Moirans, Mardi 13 Novembre 2007 

 

A propos de l’Encyclique « Populorum Progressio »

 

         A l’initiative du groupe CCFD de la paroisse St Thomas de Rochebrune, une rencontre animée par le P. Philippe Mouy, économiste à l’Université de Grenoble, auparavant Vicaire Général du diocèse et maintenant modérateur de la Paroisse de la Ste Trinité, rassemblait près de quarante personnes à l’occasion du 40ème anniversaire de la publication par le pape Paul VI de son Encyclique « Populorum Progressio » ou « Le Développement des Peuples » (Pâques 1967).

         Pourquoi une telle relecture, maintenant ? D’emblée le P. Mouy situait les enjeux de mémoire de ce texte capital, « incroyablement précurseur » dans la réflexion sur les problèmes de société vus à la lumière de l’Evangile et, pour la première fois, situés à l’échelle du monde : « Le fait majeur dont chacun doit prendre conscience est que la question sociale est devenue mondiale ». Texte qui n’a cependant pas connu la faveur des forces médiatiques ou des foules de chrétiens, trop satisfaites de confiner le pape dans la sphère doctrinale, notamment dans celles touchant aux questions de sexualité.

         Précédée par plusieurs Encycliques de type « social » des papes Léon XIII (Reum Novarum, 1892), Pie XI (Quadragesimo Anno, 1931), Jean XXIII (Pacem in terris, 1963), qui montrent la permanence du souci de l’Eglise à l’égard du destin de l’homme soumis à des conditions économiques et sociales de plus en plus dures, l’Encyclique de Paul VI en amplifie la portée par une attention particulière aux événements qui viennent alors de bouleverser le visage du monde. Par exemple, la fin du système colonial, la montée des pays du « Tiers-Monde », l’affrontement Nord-Sud substitué progressivement aux oppositions Est-Ouest, les déséquilibres économiques croissants, le heurt des civilisations…

         Il est juste de remarquer aussi qu’à l’intérieur du monde chrétien, l’Encyclique avait été favorisée par la convergence de plusieurs courants de pensée . Sur le plan théologique, parmi d’autres, les livres « L’humanisme intégral » (1936), de Jacques Maritain, et « Catholicisme » (1942) du P. de Lubac, qui resituaient l’homme dans une perspective globale tout en refusant la sacralisation de la politique et en développant les aspects sociaux des dogmes de l’Eglise. Autre filon : le profond sillon tracé par le mouvement Economie et Humanisme, fondé en 1941, du P. Lebret ; « Une économie au service de l’homme », et les travaux d’A. Sauvy (inventeur du terme Tiers-Monde en 1952), de F. Perroux (1903-1987). Et le Concile Vatican II avait porté à une sorte d’incandescence l’espérance que suscitait l’ouverture de l’Eglise à l’urgence des problèmes du monde.

         Il n’est pas possible, dans le cadre de cette relation, de dire la variété des thèmes touchés par l’Encyclique Populorum Progressio. Quelques mots-clés suffiront sans doute à en dire la richesse : L’ambivalence du travail, de la notion de propriété, de la croissance elle-même, la vision chrétienne du développement, « intégral » ou « plénier », et surtout « solidaire » de toute l’humanité, le devoir d’assistance aux plus pauvres (qui fait partie de l’essence même de l’Eglise, dira plus tard le pape Benoît XVI)… et, pour terminer, ce mot qui ouvre le paragraphe de conclusion de l’Encyclique : « Le développement est le nouveau nom de la paix ».

         Dire la richesse, oui ; mais il serait mieux encore d’en éveiller la soif de la lecture, et le désir d’emprunter les chemins qu’elle ouvre à toute l’humanité. Comme le disait le P. Mouy, il ne s’agit pas de souffler sur les quarante bougies de l’anniversaire de l’Encyclique, mais plutôt d’en ranimer la flamme…