite de l’Esprit (Ga 5)
ça nous prend comme à rebrousse poil
Cependant, si saint Paul disait déjà aux Galates de ‘se laisser faire’, c’est que déjà un peu comme nos contemporains, et peut-être un peu comme vous ?, ils n’avaient pas très envie de se laisser faire, même par Dieu.

Car après tout, pourquoi se laisser faire ?

Commençons tout simplement par le commencement, qu’en dit Jésus ?
Jésus le dit ; alors essayons de le croire et de lui faire confiance : après sa résurrection, il annonce l’existence de cet Esprit, et qu’il sera donné, et qu’il faut l’attendre
pourquoi faire confiance ?
la 1ère lecture nous raconte que les tout-premiers disciples ont justement vécu cette arrivée, cette irruption de quelque chose de Dieu, comme une force, qui vient et qui change de l’intérieur la vie d’un disciple ; pour la décrire, ils utilisent l’image paradoxale, comme un « combo » de vent et de feu. Et on sent bien en lisant, que ce feu les brûle à l’intérieur, que ce vent les pousse ; et qu’ils osent proclamer le cœur de la foi, et puis –ce n’est pas un détail- que ça « marche », ça touche les cœurs qui sont en attente.

Alors oui, il y a lieu de laisser faire cet Esprit de Dieu, le laisser travailler en nous, le laisser nous guider,
Il nous étire, il nous permet d’aller au maximum de nos capacités humaines et spirituelles, qui sont plus grandes que ce que nous imaginons.
D’ailleurs, j’ai insisté lors de ma rencontre avec vous, mais je le redis à vous et à l’assemblée :

Il n’y a pas de révélation d’un bloc, l’Esprit de Dieu nous guide par un cheminement spirituel, qui va de découvertes en découvertes, (et puis quelques échecs au milieu parfois, mais on peut toujours se relever !) ; c’est un chemin de croissance.
Alors évidemment, il ne faut pas attendre d’avoir tout compris pour avancer ; car c’est bien le contraire qui se passe : c’est en avançant qu’on va grandir.
Je sais qu’il peut être insupportable de ne pas tout comprendre. , car on veut tout savoir, tout comprendre, tout maîtriser.
Mais Jésus lui-même nous dit dans l’Evangile :
«  J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. »
nous n’avons pas les capacités humaines et spirituelles pour tout accueillir d’un coup, par contre par le baptême et la confirmation, nous sommes rendus aptes – par Dieu- à avancer.
Jésus continue juste après et ajoute :
‘J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.’

Donc, se laisser guider par l’Esprit Saint, et en Église, avec les autres disciples, de Jésus, c’est aller sur un chemin qui mène à une plénitude.
c’est comme faire confiance à un guide en haute montagne ; non seulement connaît le bon chemin, mais qui vous permet d’y arriver par vous même ; car il ne vous porte pas mais vous guide.
ou comme un guide touristique dans les villes qu’on connaît pas pour découvrir et comprendre les trésors connus, et ceux cachés.
Alors là oui, on aime le laisser guider.
C’est pareil

qui dit se laisser guider, dit étapes ;
j’en ai repéré quelques uns pour vous, à partir de l’évangile :

  • attendre : attendez, vous recevrez une force
  • être attentif, souvent Dieu est discret ; si nos sommes trop occupés, si on ne s’arrête pas, on peut ne pas se rende compte qu’il est passé, qu’il est là.
  • accueillir : quand ça vient , n’ayez pas peur
  • discerner : tout ce qui vient n’est pas de dieu, apprendre à repérer ce qui vient de Dieu ; pour cela on a besoin d’aînés dans la foi, qui nos guide, on peut aussi parler avec un prêtre
  • obéir ; une fois qu’on a discerné et interpréter, ben, faut y aller ; et parfois, on a encore peur ; mais il faut justement, une fois encore , avoir confiance, que ce sera bien et bon, et en nos capacités, transformées par l’Esprit Saint
  • faire le point, un petit bila, relecture : alors, il s’est passé quoi, j’ai fait quel chemin, Dieu a fait quoi en moi, par moi ?

et alors, on repart pour une autre étape, et ainsi de suite
et ça , c’est beau ! ça donne de la joie, on découvre qu’en vivant ainsi, notre vie humaine a un goût différent, et qu’elle est bonne.

Témoigner
à un moment donné, vous ne croirez plus que pour vous-même, pour le bien que Dieu vous fait, mais vous croirez aussi, plus gratuitement, pour Dieu, pour qui il est , et même aussi pour les autres, pour leur vie, pour leur foi ; et alors, vous deviendrez de vrais disciples, des missionnaires, des serviteurs de l’Evangile, des messagers de la bonne nouvelle.
le fils de l’homme trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Luc 18)
pour que la réponse soit oui, aujourd’hui, me voici Seigneur, je m’engage . Et toi, Rends ferme ma foi.
Confirme-moi.

Amen.

Père Loïc Lagadec

Fête de l’Ascension 2018


10 mai 2018 Ascension, fête de l’Espérance

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette grande fête.

« Le Seigneur Jésus fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu ». On pourrait penser que ce départ remplit les Apôtres de tristesse, qu’ils reviennent chez eux complètement désespérés et que l’histoire s’arrête là… En fait, l’Évangéliste saint Marc a fait un petit raccourci : il a “oublié” de nous raconter l’épisode de la Pentecôte ! Si comme il le dit, les Apôtres partent « proclamer partout l’Évangile », si cet Évangile nous a été transmis et si nous le connaissons aujourd’hui, c’est d’abord parce que l’Église est remplie de l’Esprit de Dieu ; c’est la force de l’Esprit qui a continué ce magnifique mouvement de sainteté depuis deux millénaires, et qui nous donne, aujourd’hui encore, de recevoir l’Amour de Dieu et d’en vivre. C’est l’Esprit saint qui nous relie à Dieu, qui nous fortifie dans notre vocation d’enfants de Dieu, qui nous préserve du péché et du désespoir.

Au jour de l’Ascension, il s’est passé en fait deux choses. D’une part, Jésus est « enlevé au ciel », comme nous venons de l’entendre ; et d’autre part, une nouvelle attente commence pour les disciples. Nous n’attendons plus un Messie ou un nouveau prophète, comme autrefois : nous attendons l’accomplissement de la présence du Seigneur dans ce monde. Et c’est la même attente qui se prolonge depuis deux mille ans.
Les Apôtres, voyant Jésus remonter vers son Père, comprennent qu’il y a quelque chose de nouveau. Il est absent corporellement, et en un sens, c’est un motif de souffrance ! Car ils auraient mieux aimé continuer de Le voir face à face, ce qui serait rassurant pour eux. Mais Jésus est aussi présent d’une nouvelle manière : étant « à la droite de Dieu », Il est désormais partout dans ce monde créé par Dieu. Les Apôtres saisissent donc qu’ils devront vivre leur foi dans une nouvelle situation : Jésus n’est plus sur terre, mais Il n’est pas absent pour autant. Et cette situation elle-même est transitoire : Il reviendra accomplir pleinement sa promesse.

Cette attente, liée au départ de Jésus, porte un beau nom : c’est l’Espérance. L’Ascension est la fête de l’Espérance, et l’Espérance est un don de l’Esprit saint. L’Espérance, il est vrai, nous place dans une position d’attente. Mais il ne s’agit surtout pas d’une attente stérile, d’une vie triste et sans but en attendant le paradis. Notre Espérance chrétienne n’a rien de l’attente d’un voyageur sur un quai de gare (surtout en période de grève)… ni de l’attente d’un écolier qui s’ennuie ! C’est une attente joyeuse, et une certitude pleine d’amour : le Seigneur est déjà là, parmi nous. Si Louise reçoit aujourd’hui son Corps et son Sang (et cela devrait être pour nous une source inépuisable d’émerveillement), c’est parce qu’Il est là, qu’Il est présent ; et que depuis la Pentecôte, comme saint Marc nous l’a rapporté, « le Seigneur travaille avec les hommes et accomplit des signes ».
Alors oui, nous attendons, mais l’Espérance est bien plus qu’une simple attente. Nous espérons la venue de l’Esprit saint, ce don inépuisable que nous recevons progressivement. Et de manière plus radicale, nous espérons notre vocation ultime, le but de toute notre vie : la contemplation de la Gloire de Dieu, la Vie éternelle. Depuis que Jésus est remonté au Ciel, nous sommes des êtres en chemin, car nous savons que nous sommes appelés à Le rejoindre auprès de son Père. Nous ne pouvons pas nous installer dans un petit confort, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une situation fixée, car nous sommes appelés à aller toujours plus haut vers le Seigneur. Ce qui conduit notre vie, c’est ce désir de connaître éternellement la Vie de Dieu : tant que nous ne verrons pas Dieu face à face, il manquera toujours quelque chose à notre joie !

Pourtant, nous avons aussi entendu que les anges reprochaient aux Apôtres de rester là, à regarder vers le ciel. Notre Espérance n’est pas inerte : elle est active, parce que le Seigneur Lui-même est actif. C’est ce qui fait le propre de notre foi chrétienne : Dieu n’est pas simplement un juge qui récompensera les justes, mais Il agit aujourd’hui par sa Grâce. Nous vivons dès maintenant une anticipation du Royaume des cieux. Saint Paul nous parlait tout à l’heure des dons que Dieu faisait aux hommes « pour que se construise le Corps du Christ » : chacun reçoit des dons selon sa propre vocation, chacun est nourri, raffermi par la Grâce de Dieu et par les Sacrements.
Notre Espérance vient donc de l’Ascension du Seigneur Jésus, et elle est alimentée par les dons que Dieu ne cesse de nous faire. Si nous croyons, si nous espérons, alors comme le promet Jésus (Évangile du jour), nous sommes vainqueurs des démons, nous guérissons les malades : rien n’est impossible aux chrétiens qui vivent pleinement l’Espérance !

Père Bertrand Cardinne

Sixième dimanche de Pâques 2018


6 mai 2018 La civilisation de l’amour

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimez-vous les uns les autres », dit Jésus. Et saint Jean, qui rapporte ces paroles dans son Évangile, ajoute aussi dans sa Lettre : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres ». L’amour, tout le monde en parle tellement ! On ne sait plus très bien ce que cela signifie. Aimer, c’est un désir qui est profondément inscrit dans nos cœurs : tout le monde veut de l’amour.
Et pourtant, qui sait vraiment ce que veut dire aimer ? Qui sait aimer en vérité ? Nous devons reconnaître que ce n’est pas si facile. Même si l’amour semble répandu et désiré partout, c’est tout de même à cela qu’on doit reconnaître les disciples de Jésus : à ce qu’ils savent aimer en vérité. L’Église n’existe que pour transmettre l’amour au monde, et les chrétiens trouvent leur vocation principale dans la construction d’un monde où la valeur suprême soit celle de l’amour. Bâtir la « civilisation de l’amour », comme le disait le Pape Paul VI ! Car le monde a besoin de cela pour fonctionner vraiment. Ce qui fait avancer le monde et la civilisation, ce ne sont pas les conflits ni les guerres (analyse marxiste) ; ce n’est même pas le progrès scientifique et technique : c’est le don et l’amour. Si une société se construit sur l’amour, elle deviendra plus humaine. Et plus spécifiquement, comme le disait le Professeur Lejeune : c’est à l’attention donnée au plus petit, au plus pauvre, au plus fragile, qu’on reconnaît le degré de civilisation des hommes. Souvenons-nous de l’exemple récent de ce petit garçon, en Angleterre, qu’on a laissé mourir volontairement : cela devrait nous inquiéter sur notre humanité, sur la société que nous sommes en train de construire !

Mais alors, comment peut-on faire pour aimer vraiment ? Il est facile de dire : « Aimez-vous les uns les autres », d’affirmer que l’amour est une “valeur” importante… Tout le monde dit cela ; mais en pratique, il s’agit simplement d’aimer ses proches, aimer ceux qui sont semblables à soi-même. Or Jésus nous met en garde dans un autre Évangile : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle reconnaissance méritez-vous ? Les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment » (Lc 6,32). Si nous ne cherchons qu’à aimer ainsi, avec nos propres forces, nous n’irons pas très loin ; nous aimerons peut-être nos proches avec dévouement, mais nous n’arriverons pas à aimer gratuitement, entièrement – et plus encore, nous ne parviendrons jamais à pardonner !
Un exemple récent : lors d’une soirée de préparation au baptême, nous lisions un passage de l’Évangile sur le pardon ; en comprenant qu’il est parfois difficile de pardonner, mais qu’il s’agissait au moins de ne jamais fermer définitivement la porte à une réconciliation. Or l’un des parents s’opposait à cela : il revendiquait le droit de couper toutes les relations, de ne jamais pardonner [et il voulait faire baptiser son enfant…]. Si l’Évangile n’est pas écouté, comment peut-on prétendre aimer ?

En vérité, on ne peut pas aimer vraiment, ni pardonner, sans la grâce du Christ ressuscité. Lorsque Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres, Il ne nous fait pas un cours de morale : Il nous dit que l’amour vient de Lui. C’est pour cela qu’il faut lire la phrase entièrement : « Aimez-vous les uns les autres… comme je vous ai aimés ». Moi, Je vous ai aimés le premier : J’ai donné ma vie pour vous. Et pas seulement pour les bons et les gentils : pour le monde entier ! J’ai donné ma vie pour les ingrats, pour les méchants, pour les égoïstes et les pécheurs. Et J’ai aussi donné ma vie pour les plus petits, les faibles, les malades, les pauvres, ceux qui n’ont pas de valeur aux yeux des hommes.
Si nous voulons aimer, si nous voulons bâtir la « civilisation de l’amour », c’est là que nous sommes attendus ; c’est là que nous devons trouver la vraie source. Aimer, c’est faire comme Jésus : ne jamais fermer la porte, même aux méchants et aux ingrats. Aimer, c’est considérer – comme Jésus – que tous les hommes méritent d’être aimés, même les plus petits et ceux que la société rejette : malades, handicapés, misérables, exclus.

Alors finalement, qu’est-ce qui fait de nous des chrétiens ? La conscience d’être aimés gratuitement, d’être délivrés du mal par amour. Nous avons reçu un don gratuit ; et ce don, le monde en a besoin. Si nous pouvons nous aimer les uns les autres, c’est que Dieu d’abord nous a aimés. Et si nous aimons, c’est de l’amour même dont Dieu aime les bons et les méchants, les riches et les pauvres.
Oui, il y a une manière particulière d’aimer, propre aux chrétiens. Nous n’avons pas reçu la mission d’être “mieux que les autres”, mais tout simplement et en vérité, de laisser l’Esprit saint faire de nous des signes de l’Amour de Dieu. Aimez-vous les uns les autres… comme Jésus vous a aimés !

Père Bertrand Cardinne

Cinquième dimanche de Pâques 2018


29 avril 2018 Aimer en vérité

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

« Aimons par des actes et en vérité », nous a dit aujourd’hui l’Apôtre saint Jean (deuxième lecture). Quel plus beau programme de vie ? Pouvoir aimer de cette manière, c’est un désir commun à tous. Bien sûr, on ne pourrait pas aimer seulement « en paroles », c’est-à-dire faire semblant d’aimer, par des belles paroles et des mensonges : ce serait terriblement hypocrite, et notre conscience nous le reprocherait à juste titre. Non, il faut bien que l’amour se traduise par des actes, par un changement de manière de vivre.
Et puis, Jean parle aussi d’« aimer en vérité ». Il écrit que si nous aimons en actes et en vérité, nous « appartenons à la vérité ». L’amour en actes a donc quelque chose à voir avec la Vérité. Cela nous dit finalement que l’amour nous dépasse ; que si nous voulons vraiment aimer « en actes et en vérité », nous ne trouverons pas cet amour dans nos propres cœurs, même si nous sommes très gentils et très dévoués… L’amour a une source différente, plus haute, une source qui est la Vérité : une source qui est en Dieu. Et la Vérité, ce n’est pas seulement “croire des choses” comme le Credo que nous allons proclamer dans un instant (même si c’est nécessaire) ; il s’agit d’appartenir à la vérité, comme le dit encore saint Jean. Cela veut dire que nous appartenons à Jésus ; que par Lui, nous sommes pleinement dans la vérité de ce que nous devons être : renouvelés, recréés par sa Résurrection, vainqueurs du mal… et capables d’aimer vraiment.

Oui, l’amour nous dépasse ; tout seuls, nous savons bien que nous avons du mal à aimer vraiment. Si nous voulons aimer en actes et en vérité, nous devons laisser entrer en nous un don spécial, un don de Dieu qui nous rendra capables de suivre ce chemin de l’amour. Et ce don, bien sûr, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit saint que Jésus nous promet selon le témoignage de saint Jean. Ici, dans le passage que nous avons entendu, il s’agissait de la vigne qui ne pouvait vivre que si elle était rattachée au cep ; c’est la sève qui fait vivre le sarment, tout comme l’Esprit nous fait vivre. Dans trois semaines déjà, ce sera la fête de la Pentecôte, et nous accueillerons avec une immense joie ce don qui est source de vie ! Il est bon de nous y préparer, en méditant dès aujourd’hui sur l’action de l’Esprit en nous. Nous ne pouvons pas aimer réellement (en actes et en vérité) sans avoir reçu l’Esprit de Dieu : c’est la conviction fondamentale des chrétiens.

Tout d’abord, seul l’Esprit nous fait vivre. Et quand on dit « vivre », il s’agit d’une vie véritable, d’une vie à notre dimension, à la hauteur de notre vocation de créatures spirituelles. On peut survivre, on peut ne penser qu’aux choses matérielles, à son petit confort et au temps qu’il fera demain… On a l’air vivant, mais en fait on est comme des sarments de vigne coupés du cep : on est mort intérieurement. Seul l’Esprit nous élève à la dignité d’enfants de Dieu, à un bonheur qui correspond à notre désir infini.
Ensuite, l’Esprit saint nous permet, comme nous l’avons entendu, d’« appartenir à la vérité ». Il nous remet dans la vérité de notre être, de ce que nous sommes vraiment. Il nous recrée, nous désaltère, et comme le disait saint Jean, « devant Dieu nous apaisons notre cœur ». Oui, notre cœur est apaisé, en paix, parce que nous nous approchons de la Vérité : nous savons qui nous sommes, quel est le sens de notre vie, vers Qui nous allons… nous avançons paisiblement vers le Seigneur, certains que l’amour est déjà vainqueur.
Et enfin, pour nous préparer à la Pentecôte, nous devons nous rappeler que l’Esprit saint fait de nous des présences de Dieu dans le monde. Nous sommes appelés à témoigner de ce que l’Esprit fait en nous. Les chrétiens, s’ils sont fidèles à leur baptême, peuvent « aimer en actes et en vérité », et montrer que cet amour ne vient pas d’eux-mêmes, mais de la force de l’Esprit. Notre mission n’est pas de convaincre les gens avec de beaux discours, mais bien davantage de laisser passer à travers nous la Lumière de Dieu.

Aimer avec la force de l’Esprit, c’est donc la seule manière sûre d’« aimer en vérité ». Car on peut se laisser égarer, s’aimer soi-même, chercher à se faire plaisir en croyant que l’on aime les autres… L’Esprit saint nous donne d’aimer vraiment, c’est-à-dire de chercher le Bien de ceux que nous aimons. « Hors de Lui, nous dit Jésus, vous ne pouvez rien faire » : demandons à l’Esprit de nous apprendre à accueillir le vrai amour de Dieu, et ainsi de savoir aimer réellement, « en actes et en vérité ».

Père Bertrand Cardinne

Quatrième dimanche de Pâques 2018


22 avril 2018 Suivre Celui qui donne sa vie pour nous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce dimanche est le dimanche du « Bon Pasteur ». Trois semaines après Pâques, nous sommes invités à méditer sur une belle figure que nous décrit le Seigneur Jésus : la figure du berger, du pasteur qui conduit ses brebis. Derrière la poésie de l’image, il y a la joie de Pâques : nous sommes le troupeau du Christ ressuscité, Il nous précède dans la Vie éternelle. Si nous suivons notre berger, nous parviendrons nous aussi aux pâturages du Royaume de Dieu !
L’image du Pasteur nous renvoie non seulement au Christ, mais aussi à toute la tradition biblique des « bergers de Dieu », chargés de conduire le Peuple au nom de Dieu. Pensons à Moïse, le berger qui accompagne les quarante années d’Exode au désert ; à David, le petit berger qui a vaincu le soldat géant ; à tant de prophètes qui ont porté la parole de Dieu pour que le peuple d’Israël ne s’égare pas. Au travers des siècles et jusqu’à aujourd’hui, la figure des pasteurs évoque encore nos évêques avec le Pape, nos prêtres, et tous ceux qui annoncent l’Évangile mais qui ne sont pas assez nombreux ! Cette journée du « Bon Pasteur » est donc aussi une journée de prière pour ces vocations particulières si nécessaires.

Le bon pasteur, dit Jésus, c’est celui qui « donne sa vie pour ses brebis » ; c’est celui qui se met en situation de danger pour sauver ceux dont il a la charge. S’il n’accepte pas le danger, ce n’est pas un berger : c’est un mercenaire qui se désintéresse du troupeau. Nous savons bien qu’il n’y a pas d’amour sans danger : aimer, c’est accepter de devenir vulnérable. Combien d’exemples avons-nous de pères (ou mères) de familles, qui ont été capables de risquer leur vie pour sauver leur famille ! Le Christ est par excellence Celui qui accomplit cette mission : pour sauver son peuple, Il se met en danger, Il accepte de tout donner, de faire l’offrande complète de sa vie. « Dieu a tellement aimé le monde, dit saint Jean (Jn 3,16), qu’Il a envoyé son Fils » : non pas pour prêcher confortablement, mais pour aller jusqu’au bout du danger, jusqu’à mourir pour nous.
La question qui nous est posée aujourd’hui, à nous chrétiens, c’est surtout de savoir si nous acceptons le don de Jésus. Qu’est-ce que cela nous fait, que Jésus ait donné sa vie pour nous ? À quoi cela a-t-il servi ? Est-ce que nous n’avons pas la tentation de faire comme si cela ne nous concernait pas ? Car pour qu’un pasteur accepte de donner sa vie pour ses brebis, il faut qu’il ait des brebis, et que son troupeau le suive ! Aucun berger ne voudra risquer sa vie si les brebis sont indifférentes, et si personne n’écoute ses appels.

Le grand défi de notre époque, c’est donc de trouver des personnes qui ont conscience d’avoir besoin d’un Berger. Accepter de se laisser conduire, c’est une attitude de confiance qui est finalement très peu répandue aujourd’hui. Bien sûr, le XXe siècle a vu passer des tyrans, des dictateurs qui prenaient précisément ce titre de « guide » (en allemand, en italien…) et qui ont conduit leur peuple vers l’enfer : nos contemporains se méfient donc à juste titre de ce type de prétention. Mais le résultat aujourd’hui, c’est l’immense individualisme dont nous souffrons tous. Chacun estime qu’il est son propre guide, qu’il n’a pas besoin de quiconque pour l’aider, qu’il fait ses propres choix en toute connaissance de cause… Si chacun se guide soi-même, si chacun choisit sa direction, alors nous n’avons plus rien de commun les uns avec les autres ! Qu’est-ce qui nous rassemble, nous, troupeau immense des hommes ? On nous parle de « vivre-ensemble » ou de « coexister », mais ce n’est pas cela qui donne la vraie paix : il faudrait que nous cheminions ensemble, que nous ayons un même berger et un même but pour nous unir.
Dans la deuxième lecture, saint Jean fait un constat qui semble pessimiste : « Le monde n’a pas connu Dieu ». Le monde ne veut pas se laisser conduire par Dieu, il ne veut pas « reconnaître les enfants de Dieu », dit encore saint Jean. Pourtant, nous, nous croyons que notre dignité ultime nous vient de Dieu dont nous sommes les enfants ; le monde lui-même, et notre vie, n’ont de sens que par la Parole de Dieu. Comme l’a dit saint Pierre sous l’action de l’Esprit saint, « il n’y a pas d’autre nom que celui de Jésus, qui puisse nous sauver » (première lecture). Si l’on ne veut pas se laisser guider par le Bon Berger, rien ne sera jamais possible : le péché dominera toujours l’homme.

Seule une vraie conversion peut nous transformer, pour nous rendre capables de recevoir le Sauveur. Accepter de nous mettre à la suite du Berger qui donne sa vie pour nous, c’est trouver en Lui la vraie signification de notre vie : sans cela, la foi n’est qu’une vague croyance, un “vernis” qui ne change pas grand-chose ! Jésus est le « Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis » : en L’accueillant pleinement, nous pouvons nous aussi aimer, et donner notre vie pour nos frères.

Père Bertrand Cardinne

Troisième dimanche de Pâques 2018


15 avril 2018 Annoncé par les Écritures

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Pour nous aujourd’hui, le rappel de la Résurrection du Seigneur Jésus est une immense joie ; nous la vivons tout au long de ce temps de Pâques en relisant les Évangiles. Oui, le Seigneur est ressuscité, vainqueur de la mort : c’est l’événement central de notre foi. Mais il ne faut pas oublier que cet événement n’était pas du tout une évidence pour les disciples – même si Jésus en avait parlé plusieurs fois avant sa mort. Lorsque les Apôtres rencontrent le Christ ressuscité, ils ne se jettent pas dans ses bras ! Au contraire, ils doutent, ils sont « saisis de frayeur et de crainte », nous dit l’Évangéliste saint Luc. Grâce à leur doute, nous sommes sûrs que la Résurrection n’est pas le fruit d’une illusion, d’une autosuggestion des Apôtres : ils ne s’y attendaient pas du tout… et voilà qu’ils rencontrent Jésus ressuscité.

Pourtant, même si l’événement de la Résurrection est totalement inattendu, Jésus prend soin de leur montrer une dimension essentielle de cet événement : elle était annoncée par les Écritures. C’est ce que nous dirons tout à l’heure dans le Credo : « Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures ».
Il y a toujours ces deux aspects : l’action de Dieu est inattendue, mais Dieu nous prépare à accueillir ce qu’Il fait dans notre vie. Il dépassera toujours tout ce qu’on peut prévoir ou imaginer : le salut qu’Il nous offre excède nos espérances les plus folles… et pourtant, Il annonce peu à peu son projet d’Amour, pour que nous le méditions. Ce qu’Il nous donne ne sort pas d’un chapeau : au fil des siècles, Il parle à l’homme, Il nous met à contribution afin que le monde soit sauvé. C’est pourquoi nous voyons Jésus ressuscité, entouré de ses Apôtres, commencer par montrer que tous les événements étaient annoncés : « Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet depuis Moïse, les prophètes et les psaumes ». Et, dit l’Évangile, Il « ouvre leur intelligence à la compréhension des Écritures ». Exactement comme Il l’avait fait avec les disciples d’Emmaüs, qui sentaient leur cœur « brûler » (Lc 24,32) tandis qu’ils comprenaient le sens des Écritures.
Le Seigneur nous laisse donc l’Écriture, c’est-à-dire sa Parole, la Bible, pour que nous comprenions toujours mieux la richesse de son projet. Si nous n’avions pas cette Parole, nous serions réduits à revenir sans cesse sur les mêmes événements, et finalement à tourner en rond sur notre propre imagination. C’est l’Écriture qui nous ouvre à la connaissance de Dieu, et qui nous fait comprendre où Il veut nous conduire. C’est l’Écriture qui nous montre la persévérance du Seigneur, car ses paroles finissent toujours par s’accomplir ; les prophéties écrites il y a si longtemps trouvent leur aboutissement en Jésus.

Avec la Résurrection du Christ, il y a donc quelque chose de nouveau et de définitif dans les Écritures : l’accomplissement de toutes les promesses de Dieu. Avant la Résurrection, la Parole de Dieu était donnée pour conduire les hommes ; mais elle était encore comprise comme un simple enseignement, un rappel du passé. C’est pourquoi, devant le peuple (première lecture), saint Pierre reconnaît que ceux qui ont condamné Jésus ont « agi dans l’ignorance » : ils n’étaient pas ouverts à l’accomplissement des prophéties.
Mais avec la Résurrection, l’Écriture devient nouvelle, vivante : elle n’est plus seulement une parole écrite, mais elle est Jésus Lui-même. Dieu révèle non seulement sa volonté, mais Il se révèle Lui-même. L’Écriture est « accomplie » lorsqu’elle s’imprime dans le cœur des hommes, et qu’elle leur permet de connaître Dieu, de Lui parler face à face. Jésus ressuscité, vivant, actuel (avec son corps, comme le voient les Apôtres), est Lui-même la Parole de Dieu pour nous aujourd’hui. En vivant de cette Parole, nous sommes certains de ne pas nous enfermer sur nous-mêmes. Notre prière, en se nourrissant de cette Parole, nous décentre de nous-mêmes et nous dirige vers le Christ.

Jésus nous a donc montré que toute l’Écriture nous conduisait à sa Résurrection ; si nous voulons, nous aussi, vivre en ressuscités, alors nous devons nous demander quelle proximité nous avons avec sa Parole, son Écriture dans la Bible. Est-ce qu’elle nourrit notre prière, notre pensée, notre réflexion ? Est-ce que nous « faisons notre prière », comme certains le disent, ou bien est-ce que nous laissons la Parole de Dieu prier en nous ?
Demandons au Seigneur d’imprimer sa Parole dans nos cœurs : cette Parole s’est accomplie par la Résurrection, elle continue de s’accomplir aujourd’hui en nous donnant la Vie du Christ ressuscité.

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de Pâques 2018


8 avril 2018 Ce que change la Résurrection

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de ce jour

La Résurrection de Jésus est le centre de notre foi ; et en même temps elle est l’événement le plus important de toute l’histoire du monde. Nous avons eu quarante jours pour nous y préparer… et une seule nuit, un seul jour, dimanche dernier, pour la célébrer ! Heureusement, cette joie de Pâques s’est prolongée pendant toute la semaine, et aujourd’hui nous écoutons à nouveau le récit de cette Résurrection du Seigneur. À vrai dire, saint Jean l’Évangéliste en fait deux épisodes – à une semaine d’intervalle – que nous venons d’entendre. Le premier se situe le jour même, en l’absence de saint Thomas, et le second « huit jours plus tard » avec Thomas. Dans l’un comme dans l’autre des récits, la rencontre de Jésus ressuscité est complètement inattendue, imprévisible : les disciples n’y croient pas spontanément, parce qu’elle est effectivement incroyable ! L’Évangile nous dit en passant que les disciples de Jésus (et Thomas en particulier) ne sont pas des “gogos” prêts à avaler n’importe quoi : si nous croyons à la Résurrection, c’est parce qu’ils nous ont transmis leur foi, et que cette foi a été mise à l’épreuve.

Le premier récit, le jour de Pâques, nous donne le témoignage des Apôtres : ils ont vu « les mains et le côté » du Seigneur. La Résurrection est donc un fait réel, authentique, dont les Apôtres témoigneront jusqu’à leur mort. En même temps, Jésus leur transmet les dons de Dieu, et surtout celui de la Miséricorde (« À qui vous pardonnerez ses péchés, ils seront pardonnés »). [En ce dimanche de la Miséricorde divine, nous accueillons ce don extraordinaire.] Huit jours plus tard, le Seigneur appelle encore à la foi, en invitant Thomas à toucher les signes de la Passion (ses mains et son côté) : à nouveau, nous voyons la réalité de la Résurrection !
Nous sentons bien que le Seigneur veut raffermir notre foi ; et qu’en insistant comme Il le fait sur la réalité de son Corps ressuscité, Il nous dit que cette foi, comme pour les Apôtres, doit transformer notre vie (sinon, cela ne sert à rien de croire au Ressuscité !). C’est peut-être une occasion de nous interroger en vérité sur notre foi : nous croyons à la Résurrection, mais qu’est-ce que cela change pour nous ? Pour certains, il se peut que la Résurrection soit plutôt de l’ordre du souvenir ; on dit que Jésus est ressuscité, mais cela veut surtout dire qu’on se “souvient de Lui” comme d’un personnage historique marquant. Un peu comme dans ces célébrations d’obsèques, où les petits-enfants viennent parler au micro : « Mamie, tu resteras toujours vivante dans nos mémoires »…

Mais avec la manière dont saint Jean et les autres Évangélistes appuient sur la réalité de la Résurrection, nous comprenons bien qu’il faut aller plus loin. Jésus n’est pas un simple souvenir : Il est vivant aujourd’hui. Quelqu’un (un homme, l’un de nous) qui était mort (vraiment mort, et enseveli !), est entré avec son corps humain dans une réalité différente : une nouvelle Vie, une Vie divine, la réconciliation parfaite, l’Unité avec Dieu. Alors qu’est-ce que cela change dans ma manière de vivre, dans ma « philosophie de la vie » ?
Dans les Actes des Apôtres (première lecture), dans un petit passage qui peut sembler presque trop idéaliste, nous avons une réponse importante. En effet, les premiers chrétiens partagent tout. Si le Christ est ressuscité, si nous sommes appelés à la Résurrection avec Lui, alors notre vie quotidienne est tout entière orientée vers la Vie éternelle ; et donc, nous ne mettons plus notre espérance dans les choses de ce monde. Les biens matériels, la sécurité financière… tout cela devient relatif, superficiel. Seul compte le Christ ressuscité, vainqueur de la mort.
Saint Jean, dans la deuxième lecture, nous donne aussi quelques éléments. Les commandements de Dieu, dit-il, sont des signes de libération. La Résurrection nous a délivrés des égoïsmes, des mesquineries. Avec Jésus ressuscité, nous sommes « vainqueurs du monde » : comment pourrions-nous désormais entretenir des rancunes, des convoitises, lorsque nous contemplons le Corps du Christ ressuscité ?

La Résurrection du Christ nous entraîne ainsi dans la réconciliation complète avec Dieu, et en même temps avec nos frères. Jésus apparaît à ses Apôtres en les saluant : « La paix soit avec vous ! ». Ce n’est pas une simple formule de politesse : c’est bien la paix que Jésus ressuscité est venu nous apporter en nous disant que notre vie a un sens, qu’elle ne se finit pas dans le néant ; la paix qui naît de l’Espérance, de la Miséricorde, de la réconciliation, du pardon des péchés.
La Résurrection n’est pas une hypothèse : elle est une conviction qui doit nous habiter, renouveler notre vie, nous donner la paix et la confiance. Demandons au Seigneur de croire fermement à sa Résurrection : elle est l’événement qui transforme et illumine toute notre vie !

Père Bertrand Cardinne

Vigile de Pâques 2018


31 mars 2018 La pédagogie du Seigneur

Avant de lire l’homélie, je peux prendre le temps de lire les lectures de la Nuit.

Nous avons écouté, nous nous sommes laissé enseigner par le Seigneur en cette Nuit très sainte de la Résurrection. Et qu’avons-nous appris ? Que retenons-nous de tous ces récits, de toutes ces paroles ? Et vous Clément, quelles paroles vous ont touché, en cette Nuit où vous allez renaître par la Grâce du Christ ressuscité ? C’est une longue histoire qui nous est racontée à travers ces lectures, une histoire de joies et de peines, une histoire d’espérance et de déceptions… mais surtout, une histoire d’amour, l’histoire de l’Amour de Dieu qui ne se lasse jamais de se révéler aux hommes.

Ce que cette histoire nous montre, c’est surtout la pédagogie de Dieu. Il nous parle, Il nous conduit, Il se révèle, en guidant et en agissant dans la vie des hommes. Nous ne sommes pas un troupeau uniforme sous ses yeux : à chacun Il parle selon son propre langage. Il répond à la prière de chaque personne, en fonction de ses besoins, de ses attentes, de ses capacités. Ne croyons pas que la Parole de Dieu soit un ensemble de lois universelles ! Le Seigneur sait ce qui est bon pour chacun de nous, et c’est ainsi qu’Il nous conduit : selon les richesses et les difficultés de chacun.
Nous avons tous un itinéraire de foi très différent. Connaître le Seigneur, faire sa rencontre, cela peut se passer de beaucoup de manières différentes. Certains ont eu une rencontre fulgurante, un « coup de foudre » pour l’amour du Seigneur ; d’autres ont médité longtemps avant de donner au Christ leur confiance. Pour les uns, c’est la recherche de la Vérité qui a conduit à l’Évangile ; pour les autres, c’est la Beauté, ou encore la Miséricorde qui les a touchés… Dans notre itinéraire, Dieu nous parle, nous attire ; et nous donnons, jour après jour, notre réponse.

C’est justement cet itinéraire qui nous est retracé ce soir, tout au long de l’histoire des hommes telle qu’elle est racontée dans la Bible. Où cette histoire nous conduit-elle ? Au baptême, comme Clément ? A des décisions, des choix de vie, un appel du Seigneur qui nous surprendra ? Dans ces lectures, Dieu s’adresse à l’homme croyant, toujours appelé à se convertir. Nous nous sommes peut-être reconnus dans tel ou tel personnage de l’Écriture ; car Dieu appelle chaque homme de manière différente, mais Il appelle tous les hommes à la même vocation ultime : être réconciliés, sanctifiés, renouvelés ; mourir et ressusciter ; recevoir notre dignité la plus grande et la plus incroyable, celle d’enfants de Dieu vivant éternellement face à Lui.

Cette Nuit de Pâques récapitule toutes les nuits où Dieu agit : voilà pourquoi il est si important de relire ce soir l’histoire biblique. Elle n’est pas l’histoire ancienne d’un peuple particulier : elle est notre histoire, le parcours que l’homme fait avec son Dieu, où il est conduit avec délicatesse, avec pédagogie, jusqu’à la grande merveille de la Résurrection. Méditons donc ensemble sur ces quelques étapes que nous avons entendues tout à l’heure.
– Il y a tout d’abord le récit de la Création : « Dieu dit… et Dieu vit que cela était bon ». Le Seigneur “plante le décor” où l’homme, sa créature, va se déployer. A tout moment, le monde dans lequel nous vivons nous rappelle que Dieu est Créateur. Notre première rencontre avec Dieu passe par ce qu’Il met autour de nous : nos frères, et toutes les créatures, nous redisent la sollicitude de Dieu pour nous.
– Avec le récit d’Abraham (et du sacrifice d’Isaac), nous assistons au début d’une relation personnelle entre l’homme et son Dieu. La conscience d’Abraham s’éveille au contact du Seigneur, et lui apprend à faire confiance. En même temps, Abraham est invité à renoncer aux pratiques religieuses primitives (sacrifices humains), pour obéir au Seigneur. Ce dont il a besoin (et nous aussi), c’est de comprendre que Dieu ne veut pas d’abord être craint, mais adoré.
– Nous avons ensuite entendu le passage de la mer Rouge, le modèle par excellence de la libération que Dieu veut donner aux hommes. Le peuple esclave en Égypte attend de Dieu ce que personne d’autre ne peut lui donner : un parcours de liberté et de responsabilité. Cela ne se fera pas sans faux pas, bien sûr ! Ce dont le peuple a besoin à ce moment, c’est de comprendre le sens de la vraie liberté. Le Seigneur aime mieux un peuple libre, qui se trompe, qui revient vers son Dieu, qui choisit l’obéissance, plutôt qu’un peuple sans intelligence, soumis aveuglément. Et c’est encore une leçon pour nous aujourd’hui.
– Dans la quatrième lecture, nous avons saisi avec émerveillement que la relation entre Dieu et l’homme passait un nouveau cap : celui de l’amour conjugal. « Ton époux, dit Isaïe, c’est ton Créateur : Dieu peut-Il rejeter la femme de sa jeunesse ? » La fidélité de Dieu L’engage Lui-même : là encore, ce n’est pas la soumission qu’Il désire, mais l’engagement mutuel. A chaque étape, le Seigneur s’implique un peu plus (jusqu’à se faire l’un de nous) ; Il ne reviendra jamais en arrière.
– Plus tard, le Seigneur dans sa pédagogie nous montre encore quelque chose de nouveau : c’est la Sagesse. Toutes les civilisations recherchent la sagesse, la connaissance, l’intelligence : or la Sagesse est donnée au peuple de Dieu comme une qualité qui le distingue des autres peuples. Ainsi parle le prophète Baruch : « Dieu a confié les chemins du savoir à son serviteur Israël ; la sagesse est apparue sur la terre, elle a vécu parmi les hommes ».
– Et enfin, à travers le prophète Ézéchiel, c’est la grande promesse qu’attendait l’homme souffrant du mal : la promesse d’un cœur pur. Le Seigneur ne veut pas donner des commandements, mais convertir l’homme par son Amour personnel. C’est tout l’enjeu de la liberté dans laquelle nous avons été créés : nous ne pourrons nous prendre en main que si notre cœur est fermement appuyé sur la Vérité.

Voilà l’extraordinaire itinéraire où le Seigneur nous a conduits depuis des siècles et des siècles ; chacune des étapes de cette révélation est une étape de notre propre cheminement vers Lui – de votre chemin, à vous Clément, qui trouve son aboutissement et sa récapitulation par le Baptême.
Cependant, même après toutes ces promesses, il restait encore un dernier obstacle à la réconciliation complète : c’est la mort. Car l’homme, même s’il est touché par Dieu, vit toujours dans la peur de la mort ; et le fait qu’on essaie d’évacuer le problème en cachant la mort, n’y change rien : nos contemporains sont terrifiés par la perspective de mourir !
Dieu, Lui, ne veut pas que ses enfants vivent dans la peur. Il a choisi de venir vers nous, de mettre toutes ses forces dans ce dernier combat et cette dernière victoire – définitive, irrévocable : la victoire sur la mort, la Victoire de la Résurrection. Le dernier acte de pédagogie de Dieu dont nous avions besoin, c’était bien celui-là : Quelqu’un qui se penche sur nous et nous dit : « Je sais ce que tu vis, Je connais tes peurs : Je les prends sur moi et Je te sauve de la mort. Et en te délivrant ainsi, Je te donne la victoire sur tout le reste ».

Ce chemin que nous avons parcouru, c’est le chemin de toute l’humanité. Quelle est l’étape qui nous marque le plus dans ce chemin – et vous, Clément, par quoi êtes-vous davantage touché ? – : est-ce la Création, la libération, le don de l’Amour, de la Sagesse… ? Dieu nous accompagne depuis toujours, et pour toujours. Avant que nous ne soyons créés, Il avait déjà toute notre vie sous son regard, et Il savait par quel chemin Il nous guiderait ; comme Il savait comment conduire Abraham, Jacob, Moïse, le peuple d’Israël, puis les Apôtres et nos pères dans la foi.
Ce soir, c’est une étape essentielle que nous vivons, qui récapitule toutes les autres étapes. Les nouveaux baptisés vont recevoir d’un seul coup l’intégralité des dons de Dieu : ils vont devenir les héritiers d’une longue histoire, qui continuera avec eux. Clément, dans un instant vous allez renaître à la Vie divine : soyez certain que les dons du Seigneur fructifieront en vous, et qu’Il vous conduira toujours avec pédagogie. Une nouvelle vie s’ouvre devant vous ; la Résurrection continue dans les baptisés !

Père Bertrand Cardinne

Vendredi Saint 2018


30 mars 2018 Le Samedi saint, jour sans Dieu

Avant de lire l’homélie, je médite le récit de la Passion selon saint Jean.

En ce jour du Vendredi saint, jour de deuil et d’espérance, nous sommes invités à méditer sur la mort du Christ. Nous l’avons entendue dans le long récit de la Passion selon saint Jean, qui était déjà préfiguré par le chant du « serviteur souffrant », rapporté par le prophète Isaïe. C’est l’amour qui pousse Jésus à donner sa vie pour nous ; Il souffre pour nous, Il « partage nos faiblesses » (seconde lecture), Il a « appris l’obéissance par les souffrances de sa passion ». Cet épisode final de la vie du Christ donne un sens à tout l’Évangile : la mission de Jésus est conduite par son amour pour les hommes. Que ce soit par ses paroles, par ses guérisons, ou finalement par le don de sa vie, Jésus manifeste pleinement l’Amour de Dieu, en donnant le salut éternel à ceux qui L’accueillent.

Lorsque le tombeau est fermé, on peut dire que la mission de Jésus est pleinement accomplie. Il a témoigné de l’Amour, Il a aimé ses frères jusqu’au bout. C’est la victoire de l’Amour de Dieu. Mais pourtant… est-ce vraiment une victoire ? Ce récit de souffrances et d’injustice se finit par une mort, un enterrement : « Ils déposèrent Jésus dans le tombeau ». En ce vendredi soir, et toute la journée de samedi, nous nous répéterons cette phrase comme les disciples, désemparés par ce qui s’est passé : « Jésus est mort ».
Il est peut-être bon pour nous de méditer justement sur cet état de fait, ce « Samedi saint » qui est la conviction de tant de nos contemporains : Jésus est mort ; Dieu est mort. Bien sûr, nous croyants, nous savons ce qui va se passer dans la Nuit de Pâques, et nous croyons de tout notre cœur que cette mort est un passage vers la Résurrection ; mais pour beaucoup de ceux qui nous entourent, la mort de Jésus est un fait inéluctable, sans retour en arrière. Nos frères, pour beaucoup, vivent leur vie quotidienne dans une certitude sans questions : Dieu est mort, il n’y a plus rien au-dessus de nous, vivons donc à notre niveau sans chercher rien d’autre.

Au temps de la Passion du Christ, on peut imaginer que les grands prêtres et tous ceux qui avaient désiré la mort de Jésus se sont réjouis : enfin, le gêneur est éliminé ! Oublions-le ! Certains de nos contemporains, qui considèrent Dieu comme un gêneur, partagent peut-être aussi cette attitude (à la suite des philosophes modernes comme Nietzsche) : Dieu est mort, nous l’avons tué, et c’est tant mieux ! Faisons ce que nous voulons, puisque plus personne n’a autorité sur nous.
Mais il me semble que le jour du Samedi saint, nous pouvons penser surtout à tous les autres : ceux qui n’ont jamais rien fait, car ils ne connaissent pas Dieu. On leur a dit que Dieu était mort, mais ils ne savent même pas qui est Dieu. L’idée de Dieu leur est étrangère, tout comme l’idée d’avoir une âme : tout cela est mort, mis au tombeau avec Jésus. Quand ils entendent parler de religion, c’est de manière négative, comme un résidu des temps anciens ou un facteur de violence. Pour toutes ces personnes qui sont nos frères, la mort de Dieu est une évidence que l’on ne questionne jamais. Et comme Dieu est mort, il n’y a aucune espérance : c’est le vide absolu. Le Samedi saint, c’est le jour du désespoir, car si Jésus est mort, rien ne peut plus arrêter le mal, la violence et la mort.

Nous venons donc d’entendre un récit qui s’achève dans les ténèbres de la mort : gardons dans notre prière, tout au long de la journée de demain, les hommes qui vivent un Samedi saint perpétuel. Nous les connaissons, ils sont autour de nous, ils vivent sans espérance. S’ils ne rencontrent pas un témoin du Christ, s’ils ne perçoivent pas la puissance de la Résurrection, qui donnera sens à leur existence ? Épisodiquement, les petits plaisirs, les sentiments, parfois les idéologies, peuvent faire oublier l’absence de Dieu. Mais le cœur de l’homme ne se satisfait pas de tourner en rond sur lui-même : seule la présence du Seigneur peut donner la vraie joie.
Prions pour nos frères, et demandons au Seigneur d’être des témoins de la Résurrection. Le Seigneur est mort, mais Il va nous transformer par sa Résurrection !

Père Bertrand Cardinne

Jeudi Saint 2018


29 mars 2018 Les dons du Seigneur pour nous aujourd’hui

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures de cette soirée.

Nous entrons ce soir dans la période la plus importante de toute l’année, ces quelques jours si intenses où le Seigneur donne sa vie, souffre, meurt et ressuscite pour nous sauver. C’est le « Triduum pascal », où tout se passe sans doute trop vite pour que nous en prenions pleinement la mesure ! Dès ce soir, le Seigneur Jésus commence à nous sauver. Il conclut avec nous une Alliance nouvelle et éternelle, qui fait référence à l’Alliance de Moïse telle que nous l’avons entendue dans le Livre de l’Exode (première lecture). Les Israélites d’autrefois étaient délivrés par le sang de l’agneau sans défaut choisi pour la Pâque : nous sommes sauvés, définitivement, par le Sang de l’Agneau sans tache qui offre sa vie pour nos péchés.

Quel est le sens des événements que nous allons vivre au long de ces jours ? Jésus, un jour (bien avant sa mort et sa Résurrection) sur le chemin qui Le mène à Jérusalem, donne une parole essentielle, qui explique et résume déjà toute sa mission : « Le Fils de l’homme, dit-Il, n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie » (Mt 20,28). Il est venu avant tout pour servir. Servir, c’est-à-dire donner ; et donner, cela signifie aimer. Il est venu par amour pour nous ; Il est venu pour accomplir sa mission qui est de nous sauver, de nous arracher au mal : c’est cela le vrai service qu’Il veut nous rendre. A vrai dire, toute la Bible est pleine d’actes d’amour de Dieu. Dans l’Ancienne Alliance, Il n’a cessé de délivrer son peuple, mais maintenant Il va encore plus loin. Il a choisi de venir nous servir, nous aimer d’encore plus près, en prenant notre nature humaine pour partager notre vie. Il a fait le don total de Lui-même, et ce don, nous le voyons dans toute sa dimension en ce soir du Jeudi saint. Deux gestes nous sont rapportés par les Évangiles : le don de son Corps et de son Sang, et l’accomplissement du service par le lavement des pieds de ses disciples. Il veut nous montrer jusqu’où peut aller son Amour.
Que veut nous dire le Seigneur par ces deux gestes ? Il vient nous toucher aux “endroits sensibles” de notre péché : là où nous sommes davantage tentés par l’individualisme et l’oubli de Dieu. D’abord Il donne son Corps et son Sang, et cela nous rappelle que notre corps peut être l’objet d’une quête égoïste : recherche de bien-être, de plaisir. Et puis en lavant les pieds des disciples, Il accomplit aussi un service humble (tellement humble que Simon-Pierre le refuse !), et Il nous dit par là que notre orgueil (notre désir d’être servi) nous empêche souvent d’aimer vraiment.
Jésus agit avec une infinie délicatesse : Il ne fait pas de grands discours, mais simplement, par ses actes, Il vient donner une nouvelle orientation à notre vie. Il veut nous montrer que le but de la vie (« réussir sa vie », dirait-on en langage actuel) n’est pas dans le pouvoir, la richesse et le plaisir, mais dans le don et l’amour.

Cette scène de l’Évangile est magnifique, mais on pourrait dire qu’elle est si lointaine… en quoi nous concerne-t-elle encore aujourd’hui, et pourquoi est-ce que nous en faisons mémoire avec tant d’assiduité, vingt siècles plus tard ? Jésus a fait cela “une fois pour toutes”, comme demain Il donnera sa vie sur la Croix, une fois pour toutes. Mais en même temps, ce qu’Il fait n’est pas du passé : c’est un acte qui reste actuel à travers le temps. Parce que, ce qu’Il a institué en ce Jeudi saint, ce sont les sacrements, qui nous permettent de recevoir aujourd’hui la Grâce de Dieu comme si nous étions avec Jésus et les Apôtres autour de la table, comme si nous étions au pied de la Croix. Les sacrements rendent actuels tous les dons de Jésus, ils agissent depuis deux mille ans pour sanctifier les baptisés dans l’Esprit de Dieu.

En ce soir, pour nous servir, pour nous aimer, Jésus donne donc deux grands sacrements, et il est bon de s’y arrêter un moment.
– Tout d’abord, Il institue le sacrement de l’Ordre : c’est-à-dire ce qui fait les diacres, les prêtres, les évêques. Notre peuple chrétien est varié, il y a tous les genres et tous les métiers, des grands et des petits, des pauvres et des riches… mais il est bon qu’il y ait, au milieu de ce peuple, un groupe de frères “un peu différents”. Des hommes qui ont choisi de se mettre à la suite du Christ, de vivre uniquement du don de Dieu et d’en témoigner. Pour cela, ils ont renoncé à la richesse, à l’individualisme, aux plans de carrière, et même aux joies familiales. C’est un témoignage qui paraît de plus en plus “exotique” dans notre société ; et pourtant, c’est un témoignage nécessaire. Comment le peuple chrétien pourrait-il accueillir le don total du Christ (don du service, don de son Corps et de son Sang), si personne ne voulait imiter ce don ? C’est un véritable appel qu’il faut lancer en ce soir du Jeudi saint : nous avons besoin de prêtres, l’Église a besoin de ces vocations particulières !
– Ensuite, Jésus institue un autre sacrement, dont les prêtres seront les témoins privilégiés : le sacrement de l’Eucharistie. Le Seigneur a donné à ses Apôtres le signe du don de son Corps et de son Sang, et Il leur a dit : « Faites cela en mémoire de moi ». Tout comme l’Église a besoin d’avoir au milieu d’elle des personnes qui vivent de ce don, elle a besoin d’accueillir ce don et d’en vivre au fil des jours et des années. Il ne s’agit pas seulement de « faire mémoire », mais de recevoir quelque chose d’actuel, quelque chose qui rend présent le service du Christ aujourd’hui. En participant à cette Eucharistie, le service du Christ passe dans tous les membres de son Corps, c’est-à-dire nous. « Je vous ai lavé les pieds, dit Jésus, et vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ».

En cette nuit très particulière, Jésus nous fait donc des cadeaux qui dureront jusqu’à la fin des temps. Si nous accueillons ces cadeaux, nous serons à notre tour capables de servir nos frères comme Jésus nous a servis : non pas d’un service à contrecœur, mais dans une attitude joyeuse qui vient de la joie du Christ. Jésus va nous servir jusqu’à la mort ; et parce qu’Il a tout donné par amour, Il va nous conduire au-delà de la mort, jusqu’à la Résurrection. Entrons pleins de joie dans ces jours de Pâques !

Père Bertrand Cardinne

Dimanche des Rameaux 2018


25 mars 2018 Constance dans la foi

Avant de lire l’homélie, je peux méditer le long récit de la Passion.

Nous voici à l’entrée de la Semaine sainte, et nous avons déjà entendu le long récit de la Passion du Seigneur Jésus ; nous savons ce qui va arriver, nous connaissons le déroulement de l’histoire, nous avons eu devant les yeux l’attitude de Jésus, l’attitude de ses Apôtres, celle des grands prêtres, de Ponce Pilate, des foules… Tous les acteurs du drame sont là. Et néanmoins, chaque année lors de la Passion, lorsque nous accompagnons Jésus sur son chemin de Croix, chacun de nous peut se poser les mêmes questions : d’une part, pourquoi tout cela a-t-il eu lieu ? Et d’autre part, dans ces scènes de l’Évangile, où suis-je, moi ? Qu’aurais-je fait si j’avais été là ? Aurais-je crié : « Crucifie-le ! » ? Aurais-je renié Jésus ? Me serais-je enfui avec les autres ?

Les hommes qui sont là, autour de Jésus, ne sont ni meilleurs ni pires que nous, deux mille ans plus tard : ce temps de la Passion doit être pour nous le temps d’un examen de conscience en vérité. Les juifs du temps de Jésus sont changeants, versatiles ; ils suivent le vent dominant, et peuvent acclamer avec joie le Seigneur quand Il entre à Jérusalem : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »… et puis, quelques jours plus tard, les mêmes personnes crient avec colère : « Crucifie-le ! ». Mais nous chrétiens, sommes-nous sûrs de ne pas avoir cette même inconstance selon les temps, les modes qui traversent notre société ? Nous entendons toutes les opinions, relayées par les médias : on voit tout et le contraire de tout… et l’on nous fait comprendre que finalement, il n’y a pas de vérité puisque chacun a le droit de choisir ce qu’il veut penser. Et peut-être nous-mêmes, si nous écoutons davantage les journaux que l’Évangile, nous entrons peu à peu dans cet état d’esprit !

Notre regard doit d’abord se diriger vers Jésus. Son attitude face aux cris (que ce soient des cris d’amour ou des cris de haine), c’est surtout le silence, la paix, la constance. Jésus a une mission à accomplir, Il est le Sauveur de tous les hommes. Il est dans l’attitude du “serviteur souffrant” dont le prophète Isaïe nous a rapporté les mots : « Je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé, j’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient… ». Jésus demeure dans la paix intérieure, quelle que soit l’agitation extérieure, car l’Esprit Le conduit en tous temps. Quand Il est acclamé à l’entrée de Jérusalem, Il pourrait en être fier, prendre la “grosse tête”, se faire proclamer roi des juifs ! Mais son regard se dirige toujours vers Dieu son Père. Et quand Il est hué, détesté et condamné à la mort infamante de la Croix, Il regarde toujours vers son Père : « Il est devenu obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix » (deuxième lecture).

En cette Semaine sainte qui commence, nous sommes invités avant tout à imiter cette attitude du Fils de Dieu, qui regarde vers son Père en toutes circonstances. Les opinions sont changeantes, les modes évoluent, les sondages vont dans toutes les directions – par exemple, la question récente de la bioéthique, qui nous fait croire que tout changement serait un progrès. Mais qu’est-ce qui est vraiment bon ? Qu’est-ce qui correspond au bien de l’homme, à sa nature, au projet de Dieu ? Est-ce toujours ce que pense tout le monde, ce que crient les foules ? Ou bien faut-il plutôt s’arrêter pour écouter ? Notre conscience, en profondeur, nous parle de Dieu, nous révèle quelque chose de la Vérité. En se mettant à l’écoute de l’Esprit, on apprend à imiter Jésus qui regarde vers son Père.

Si l’on avait demandé à chacun des habitants de Jérusalem, calmement, ce qu’il fallait faire de Jésus, tous auraient répondu : « C’est un saint, c’est un sage, écoutons-Le ! ». Mais entraînés par l’“opinion publique”, ils ont réclamé sa mort. Pour éviter de suivre cet exemple, préparons-nous à vivre la Semaine sainte en regardant droit vers le Père. Béni soit celui qui vient nous sauver, béni soit le Fils de Dieu qui donne sa vie pour nous !

Père Bertrand Cardinne

Cinquième dimanche de Carême 2018


18 mars 2018 Dieu vient vers nous

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Avec ce cinquième dimanche, nous entrons dans la dernière étape de notre chemin du Carême : le temps de la Passion, le temps où Jésus s’approche de plus en plus de la Croix, de la mort et de la Résurrection. C’est cela l’essentiel de l’Évangile, le principal ; c’est ce qui donne son vrai sens à toute la vie de Jésus, à toute sa mission… et à toute notre vie ! C’est pourquoi nous sommes encore plus invités à laisser de côté ce qui est superficiel, pour nous attacher à l’essentiel. Cherchons dans notre cœur ce qui nous fait vivre, ce que nous recherchons vraiment.

Dans l’Évangile que nous venons d’entendre, il y a quelques personnes (des « Grecs ») qui font une demande importante : on sent que c’est une véritable soif chez eux, ils veulent voir Jésus. C’est le plus grand désir qui puisse habiter le cœur de l’homme : voir Jésus, c’est-à-dire voir Dieu, connaître la Vérité. Nous ne pouvons pas nous contenter de “vivoter” entre deux distractions : il nous faut quelque chose de plus, il nous faut savoir où trouver la Vérité ; sinon notre vie n’a plus aucun sens et nous sommes dans l’obscurité.
La réponse de Jésus n’est pas très claire… et on se demande si finalement, les Grecs en question ont pu (ou pas) voir Jésus ! Mais cette réponse mérite d’être méditée. Alors que dit-Il ?
D’abord, Jésus utilise la comparaison du grain de blé. Avec les connaissances biologiques de son époque, Il dit que le grain doit « mourir » (c’est-à-dire se dissoudre) pour donner du fruit. C’est évidemment une référence à sa mission : Jésus Lui-même va accepter de passer par la mort – comme le grain de blé – pour emmener tous les hommes vers la Résurrection. « Voir Dieu », cela passe donc par le don de soi, comme Jésus qui donne sa vie. Et le don de soi, c’est l’amour : Dieu ne se laisse voir qu’à travers l’Amour. Faire la rencontre de Dieu, c’est donc voir Quelqu’un qui nous aime infiniment, faire la connaissance de l’Amour authentique. Être disciples de Jésus, c’est aussi montrer au monde jusqu’où peut aller l’Amour de Dieu présent en nous. En recevant un Sacrement (comme le baptême ou le mariage), on reçoit un Amour nouveau, qui nous permet de laisser voir Dieu à travers notre manière de vivre. Si deux époux s’aiment de l’Amour qui vient de Dieu, cela se voit ! Et c’est un témoignage magnifique pour nos contemporains.

Ensuite, Jésus continue sa réponse (et on a l’impression que cela n’a plus rien à voir avec la demande des Grecs !). Nous entendons la voix de Dieu le Père, nous entendons parler de Gloire ; et enfin, Jésus affirme que sur la Croix, Il « attirera à Lui tous les hommes ». Dieu nous invite à vivre avec Lui dans la Lumière ; Il nous attire à Lui, et le centre de tout, c’est Jésus sur la Croix. Chercher Dieu, chercher la Vérité, ce n’est pas une « mission impossible », on n’a pas à aller à l’autre bout du monde, ni à faire des rites magiques ou à chercher l’alignement des planètes… Nous n’avons qu’à lever les yeux pour Le voir, Lui, sur la Croix, et à avoir la réponse à toutes nos questions. Il est là, présent auprès de nous sans cesse – même si nous L’oublions trop souvent. Il est présent dans nos occupations, dans notre vie quotidienne, dans l’affection de nos proches ; Il ne cesse de nous « attirer à Lui ». Et Il respecte notre liberté : Il désire que nous répondions à son Amour en nous engageant, nous aussi, à être ses disciples.

Dans la première lecture (le livre du prophète Jérémie, à peu près cinq siècles avant Jésus), Dieu nous parlait déjà de son Amour et de notre engagement : Il appelait cela une « alliance ». Le Seigneur veut continuer à faire des alliances avec nous, car Il sait que nous serons toujours malheureux si nous ne Lui faisons pas confiance. C’est Lui qui vient vers nous, et comme le disait Jérémie, « Je mettrai ma Loi dans leur cœur, tous Me connaîtront du plus petit au plus grand… » Nous n’arrivons pas, par nos propres forces, à Le connaître ni à faire le bien : c’est Dieu qui fait tout le chemin vers nous. C’est le principe d’un Sacrement (baptême, mariage) : c’est un don de Dieu, un don gratuit, que nous ne méritons pas, mais qui vient transformer notre vie si nous l’accueillons.

Le Seigneur nous propose donc de Le connaître, d’être entièrement renouvelés en recevant son Amour : Il fait alliance avec nous. Si nous sommes indifférents à son alliance, nous serons surpris de manquer d’amour, de patience (p. ex. dans le mariage) ! Parce que nous n’aurons pas accueilli l’Amour de Dieu. Mais si nous prenons au sérieux cette alliance, sa puissance agira dans nos vies ; et nous serons pleinement fidèles, et nous connaîtrons vraiment l’Amour du Seigneur !

Père Bertrand Cardinne

Quatrième dimanche de Carême 2018


11 mars 2018 Sortir de la solitude

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Ce quatrième dimanche de Carême est supposé être le dimanche de la joie : à mi-chemin de notre itinéraire de conversion, nous entrevoyons déjà la joie de la Résurrection et nous avançons avec hâte vers la fête de Pâques – en outre, la couleur de ce jour met un climat plus léger dans ce Carême ! Et pourtant, ce que nous avons entendu (surtout dans la première lecture) n’a pas vraiment une tonalité très joyeuse. Il s’agissait du châtiment du peuple d’Israël et de la destruction de Jérusalem, justifiés par ces paroles très dures : « il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple »… Même dans la joie et l’espérance, il y a toujours le souvenir des péchés des hommes, parce que le Carême est un temps où le Seigneur vient détruire en nous ce péché.

Commençons donc par relire ces pages du Livre des Chroniques, dans la Bible, pour comprendre ce que l’Esprit saint veut nous dire aujourd’hui. Le péché du peuple d’Israël, son infidélité, son oubli de la parole des prophètes, tout cela semble lasser le Seigneur, comme si sa patience et sa miséricorde étaient épuisées. Cela ne concerne pas seulement le peuple d’Israël il y a 2 600 ans : c’est un peu toute l’histoire du monde, l’histoire des hommes. Dieu nous envoie des messagers, Il se montre à nos yeux, Il nous parle intérieurement… et pourtant les hommes ne semblent pas intéressés par l’amour du Seigneur. N’est-ce pas ce que nous vivons aujourd’hui en Europe, où la foi semble avoir presque complètement disparu de tant de familles ?

Mais le Seigneur respecte notre liberté : Il ne s’impose pas. Si les hommes ne L’écoutent pas, Dieu les laisse libres ; et non seulement Il les laisse libres, mais Il les laisse seuls. Puisqu’ils ne veulent pas L’écouter, puisqu’ils pensent pouvoir se débrouiller tout seuls, alors qu’il en soit ainsi : ils seront seuls. Qu’arrive-t-il alors dans la Bible ? Le peuple d’Israël, privé de la protection de son Dieu, se trouve à la merci de ses ennemis ; le pays est envahi, Jérusalem est détruite. L’homme, laissé à sa solitude, expérimente l’absence du soutien de Dieu : si Dieu se retire, c’est le chaos, l’invasion, l’esclavage. Le peuple à ce moment de son histoire, est comme un adolescent en réaction contre ses parents : il refuse d’avoir un père, et pourtant il en a tellement besoin !
Si nous sommes sincères, nous pouvons reconnaître cela : rejeter la présence du Seigneur, prétendre vivre sans Lui, c’est se condamner soi-même à vivre dans les ténèbres et la solitude. Saint Jean affirmait tout à l’heure que « les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière » : c’est exactement ce qui se passe. Sans Dieu, on se retrouve seul, sans but, désarmé devant le mal comme les Israélites devant leurs ennemis. C’est l’expérience que tant d’hommes font autour de nous.

La démarche de Carême nous permet de refaire cette expérience – mais bien sûr pour nous convertir. Les pratiques simples du Carême consistent à se priver volontairement de quelques petites satisfactions ; il s’agit de toutes les choses (même les petites choses !) qui meublent en apparence nos vies. Si nous enlevons cela, nous nous retrouvons au désert, comme Jésus ; et c’est là que nous comprenons à quel point la présence de Dieu nous est nécessaire. Si Dieu n’était pas avec nous, nous serions dans la solitude et l’abandon, dans les ténèbres. On peut oublier cela dans les petits plaisirs de la vie ! mais au désert, la perspective change : la présence du Seigneur n’est plus une option parmi d’autres, mais une question de vie ou de mort. Soit nous choisissons d’écouter la voix du Seigneur, de L’accueillir comme seul guide de notre vie, soit nous décidons de le rejeter et nous nous condamnons au désespoir.

Et c’est justement dans notre solitude que le Seigneur vient nous chercher. Rien n’est jamais perdu pour Lui ! Cette relation avec notre Dieu est toujours possible, parce qu’Il nous a créés pour cela. Saint Paul tout à l’heure nous rappelait que « Dieu nous a faits, Il nous a créés dans le Christ Jésus en vue des œuvres bonnes ». Le Seigneur ne se lasse jamais, Il ne peut pas nous laisser à notre solitude ; Il se souviendra même des Israélites déportés à Babylone, pour les ramener sur la Terre promise. « Il a tant aimé le monde, disait saint Jean, qu’Il nous a envoyé son Fils », pour que nous ne soyons plus jamais seuls face au mal et à la souffrance. Tout ce qu’Il nous demande, c’est une ouverture à sa présence. Même avec peu de foi, même dans nos difficultés… tant que nous osons nous tourner vers Lui, Il répond à notre prière et nous conduit sur le chemin de la Vie. Simplement, ne choisissons jamais la solitude et l’orgueil : accueillons le Seigneur comme notre guide, c’est cela la vraie source de joie !

Père Bertrand Cardinne

Troisième dimanche de Carême 2018


4 mars 2018 La Loi des hommes libres

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Sur notre chemin de conversion du Carême, nous avançons par étapes. À mesure que nous approchons de la Résurrection, nous comprenons que chaque étape est essentielle pour renoncer au mal, et pour choisir d’être de plus en plus disciples de Jésus. Nous vivons ce Carême dans l’attente, dans l’Espérance active, parce que le Seigneur vient nous sauver. Parfois, Il prend des moyens un peu étranges pour nous parler de son Amour !… comme dans cet épisode où Il chasse les marchands du Temple avec un fouet. Il s’agit toujours pour nous d’essayer de comprendre que tout ce qu’Il fait pour nous est fait pour notre bonheur. Même ses exigences, même ses commandements, ne sont pas là pour nous gêner, mais pour nous permettre d’aller plus loin dans l’amour.

Justement, ce que nous avons entendu dans la première lecture (Livre de l’Exode), c’est un passage très connu de la Bible, on peut dire l’un des textes les plus célèbres : les Dix Paroles, ou encore les Dix Commandements. Qu’on soit croyant ou pas, on peut y reconnaître un sommet de la sagesse humaine. Ils forment une référence unique pour mesurer le degré de bien ou de mal dans lequel on vit. « Tu ne feras pas ceci, ou cela » : cela semble négatif, parce que ce sont des bornes (des limites) posées face à l’égoïsme, à la volonté de puissance, à la méchanceté, à la cruauté qui peuvent habiter le cœur de l’homme. Nous savons aussi que Jésus leur a donné un sens plus profond, en nous rappelant que haïr quelqu’un, c’est déjà le tuer en pensée (Mt 5,22)… ces Dix Commandements sont donc vraiment une boussole pour nos vies, aujourd’hui comme hier.

Cependant, il ne faut pas oublier le sens profond de ces commandements : même s’ils sont nécessaires pour la vie en société, ils ne nous sont pas donnés comme un livre de morale. Dieu n’est pas d’abord quelqu’un qui fait des lois : Il est le Libérateur de son peuple. Il s’agit donc d’abord de liberté ! Nous avons remarqué l’introduction de ce texte : « Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai libéré d’Égypte, délivré de l’esclavage ». Et c’est parce que le Seigneur a libéré son peuple, qu’Il va maintenant lui donner des commandements. Ces commandements sont donc les règles de l’homme libéré. Ceux qui tuent, qui volent, qui mentent, qui convoitent… ceux-là sont encore esclaves, prisonniers du mal et de leurs propres envies. Et non seulement les victimes subissent le mal, mais ceux qui commettent le mal en souffrent aussi : c’est un cercle qui rend prisonnier.
Dieu, Lui, veut des hommes libres : c’est pourquoi Il donne ces commandements. Un homme libre ne s’abaisse pas à faire le mal ; il ne se diminue pas à blesser les autres ; il est au-dessus des convoitises qui mènent au péché ! L’homme libre est en paix, serein, délivré des désirs mauvais. Ainsi, le Seigneur dit à son peuple : En Égypte, tu étais soumis à des autorités, tu n’étais pas maître de toi-même : mais maintenant, tu es un peuple libre, en paix avec toi et les autres : ne commets donc pas de meurtre !

Ces commandements sont donc un émerveillement pour le peuple d’Israël libéré, car ils lui permettent de rester libre. Pour nous aussi, baptisés, c’est un don extraordinaire, car ce n’est plus du pharaon que nous sommes libérés : nous sommes libérés du démon ! Et nous pouvons vivre librement en suivant ces commandements, comme une route droite qui empêche de retomber dans le mal. Prêtons particulièrement attention aux premiers commandements, ceux qui nous parlent de notre rapport à Dieu. Adorer Dieu seul, c’est être libérés des idoles qui nous asservissent : pensons aux idoles d’aujourd’hui, l’argent, le plaisir, l’apparence extérieure… Et observer le jour du sabbat pour adorer le Seigneur, c’est aussi être libérés du cycle du rendement, de la productivité, du stress : trouver du temps pour la gratuité de l’amour.

Le Carême est donc un temps où nous faisons grandir notre liberté en recherchant la volonté de Dieu. Lorsque Jésus chasse les marchands du Temple de Jérusalem, Il nous rappelle que notre liberté vient de l’intérieur, parce que Dieu habite en nous comme Il habitait dans le Temple. La liberté nous est donnée, mais tant de choses la menacent encore dans notre vie ! Nous sommes le Temple de l’Esprit, ressuscités avec Jésus : Il veut chasser de nous ce qui pourrait nous faire mourir à nouveau. Laissons-Le agir dans notre vie : par son Esprit nous vivrons en hommes libres !

Père Bertrand Cardinne

Deuxième dimanche de Carême 2018


25 février 2018 Chemin de purification, chemin de vie

Avant de lire l’homélie, je médite les lectures du jour.

Une blancheur éblouissante, Moïse et Élie, une nuée qui couvre la montagne, la voix de Dieu le Père qui se fait entendre… on imagine que Pierre, Jacques et Jean ont été un peu perturbés lors de cet épisode de la Transfiguration ! Pour la première fois se dévoile devant leurs yeux la Lumière du Christ ; la Gloire de Dieu leur est révélée comme le but de leur vocation. En redescendant de la montagne, Jésus leur interdit d’en parler : mais il est probable que toute leur vie, les Apôtres garderont quand même à l’esprit cette vision. Lorsque la mission se fera trop difficile, lorsque les hommes ne voudront pas croire en Jésus Sauveur, quand le martyre sera proche, Pierre, Jacques et Jean se rappelleront la Lumière qui a balayé leurs doutes. Le but de toute vie humaine, c’est bien de rejoindre cette Gloire de Dieu qui accomplit toutes les paroles de Moïse, d’Élie et des autres prophètes.

Nous ne sommes pas entrés en Carême depuis bien longtemps, et c’est déjà cette vision lumineuse qui nous est proposée. Une Espérance nouvelle est donnée par la Transfiguration de Jésus : Espérance qui nous conduira jusqu’à Pâques. L’épisode d’aujourd’hui n’est qu’une anticipation de la Résurrection : il nous montre ce que nous pouvons espérer. Pendant le chemin de Carême, parfois nous risquons le découragement ; tout comme pendant le chemin de notre vie, traversé si souvent par des épreuves. Mais à la fin de ce Carême, comme à la fin de notre vie, nous attend la lumière, la Gloire du Seigneur ! Et la perspective de cette Lumière infinie nous donne toute l’Espérance dont nous avons besoin. Le Seigneur nous attend au bout du chemin, non pas comme un juge impitoyable (évitons d’avoir des images effrayantes du Seigneur !), mais comme un Père infiniment bon.
D’ailleurs, saint Pierre, tout désemparé qu’il est, trouve tout de même les bons mots : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! ». Pierre est heureux d’être là, car il a conscience d’avoir fait une rencontre unique ; la joie de la rencontre toute proche l’emporte sur le reste. Saint Paul, dans la Lettre aux Romains que nous avons entendue, fait écho à ce cri de joie et d’espérance : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? ». Nous avons des épreuves, mais qui pourrait nous séparer de Dieu ? Nous savons déjà que le Christ est victorieux, glorieux, ressuscité, et que comme l’écrit saint Jean, « nous Lui serons semblables, car nous Le verrons tel qu’Il est » (1Jn 3,2).

Voilà pourquoi le Carême est un temps de paix, de sérénité : car nous connaissons déjà l’aboutissement de ces quarante jours. Notre chemin de vie, lui aussi, est baigné de cette même paix ; car nous ne savons pas quand viendra le dernier jour, mais nous savons où nous allons : vers cette Lumière infinie ! Il ne s’agit donc pas de nous attrister en Carême, mais de nous débarrasser de ce qui nous encombre pour accéder à la vraie joie, la joie sans mélange, celle de la Gloire de la Résurrection. En contemplant le Christ « resplendissant d’une blancheur infinie », nous percevons une telle infinité d’Amour et de joie, que tout le reste devient relatif – même les épreuves et les difficultés. Dieu ne veut pas “que” nous sauver du péché : Il veut aussi nous élever, nous illuminer, nous transformer à son image de Gloire.
Comment réagir à cet appel incroyable de la part de Dieu ? Ce qu’Il nous propose, nous ne pourrions jamais y parvenir par nos propres forces ; comme saint Pierre qui voudrait dresser une petite tente pour les grands prophètes… Il s’agit plutôt de laisser le Seigneur agir en nous. La lumière de la Transfiguration, c’est en quelque sorte le feu de l’Amour qui brûle nos péchés : devant ce feu, nous comprenons nos manques, nos obscurités. Nous ne parviendrons jamais à la Lumière de Dieu par nous-mêmes, par nos forces, même si nous croyons être irréprochables ! C’est Dieu qui nous illumine, qui nous éclaire, qui nous brûle, pour nous permettre de Le voir face à face dans la Lumière. Si on y réfléchit, c’est aussi ce que l’Église nous dit quand elle parle du Purgatoire : nous avons besoin, avant de contempler la Lumière de Dieu, d’être débarrassés de nos ténèbres.

Ce chemin de Carême est donc un résumé de notre chemin de vie : nous avons le désir d’aller vers la Lumière de Dieu, et pour cela nous avons à renoncer aux obscurités qui nous habitent. Notre péché se confronte à la Lumière du Christ, et un jour il y disparaîtra, consumé par l’Amour de Dieu. Nous verrons alors comme les Apôtres, la Gloire de Dieu. Cette joie est déjà la nôtre : avançons encore vers le Seigneur !

Père Bertrand Cardinne

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