Ouvrez vos mains !

 

Les ordinations presbytérales d’Emmanuel Decaux et Philippe Rey dimanche 24 juin sont une grâce pour toute l’Eglise.

Le rituel est magnifique, émouvant. La prosternation, geste d’abandon dans l’amour du Christ, reste toujours impressionnante. Mais le plus impressionnant est ce temps où les prêtres, à la suite de l’évêque viennent en silence imposer les mains à l’ordinand, silence seulement accompagné par la cloche à la volée.

Dimanche le presbyterium s’était mobilisé, et ce geste a été particulièrement long. L’un après l’autre les prêtres ont transmis l’Esprit Saint puis sont venus tour à tour se joindre à l’évêque et on gardé la main levée tant que la lente procession s’est déroulée. Peu à peu le rang a grossi devant l’autel devenant une foule immense de pasteurs.

Ces mains levées me rappelaient ces statues silencieuses qui bénissent dans une pose solennelle ou hiératique. Ces mains ouvertes sont porteuses de sens : elles bénissent, invitent, rassemblent, touchent, transmettent.

Un peu plus tard, l’évêque à oint les mains grandes ouvertes des futurs prêtres, ainsi, ils sont « consacrés par l’onction » (cf Isaïe 61, 1-2), et à leur tour consacreront les oblats, donneront l’absolution, et oindront les malades. Pour ce faire, ils ouvriront leurs mains.

 

Mais alors, pourquoi dans les bancs, tant de mains jointes, collées l’une contre l’autre tout au long de la célébration  chez nos jeunes séminaristes, qu’on souhaite futurs prêtres  ?

Sont-elles le signe d’une piété particulièrement forte ?

d’une image à donner de priants convaincus ?

d’un signe de d’appartenance au même corps (au sens militaire, comme un « garde à vous » ecclésiastique) ?

 

Les mains fermées se refusent aux autres. La main tendue est celle qui console, qui indique qu’elle n’a rien à cacher, qui invite à l’union. Ce sont aussi celles du Christ qui ressuscité dit à ses disciples : « La Paix soit avec vous ».

En liturgie, les cinq sens sont mis en éveil, car ils mettent tout l’être en tension. L’odorat avec les fleurs et l’encens, l’ouie avec la Parole et la musique, le goût du pain et du vin, la vue des couleurs de la chasuble, des vitraux, du pain et du vin consacrés, et enfin le toucher : la main au signe de paix, le pain à la communion, le signe de la croix.

Je parlais de l’imposition des mains ; un des prêtres m’a particulièrement bouleversé : il est aveugle, il lui manque donc un sens. Celui-là, après avoir imposé les mains, a dans un geste spontané posé sa tête sur celle des ordinands dans un geste d’amour extraordinaire. Il a de ce fait, compensé sa cécité, par le toucher.

 

Il serait dommage que ceux qui voient, se privent du toucher. Les mains collées rigidifient l’être (bien qu’il y ait ça et là des exemples contraires…),nous coupent des autres, entravent la saine liberté du corps y compris pour le chant (c’est le musicien qui parle !). Et en entravant cette liberté corporelle, on entrave aussi la liberté que Dieu nous donne. En entravant cette liberté-là, en se privant d’ouvrir ses mains ne risque-t-on pas de garder aussi sa vue, son ouïe, son odorat …fermés. ?

Et les cinq sens qui constituent l’homme ne sont-ils pas les voies de son cœur ?

Ouvrez vos mains ! Ouvertes, elles invitent à l’écoute et à la parole, où passe le message divin.

Ouvrons nos mains : elles sont celles de l’Eglise !

 

Dominique Joubert Diacre Permanent

Juin 2007