« …Dans l’immense cortège de tous les saints ! »

 

La fête de la Toussaint fut instituée en France et en Allemagne sur l'ordre de l'empereur Louis le Pieux en 835 sur le conseil du pape Grégoire IV, dont le désir était de supprimer un ancien usage encore ouvertement pratiqué à cette époque (La fête celte du "Samhain", fête des morts).

La célébration, le premier novembre, de la fête de la Toussaint est donc un essai tenté, à cette époque,  par l'Eglise pour donner une couleur de christianisme à l'ancien rite celtique; en substituant aux âmes des morts, les saints comme véritables objets d'adoration :

Au 8eme siècle. les moines irlandais qui évangélisaient la Gaule se trouvèrent confrontés au paganisme celtique et à la fête païenne du "Samhain".(Samain ou Samhuin signifie en irlandais "affaiblissement" ou "fin de l'été"). Dans le monde celte, la nuit du 31 octobre au 1er novembre était le début de la nouvelle année. C'était la fête de la divinité Samhain et la fête du nouvel an qui marquait  le début de l'hiver.

 

Samain était aussi la fête des morts ou plus exactement de la communication entre les vivants et les morts. Pendant cette nuit, les esprits des trépassés pouvaient revenir dans leur demeure terrestre et les vivants devaient les accueillir. Mais l’ouverture des portes de l’autre monde permettait aussi l’intrusion d’esprits maléfiques.

(Cette tentative se solda alors, par un échec puisque l'Eglise décida, à regret, d’admettre le 2 novembre, une fête des morts).

 

Peu à peu, toutes les Églises occidentales adoptèrent cette date du premier novembre. En 1580 le pape Sixte IV  fait de la Toussaint  une grande fête chrétienne, mais c'est seulement Pie X

(+ 1914) qui en fait une "fête d'obligation", c'est à dire une fête ou on est obligé d'assister à la messe.

La fête de Tous les Saints, est celle de la Communauté des vivants et des morts, c’est donc une fêtre joyeuse.Elle marque le rassemblement de ceux qui sont et de ceux qui ne sont plus, dans l'espérance qu'à la fin des temps, les retrouvailles seront définitives.

Avez-vous remarqué que certaines phrases qui nous semblent parfois obscures, s’éclairent  à certaines fêtes ; en voici une dans le Credo : « je crois à la communion des saints ». C’est le moment !

 

La Toussaint nous invite à fêter les saints. Mais qu'est ce qu'un saint ?

L'Eglise nous invite à voir dans la sainteté un chemin pour tous. Un saint n'est pas un étranger lointain ! Ce n'est ni un héros ni un modèle de vertu. C'est un frère ou une soeur qui nous a précédé dans la foi et reste attentif à notre vie. Le saint est un exemple vivant de ce qui est possible pour chacun d'entre nous : à la suite de Jésus, faire de notre vie, une vie sainte en répondant pleinement à l'amour de Dieu et en vivant l'Evangile. C'est-à-dire en aimant, à notre tour, les autres. En ce sens, les saints sont réellement des modèles pour les chrétiens. Non dans l'imitation de leur vie, mais dans l'imitation de la liberté avec laquelle ils ont marché avec Jésus-Christ. L'un aura pu donner sa vie dans le martyre, un autre fonder d'un ordre, un autre vouer son existence aux pauvres, un autre encore être tout simplement portier dans une école ...

Et pour en revenir aux couleurs liturgiques, vous aurez deviné que la couleur de la Toussaint est le blanc ; évidemment ! Evidemment, car c’est la couleur de Pâques et du vêtement des ressuscités.

 

Et, continuons d’observer ce temps sanctifié dans la prière par « l’immense cortège de tous les saints ».

Il nous reste encore un peu de temps, avant la fin de l’année liturgique, qui, vous le savez, se termine en grande solennité le dimanche du Christ Roi de l’univers (le 26 novembre). D’ici là, le multicolorisme est toujours d’actualité.

Le 2 novembre se célèbre en noir ou violet (le noir n’a pas été supprimé à Vatican II) et le 3, les grenoblois revêtiront le blanc pour fêter leur premier évêque : St Domnin.

Les dimanches eux, sont encore en vert, et le 8 novembre, Grenoble bisse la Toussaint en fêtant en blanc tous les Saints de son Eglise et le gardera pour la Dédicace de la Basilique du Latran le 9, St Léon le Grand le 10, et le 11, St Martin évêque de Tours (dont l’âne a fait la richesse des tourangeaux, en taillant les bourgeons des vignes pendant que son maître prêchait à des pauvres…c’est lui, l’âne, qu’on devrait canoniser pour la production des Chinon, Bourgeuil et autres Vouvray, mais… je m’égare!)

La semaine suivante est verte, sauf le vendredi 17 pour la Ste Elisabeth de Hongrie (à l’occasion réécoutez donc le sublime poême symphonique de Liszt « La légende de Ste Elisabeth »).

Le samedi 18, Grenoble et Valence font mémoire en blanc de Ste Philippine Duchesne, partie de Ste Marie-d’en-Haut évangéliser et fonder des écoles en Louisianne (ah ! les allées de chênes verts à Grand Côteau avec toute cette végétation parfumée…). Après le retour du vert, on repasse en blanc le mardi 21 qui est la fête de la Présentation de la Vierge Marie, et le 22 on retrouve le rouge pour la Ste Cécile patronne des musiciens (dont personne n’est sûr qu’elle ait vraiment existé…, mais pour un fois qu’avec un saint on fête aussi la musique et les musiciens…).

Le vendredi 24 est « particulièrement » rouge avec les Saints martyrs du Vietnam, dont le récit de la passion est singulièrement épouvantable.

On s’apaise le 25 avec à Grenoble la fête de la Bienheureuse Béatrice D’Ornacieux dont les reliques dorment pieusement à Parménie.

La dernière semaine de ce temps ordinaire, est toute en vert sauf le jeudi 29 rouge, pour la St André.

Le dimanche suivant célébrera le début du temps de la joyeuse attente de Noël. Ce temps de l’Avent sera celui où nous astiqueront les hautbois et les musettes pour qu’elles brillent de tous leurs feux dans un mois et demi.

C’est aussi un temps où nous prendrons plus particulièrement conscience que le Christ ne cesse de venir. Nous le disons dans chaque anamnèse (anamnèse : se remémorer, faire mémoire, se souvenir), quand nous supplions « Viens, Seigneur Jésus », qui n’a rien à voir avec le « Christ reviendra » qui est encore parfois chanté ça et là. Non, il ne reviendra pas car il est déjà venu, mais, nous attendons son retour dans la gloire (à dire d’un seul jet) car c’est bien dans la gloire, et non  pas réincarné qu’il vient.

 

 

Dominique Joubert

Diacre permanent

(Avec la collaboration internet de Sophie de Villeneuve et le site « Croire » pour la première partie sur la Toussaint).