Une rentrée multicolore…
Continuons l’étude du calendrier liturgique
2006.
Ceux
qui vont encore à la messe le dimanche, en attendant qu’une loi autorisant le
travail dominical brise un peu plus les familles, (mais tout le monde sait que
c’est pour la bonne cause puisqu’elle est économique, pour peu qu’on nous dise
que le chômage baisserait…), ceux-là donc, ne verrons encore que du vert en
septembre.
Ceux
qui vont à la messe en semaine, vont avoir un festival multicolore. Ce sera, en
attendant les vendanges, les champignons les noix et les châtaignes, l’occasion
de regarder entre les dimanches et de faire connaissance de quelques saints et
bienheureux, parfois moins connus.
Rappelons
toutefois, que les couleurs n’ont été fixées qu’au XIXème
siècle.
Il
n’y a là rien de dogmatique et personne n’ira en enfer si la couleur du
célébrant n’est pas celle du calendrier officiel. En fait chaque messe redit
Pâques et le « Christ mort, ressuscité, dont nous attendons la venue dans
la gloire » (anamnèse) ;
c’est pourquoi, un prêtre ou un diacre n’ayant pas d’étole ou de chasuble de la
bonne couleur, pourrait célébrer en blanc qui est l’association de toutes les
couleurs et aussi celle du vêtement des ressuscités !
(Je
connais personnellement un diacre qui a choisi de mettre tout le monde en rouge
pour son ordination le dimanche du Christ Roi de l’univers, officiellement en
blanc ; mais, sur les photos, c’est plus beau ; l’ordination est
toutefois valide… !).
Samedi
2, on peut au choix utiliser le vert, ou bien célébrer la Vierge Marie en
blanc, mais à Grenoble il y a une possibilité de faire mémoire en rouge du
bienheureux André-Abel Alricy
prêtre,(si quelqu’un en sait un peu plus sur ce
bienheureux…honte à moi !) .
Le
jeudi 7, Annecy, Chambéry, Grenoble, Maurienne et Tarentaise feront en blanc
mémoire de ST Grat évêque, alors que le reste du pays
célèbre en vert (là aussi quelques renseignements seraient les bienvenus).
Le
8 septembre Nativité de la Vierge Marie en blanc, et le 9 (au choix) la Vierge
Marie, qui se trouve encore « au choix » le mardi 12 pour la
fête son Saint Nom.
Le
13, toute l’Eglise est en blanc pour la Saint Jean Chrysostome (qu’on appelait
« Bouche d’or » à cause de sa manière d’enseigner).
Le
14, rouge pour l’exaltation de la Ste Croix, qui précède le blanc pour la
mémoire de Notre Dame des Douleurs le 15 (l’occasion de faire chanter dans les
églises le Stabat Mater, dont le poême de Jacopo Toddi fût si bien servi
par les musiques de Pergolèse ou Poulenc…ou le grégorien).
Saints
Corneille et Cyprien le 17 seront célébrés en rouge et seront rejoints dans
cette couleur le 20 par les SS martyrs
de Corée (dont le calendrier liturgique nous annonce qu’il s’agit d’un office
nouveau) et le 21par St Matthieu.
On
pourrait s’arrêter là, mais, le 22 Grenoble, Lyon et St Etienne gardent cette
couleur pour faire mémoire de St Maurice et ses compagnons (solennité à la
cathédrale deVienne évidemment).
Le
charitable St Vincent de Paul nous ramène le blanc le 27, qui terminera le mois
de septembre avec les archanges Michel, Gabriel et Raphaël le 29, puis St
Jérôme le 30…à moins que dans votre paroisse grenobloise, et particulièrement à
Sassenage, votre curé choisisse de célébrer St Ismidon
évêque de Die.
Les
vitraux de nos églises, qu’ils soient figuratifs ou non, ont pour mission de
nous donner un avant-goût des couleurs de la Jérusalem céleste. Les maîtres-verriers ont redoublé de génie pour le rendre plus
palpable. De leur côté, de grands musiciens ont évoqué ces innombrables
couleurs : Ravel avec le « Lever du jour » dans son ballet
« Daphnis et Chloé », Dutilleux « La nuit étoilée »,
Messiaen : « Couleurs de la cité céleste », « Des
canyons aux étoiles », « Trois Petites Liturgies » pour ne citer
que ceux-là.
La
liturgie est l’axe central de cette mission à deux sens :« pour la Gloire de Dieu et le salut du monde »(offertoire).
La visibilité des célébrants dans ces couleurs (blanc, rouge, violet, vert),
n’est pas un élément décoratif facultatif, elle sert en premier lieu comme indication du jour célébré, et oriente
le sens de la liturgie, en communion avec toute l’Eglise. Elle montre, au fil
des jours comment se déploie la prière sur toute l’année liturgique. Elle sert
aussi de lien de jour en jour et de dimanche en dimanche.
Ce
multicolorisme, que l’Eglise propose dans la Prière
des Heures (qui n’est pas réservée qu’aux moines*), et dans la liturgie, est le
reflet du monde dans lequel nous vivons et lors des rencontres que la vie nous
amène. Ce multicolorisme est aussi un peu de chacun
de nous, comme le scintillement de nos vies, de nos âmes. De nombreux chrétiens
discrets ont, avec d’autres, accompagné tout l’été, des familles colorées dans
ces périodes d’expulsions, afin qu’aucune ne manque à l’arc-en-ciel. Avec
ceux-là, le pays bleu-blanc-rouge s’enrichit d’autres
étoiles et d’autres couleurs qui lui manquent, pour rayonner magnifiquement.La rentrée, moment riche de reprise en
mains, de bonnes résolutions, de rencontres nouvelles, d’orientations
différentes, est bien un temps où les couleurs humaines chantent, en prémice à l’automne qui clôt l’année.
Mais,
nous le savons tous, les couleurs ne peuvent chanter que sous l’action de la
lumière. En cette rentrée, pour que la lumière irise les couleurs, soyons aussi
nous-mêmes porteurs de la lumière auprès de nos frères humains. Et qu’elle
brille particulièrement dans les squats, ou au Liban, signe que les ténèbres
sont bien détruites et que la résurrection concerne tout homme. Elle brillera
d’autant plus d’un éclairage particulier, que si nous rayonnons de cette illumination
intérieure que nous donne le Christ ressuscité, et que nous recevons à chaque
eucharistie en puisant directement à sa source…le dimanche.
*Un lien internet
utile :
http://www.prieravecleglise.fr
Dominique Joubert, diacre permanent.