L’ART,
CHEMIN VERS DIEU
Le président du Conseil Pontifical de la Culture, le cardinal Paul
Poupard présidant le Conseil de coordination des Académies, créé en 1995
déclarait à Radio-Vatican : "… la voie de la beauté s’affirme toujours
davantage comme nécessaire. Elle l’est pour nourrir la foi des fidèles comme
pour témoigner de leur foi et pas seulement, évidemment, à travers les
célébrations liturgiques, mais aussi dans toute la vie". Pour ce qui
est de la possibilité de "se convertir" devant une œuvre artistique,
il soulignait : "C’est le secret des
consciences. La conversion est toujours l’œuvre de l’Esprit Saint qui se sert
de tant de moyens, que personne, souvent, n’aurait pu imaginer. (…) La voie de
la beauté représente un de ces chemins privilégiés".
La
contemplation d’une œuvre mène à recevoir quelque chose qui échappe et qui est
de Dieu « Créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et
invisible ». Cet univers visible qui est l’œuvre d’art, nous met en
relation avec l’univers invisible.
Toute
œuvre est-elle un chemin qui mène à Dieu ? Non, car bien souvent des
chemins sont un peu piégés par le seul canon d’une certaine
« beauté », ou d’esthétisme
qui est celui des modes, dans un but de plaire et consommer plus. [1] Aller
sur le chemin de la rencontre de Dieu c’est garder le cœur ouvert pour
alimenter l’esprit. C’est sans doute expérimenter une des nombreuses formes du
« cœur pur » des Béatitudes, qui heureux, verront Dieu. Le peintre Arcabas, prétend que tous les artistes travaillant à leur création,
prient. La prière ouvre le cœur et l’esprit. Ainsi, celui qui crée, livre une
œuvre qui rayonne de cet état.
Cheminer vers Dieu, c’est accepter d’être dérangé.
« Faire advenir l’Autre »,[2]
n’est-ce pas se mettre en état d’écoute ? Dans l’art, et particulièrement
dans la musique, Dieu parle.
Dans
sa longue histoire, l’Eglise s’est adressée aux artistes pour embellir les
lieux de culte, tout en ne considérant « aucun style artistique comme lui appartenant en propre … ».[3] Et ceux-ci ont répondu : architectes, sculpteurs,
maîtres verriers, peintres, orfèvres, soyeux et brodeurs, fondeurs de cloches,
facteurs d’orgues, musiciens…
Le
Concile Vatican II ayant prêché pour une « noble simplicité » dans la
liturgie, de nouvelles créations voient le jour qui tendent vers l’essentiel,
sans pour autant tomber dans « l’inepte ».[4] La
liturgie lieu particulièrement sensible, considère l’art sacré et ses objets
comme indispensables : « Par nature, ils visent à exprimer (…)
la beauté infinie de Dieu ils n’ont pas d’autres propos que de contribuer le
plus possible, par leurs œuvres, à tourner les âmes humaines vers
Dieu ». [5]
La liturgie nous rassemble autour du Christ : « pour la gloire de Dieu, et le salut
du monde ». La musique est un moyen premier de rassemblement. Ce qui veut dire
qu’il faut se déposséder de tout sentimentalisme, qui, en fait, nous ramène à
notre nombril. C’est pourquoi en liturgie, elle doit éviter « l’agréable »,- tout en préservant une
qualité-, et rester abordable, ce qui demande au compositeur de réaliser un
difficile équilibre.
L’orgue contribue à cette louange qui « glorifie le Créateur ». En effet, il possède de
quoi porter la méditation comme
« un murmure de cithare », et aussi de suivre le psaume 150 : « que tout ce qui respire loue le
Seigneur » afin
d’ « être la voix du
Cosmos ». Dans ce rôle, il élève, et tout comme les vitraux, participe à nous
donner un avant-goût de la cité céleste. Son souffle infini nous rappelle le
psaume 103, de la Pentecôte : « Tu reprends leur souffle, ils expirent » et nous replace dans la
Création : « tu
leur donne le souffle : ils sont créés », confirmant par le baptême, notre condition de mortels et
de ressuscités .
L’art
nous invite à nous transcender car c’est là que, humble ou non, nous faisons,
en complément de la prière et de la liturgie, l’expérience de l’Absolu qui
transfigure nos vies.
Janvier 2008 - Dominique
Joubert,
Organiste titulaire de la
cathédrale de Valence,
Diacre permanent.
[1] « Nos sociétés du règne de la publicité
produisent des canons falsifiés d’une beauté provocatrice dont la seule
destination est de susciter le plaisir des sens, d’éveiller les désirs de
possession et de consommation. » Cardinal Poupard « La voie de la Beauté » (Ed.
Salvator 2006) p. 29.
[2] « Etre révélateur
de l’Inouï, c’est-à-dire faire advenir la présence d’un Autre qui nous dépasse,
être capable de créer le silence intérieur ». Discours JPII au Congrès de musique sacrée.
[3] Constitution sur la
Sainte Liturgie n°123
[4] (...) L'Église a
même le devoir d'être la "cité de la gloire", lieu où sont
recueillies et portées à l'oreille de Dieu les voix les plus profondes de
l'humanité. (...) L'Église ne peut pas se satisfaire
du seul ordinaire, du seul usuel : elle doit être la voix du Cosmos, glorifiant
le Créateur et dévoilant sa magnificence au Cosmos lui-même en le rendant beau,
habitable, humain." Card. Joseph Ratzinger, 1985
[5] Constitution sur la
Sainte Liturgie n°122