Chers amis,
Ci-joint le témoignage du Père Manuel Moussalam, seul prêtre catholique vivant à Gaza, témoin direct des événements meurtriers.
Les Petites Soeurs de Jésus vivant à Gaza étaient réfugiées dans l'école catholique qui a été touchée par des tirs israéliens. Elles ont refusé la proposition qui leur était faite d'être évacuées de Gaza avec les autres étrangers y vivant.
Le conseil du SRI qui se réunit à Paris les lundi 26 & mardi 27 janvier prochains participera à la prière oeucuménique pour les victimes du conflit de Gaza qui aura lieu à l'église St Eustache, à Paris, Lundi 26 à 18 h 30 à l' initiative de Pax Christi et d'autres associations et organismes chrétiens.
Bien fraternellement,
Christophe Roucou
Service national pour les Relations avec l'Islam (SRI)
71, rue de Grenelle
75007 Paris
Tel. : 01 42 22 03 23
Fax : 01 42 84 30 41
Père
Manuel Mussallam
Prêtre de l’Église
Catholique à Gaza
Gaza, le 12 janvier 2009
L’Église de Dieu qui est à Gaza aux
Saints bien-aimés de Palestine et du monde.
La grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la
communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.
De la vallée de larmes, de Gaza
qui baigne dans son sang, le sang qui a étouffé la joie dans les cœurs d’un
million et demi d’habitants, je vous adresse ce message de foi et d’espoir.
Mais le message d’amour est prisonnier ; bloqué dans nos gorges en tant
que chrétiens ; nous ne nous hasardons même pas à nous le dire à
nous-mêmes. Les prêtres de l’Église aujourd’hui brandissent l’espoir comme une
bannière, afin que Dieu ait pitié de nous, qu’il ait pour nous de la compassion
et qu’il Se garde un reste à Gaza afin que la lumière du Christ qui fût allumée
par le diacre Philippe lors de l’établissement de l’Église ne s’éteigne pas et
continue à briller à Gaza. Puisse la compassion du Christ ranimer notre
amour pour Dieu, même s’il est actuellement en “soins intensifs”.
Je vous annonce du fond de mon coeur de
père et de prêtre, la mort de la fille de notre école de
Nos frères et soeurs en Christ Jésus,
Ce que vous voyez à la
télévision et ce que vous entendez ne rend pas totalement compte de la dure
réalité vécue par notre peuple à Gaza. La télévision
et la radio sont impuissantes à rendre compte de toute la vérité du fait de son
immensité sur notre terre. Le siège cruel de Gaza s’est mué en un ouragan qui
croit d’heure en heure et est devenu un crime de guerre, un crime contre
l’humanité. Si les gens de Gaza sont actuellement en train de soumettre leur
tragédie au jugement de la conscience de chaque être humain “de bonne volonté”,
le temps à venir est le temps du juste jugement de Dieu.
Les enfants de Gaza et leurs parents dorment dans les couloirs de leurs
maisons, quand il y en a, ou dans les toilettes et les salles de bains pour se
protéger. Ils tremblent de peur à chaque bruit de voix, chaque mouvement et
bombardement, aux pilonnages violents des avions F-16.
Il est vrai que ces avions au
cours de la plupart de leurs vols jusqu’à présent, ont pris pour cibles les
sièges du gouvernement et du Hamas, mais tous ces sièges sont voisins des
maisons des gens et n’en sont pas éloignés de plus de
Quand aux tragédies qui se
produisent dans les hôpitaux, vous pouvez dire ce que vous voulez. Ces hôpitaux
ne disposaient pas des moyens de base pour les premiers soins avant la guerre
et maintenant ce sont des milliers de blessés et de malades qui affluent dans
les hôpitaux et l’on y opère dans les couloirs. Beaucoup d’entre eux sont
transférés en Égypte par le passage de Rafah, le retour de ceux qui meurent en
route n’est pas possible et la situation des gens dans les hôpitaux est
épouvantable et déplorable, insupportable.
Je voudrais vous raconter
l’histoire qui est arrivée à la famille Abdel Latif à
l’hôpital. L’un de ses fils avait disparu au cours du premier bombardement et
sa famille le recherchait, sans arriver à le trouver au cours du premier et du
deuxième jour de la guerre. Le troisième jour, comme la famille arrivait à pied
à l’hôpital, elle est tombée sur la famille Jaradah
qui entourait un de ses fils blessé et qui était défiguré. Ce jeune homme
blessé s’était fait amputer d’une jambe, il était défiguré non pas à cause d’un
bombardement aérien, mais parce que des débris de verre lui étaient tombés
dessus pendant son séjour à l’hôpital après un bombardement partiel. La famille
Abdel Latif s’approcha de la famille Jaradah pour la consoler et lorsqu’il s’est approché du
blessé, monsieur Abdel Latif s’est aperçu que
c’était son fils et non le fils de la famille Jaradah.
Devant la contestation de la famille, ils ont attendu que le blessé se réveille
et puisse dire son nom pour que la famille Abdel Latif
puisse l’emmener…
Je termine la lettre que je
vous adresse en présentant notre souffrance à Dieu et aussi à vous. Nos gens à
Gaza sont traités comme des animaux dans un zoo, ils mangent mais ont encore
faim, ils pleurent mais personne n’essuie leurs larmes. Il n’y a ni eau, ni
électricité, ni nourriture, mais la peur, la terreur et les barrages… Hier, la
boulangerie a refusé de me donner du pain. La raison donnée par le
boulanger : il refusait de me nourrir avec de la farine qui n’est pas
digne d’êtres humains et de manquer ainsi de respect à ma dignité de prêtre. La
bonne farine était épuisée et la farine qui lui restait était impropre à la
consommation humaine. J’ai fait le vœu de ne pas manger de pain pendant la
durée de cette guerre.
Nous désirons que vous éleviez
constamment des prières vers Dieu et que vous ne célébriez aucune messe, aucun
service sans vous souvenir des souffrances de Gaza en présence de Dieu.
J’envoie de brefs messages tirés de
Vos prières en union avec nous émeuvent le monde entier et lui enseignent que
tout amour que l’on empêche d’atteindre vos frères et vos soeurs de Gaza n’est
pas l’amour du Christ et de l’Église. L’amour du Christ et de l’Église ne
connaît pas les barrières politiques ni les barrières sociales, ni les guerres,
etc. Lorsque votre amour nous atteint, il nous permet de sentir que nous, à
Gaza, faisons entièrement partie de
Au
milieu de tout cela, notre peuple à Gaza continue à rejeter la guerre comme
moyen d’obtenir la paix ; il continue à affirmer que le chemin vers la
paix est la paix. Nous autres à Gaza sommes déterminés et portons la résolution
dans nos yeux : “entre l’esclavage et la mort, nous n’avons pas le choix.”
Nous voulons vivre pour louer le Seigneur en Palestine et témoigner pour
le Christ, nous voulons vivre pour la Palestine, non pas mourir pour elle, mais
si la mort nous est imposée, nous ne mourrons pas autrement qu’honnêtes, braves
et forts.
Nous
nous joignons à vous dans la prière afin que le Christ puisse nous donner sa
vraie paix. Alors “le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera
à côté du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble ; et un
petit enfant les conduira.” (Isaïe 11, 6)
La
paix du Christ, cette paix à laquelle vous êtes appelés pour ne faire qu’un
seul corps, soit avec vous tous et vous protège. Amen
Votre
frère
Père
Manuel Mussallam
Prêtre
de l’Église Catholique à Gaza