« L’adoration mène à l’action ».
Adieu
l’Abbé !
(1912-2007)
Beaucoup de réactions ce matin (22 janvier
2007) à l’annonce de la mort du chantre des pauvres.
Il suffit de consulter les sites Internet
pour voir et confirmer l’immense crédit dont jouissait l’Abbé Pierre, incardiné au diocèse de Grenoble, dans lequel il avait
œuvré comme vicaire et comme résistant dans le Vercors. (Voir le site du diocèse, lien ci-dessous)
Déjà, de nombreuses voix s’élèvent pour
demander sa canonisation.
Pourquoi pas ?
Dans toute canonisation, il y a l’avocat du
diable. L’avocat du diable aura de quoi nourrir sa plaidoirie avec deux épines
qui sont le soutien à Roger Garaudy, négationniste, puis les déclarations dans
son livre « Mon Dieu, Pourquoi ? » qui n’ont rien ajouté à cette
vie hors normes.
Peu importe !
Ce qui reste c’est l’œuvre immense, et
cette voix : « Mes amis au
secours, une femme est morte gelée cette nuit…avec son bébé » dans
l’hiver 54.
La silhouette, qui se prête à la
caricature, la voix tremblotante sont inversement proportionnels au charisme.
Il a œuvré, comme une Mère Térésa, ou St Vincent de Paul, et son discours
rejoint celui de Saint François d’Assise.
Allant au cœur de l’homme souffrant, il a
rejoint le cœur du Christ, sans état d’âme, sans se poser de questions, de
savoir si on est « peut-être trop ceci » ou « pas assez
cela ». Il l’a rejoint son Christ et déjà de son vivant, car, oeuvrant
dans les ultimes recoins de souffrance du cœur de l’homme.
Maintenant que la voix chevrotante et zozotante s’est éteinte pour nous, c’est son souvenir que
nous aurons à entretenir, afin que ne cesse de résonner en nos vies cet
appel : « Mes amis au secours !» car des hommes souffrent encore
aujourd’hui, de solitude, d’exclusion et de misère sur notre sol. Et faire en
sorte que l’Abbé Pierre, ne soit surtout pas récupéré par tel ou tel candidat à
la présidentielle, car le message est bien que son action est dorénavant
l’affaire de tous.
L’action. C’est bien là-dessus qu’il rend des comptes au Créateur.
Elle s’est faite au nom du Christ, issue de la prière et de la contemplation.
Il avait compris cet homme que l’on dit simple, que puiser à la source, qu’est
l’eucharistie et l’adoration, ne peut que conduire à l’action.
Puisse sa leçon de vie, au service des autres
nous aider à sortir le nez de nos nombrils.
Oui, adorons, mais agissons pour plus de
justice de paix et d’amour, en direction de tout être créé, sans distinction.
C’est ainsi que nous poursuivons l’établissement du Royaume commencé par le
Christ. En repoussant au nom d’idéologies ou « d’évidentes raisons
économiques », on s’éloigne de la mission qui nous est confiée.
Merci l’Abbé, merci pour la soutane, que
vous avez dignement portée.
Adieu l’Abbé, les « grandes
vacances » que vous appeliez de vos vœux sont enfin arrivées. Le Christ
d’amour les bras grands ouverts vous accueille au
paradis, avec aussi vos zones d’ombre, qui nous rassurent, car elles nous
disent que les faux-pas sont aussi de notre vie.
Que vos vacances se passent au grand soleil
d’amour du Père.
Jamais la formule des funérailles
« Qu’il repose en paix », n’aura été si méritée.
« Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour
peu de choses, je t'en confierai beaucoup ;
entre dans la joie de ton maître »
Les
obsèques de l’Abbé Pierre auront lieu, vendredi prochain à 11 heures
à la cathédrale Notre Dame de Paris.
Une
messe sera célébrée à la Cathédrale de Grenoble le mercredi 31 janvier à 18
heures 30.

Dominique Joubert
Diacre
permanent.